La véritable tarte Tatin

Cette succulente tarte aux pommes caramélisées est trop souvent malmenée par des cuisiniers pressés qui ne maîtrisent pas sa longue cuisson. Directement issus de son terroir d’origine, voici les astuces et les secrets pour réussir une véritable tarte Tatin !

La tarte Tatin
Loir-et-Cher Lamotte-Beuvron Tarte Tatin de La Duchesse Anne, sur une pâte feuilletée

 

Ah, la tarte Tatin ! Un classique de la pâtisserie française, le Graal de toute mamie ou pâtissier du dimanche qui se respecte, mais aussi le cauchemar des véritables gourmands, qui ne retrouvent pas toujours au restaurant ou chez leurs amis la tarte savoureuse et fondante de leur enfance… Il faut reconnaître que l’on vous sert parfois des pommes à peine cuites inondées de caramel, sur une pâte sèche ou brûlée… Ce qui est finalement logique, si l’on considère que c’est à l’origine une tarte ratée ! En effet, selon la légende, cette tarte serait née d’une étourderie d’une des sœurs Tatin. Mais cette origine prétendument attribuée à la maladresse d’une cuisinière est plus que suspecte, et l’entoure d’un halo de mystère, entretenu par le fait qu’il n’y a pas qu’une façon de la réaliser… Pour y voir plus clair, rendons-nous sur place, à Lamotte-Beuvron, dans le Loir-et-Cher, pour soutirer des infos et des recettes à ceux qui la cuisinent le mieux, à l’endroit même où officiaient les sœurs Tatin.

La tarte Tatin
Loir-et-Cher – Lamotte-Beuvron A l’hôtel Tatin
La tarte Tatin
Loir-et-Cher / Lamotte-Beuvron Katia et Martial Caillé, propriétaires de l’hôtel Tatin

 

Une fake news pâtissière

Pour la confrérie des Lichonneux de la tarte Tatin, honorables membres gourmands et ardents défenseurs de sa recette originelle, la légende de la tarte ratée est infondée. Elle aurait été lancée au début du XXème s. par le critique culinaire Curnonsky, célèbre ambassadeur des cuisines provinciales, qui inventa l’histoire de la maladresse des sœurs Tatin pour amuser son auditoire lors d’une conférence de presse (#balancetonmacho#) ! L’anecdote plut aux journalistes, et contribua à la réputation de cette spécialité solognote, que l’on retrouvait pourtant déjà dans tout l’Orléanais… Elle devint même un des desserts signature de chez Maxim’s ! Cette fake news pâtissière eut la vie dure, et les sœurs Tatin ne firent rien pour la contredire, au contraire, vu l’affluence de Parisiens venant à leur hôtel pour découvrir cette fameuse tarte renversée ! D’ailleurs l’actuel propriétaire de l’hôtel Tatin, Martial Caillé, laisse toujours planer le doute, et place bien en évidence devant le bar de l’hôtel le potager en faïence bleue des sœurs Tatin, comme pour garantir l’authenticité de sa recette…  Selon lui, bien sûr, il est dépositaire de la véritable recette, bien qu’aucune trace écrite de la recette autographe n’ait été retrouvée à l’hôtel. Lorsque son père a repris l’établissement, en 1968, l’hôtel était resté fermé de longues années, et après la disparition de la dernière des sœurs Tatin, en 1919, la recette se serait transmise oralement, de cuisinière en cuisinière… Quoiqu’il en soit, le patron de l’hôtel, qui est aussi son chef cuisinier, n’a pas accepté de dévoiler sa recette, tout au plus ai-je pu assister à la délicate et spectaculaire phase du retournement, une fois que les pommes ont bien caramélisées au fond de la poêle.  De toutes façons, il n’aurait pas été possible de reproduire sa technique à la maison, car il utilise un large poêlon en Inox avec double-fond en cuivre, spécialement conçu par son père pour la cuisson de la tarte Tatin…

 

 

La recette des sœurs ? Tintin !

Pas plus de réussite à la boulangerie-pâtisserie Blanche de Castille, une autre référence dans la région pour cette tarte. Très avenante et sympathique, Isabelle Vauconsant vend ses tartes comme des petits pains, mais reste énigmatique quand il s’agit de la recette… Son mari Pascal, qui officie au fournil, donne toutefois quelques tuyaux : choisir des variétés de pommes qui tiennent bien à la cuisson (Reine des Reinettes, pomme clochard, Golden, Jonagold…) ; les éplucher la veille et les déposer dans la casserole avec le sucre et le beurre pour qu’elles sèchent un peu et que leur jus imprègne le sucre du futur caramel… En fait, il y a autant de façons de faire la tarte Tatin que de pâtissier, apparemment ! Car Magali Frizot, jeune pâtissière de Nouan-le-Fuzelier, a une autre technique : elle prépare un caramel dans un moule, le recouvre de pommes, et fait cuire le tout au four. Elle pose alors dessus la pâte sablée, et remet au four pour une 2ème cuisson ! Quant à Dany Julien, aimable grand-mère qui a remporté deux fois de suite le 2ème prix du concours de la meilleure tarte Tatin de Lamotte-Beuvron, ses pommes sont fondantes, mais peu caramélisées, et sa pâte est épaisse…

Retournons auprès de la confrérie des « Lichonneux ». On ne sait pas ce que ça veut dire, mais avec un tel nom à s’en lécher les babines, ils doivent savoir de quoi ils parlent ! En tout cas, ils affirment qu’ils sont dépositaires de la véritable recette de la tarte Tatin, et dans leur grande magnanimité, ils la partagent de bon cœur. Je l’ai goûtée chez eux, elle est fameuse ! Les confrères insistent pour dire qu’elle doit être servie nature, sans cannelle, ni glace, ni crème Chantilly… Dont acte ! Après…, chacun fait ce qu’il veut dans sa cuisine. Personnellement, je prévois toujours une crème Chantilly maison, aromatisée au Calvados…

 

Recette de la tarte Tatin (selon les Lichonneux)

Ingrédients :

  • 1 pâte brisée
  • 2 kg de pommes
  • 80 g de beurre fondu
  • 130 g de sucre

– Dans un moule à manqué de 24 cm de diamètre et de 5 cm de haut (moule spécial tarte Tatin en vente au rayon pâtisserie des grandes enseignes) , faites fondre le beurre et le sucre sans faire le caramel. Disposez-y les pommes épluchées et coupées en quartiers, rangées les uns à côté des autres, sur le dos, puis recouvrez d’une autre rangée de pommes, dos sur le dessus. Tout doit être bien compact, sans trop d’espace entre les pommes.

– Mettez au four 30 min à 200 °C.

– Sortez le moule du four et posez-le sur un feu moyen pour faire mijoter pendant 25 à 30 min. Vers la fin, imprimez un mouvement tournant au moule. Quand le caramel est prêt, on entend un « Psschuitt » qui indique la fin de cuisson.

– Arrêtez le feu, puis posez la pâte brisée sur les pommes, faîtes quelques trous à la fourchette et remettez au four pour 25 min. environ.

– Pour démouler, attendez que la tarte soit refroidie, repassez quelques minutes sur une plaque chauffante et quand c’est décollé, retournez d’un geste vif sur le plat de service. Attention, protégez-vous les mains avec des gants, car du caramel chaud pourrait couler…)

– Cette tarte est meilleure si elle est servie tiède. Bonne dégustation !

La tarte Tatin
Loir-et-Cher – Lamotte-Beuvron A l’hôtel Tatin Tarte Tatin de Martial Caillé, refroidissant sur le potager datant de l’époque des soeurs Tatin

Où l’acheter ?

– Hôtel-restaurant Tatin (à emporter sur commande) : 5 av. de Vierzon, Lamotte-Beuvron

– Blanche de Castille : 45 av. de l’Hôtel de Ville, Lamotte-Beuvron

– Maison Fouquiau-Frizot : 2 pl St-Martin, Nouan-le-Fuzelier

 

Blague Ch’ti  : qu’est-ce que tu fais quand t’as fait une tarte aux pommes et qu’elle sort du four ? Ben t’attin !

 

Le caramel au beurre salé

C’est la friandise bretonne par excellence, alliance du beurre salé et du sucre, qui se déguste en bonbons ou en pâte à tartiner. Chaque artisan a sa recette secrète, certains ont accepté de m’ouvrir leurs portes…  Vous prendrez bien un p’tit caramel ?

Le caramel au beurre salé
BRETAGNE – Morbihan – Quiberon Caramels et crème de caramel au beurre salé

Bien que l’on retrouve de vieilles recettes de caramel au beurre salé dans des livres de cuisine bretonne du milieu du XXème siècle, c’est un caramélier breton, Henri Le Roux, qui a eu l’idée, en 1977, de fabriquer une friandise à la fois tendre et craquante, facile à conserver. Il ajouta donc du sel à son caramel, ainsi que des éclats de noisettes, de noix ou d’amandes, et déposa sa marque. Bien lui en prit, car devant le succès de ce bonbon, nombre de pâtissiers lui emboîtèrent le pas et le copièrent, fabricant à leur tour ce délicieux bonbon au goût de Bretagne. Il a toujours gardé une longueur d’avance sur ses concurrents, déclinant les goûts à l’envi (thé, yuzu, framboise, sésame, orange, etc…) et fabricants un bonbon haut de gamme que les connaisseurs viennent chercher jusque dans ses boutiques parisiennes ou bretonnes (Quiberon et Landévant), où l’on trouve aussi d’excellents chocolats. Il a même ouvert une boutique à Tokyo ! Côté recette, je n’aurais pas de détails. Il a même été impossible de photographier une machine particulière dans le laboratoire de fabrication, pour ne pas que ses concurrents voient avec quoi il arrive à donner la texture si particulière à ses bonbons !

 

Nicolas Hubert, par contre, est moins prudent. Il m’a ouvert les portes de son atelier, alors qu’il confectionnait une fournée de caramel au beurre salé. Avec sa femme Caroline, pâtissière de formation elle aussi, ils ont ouvert à Minihy-Tréguier (à l’ouest de Paimpol) leur atelier de fabrication nommé astucieusement l‘Ambr’1, dans lequel ils produisent plus de 15 t de caramel par an, mais aussi de la crème fondante et des pâtes de fruits. Pour proposer une confiserie de qualité, ils sélectionnent avec soin leurs produits de base, tel que le beurre Bordier de Saint-Malo, ou la nacre de sel du Pays de Retz, jusqu’aux ingrédients qu’ils intègrent dans certains bonbons, tels que le piment d’Espelette, la vanille de Madagascar ou les éclats de noisettes. Dans un grand bac en inox, Nicolas prépare d’abord un caramel avec de l’eau et du sucre, et lorsque la coloration souhaitée est atteinte (le degré de cuisson du caramel est crucial et déterminera en grande partie le goût du futur bonbon), il ajoute du beurre salé (beaucoup !) et de la crème fraîche liquide. Dans un grand nuage de vapeur qui rendrait accro’ tout gourmand qui se respecte, il touille et surveille la cuisson. Tout l’art du caramélier est dans le choix de la température et de la durée de la cuisson. Lorsqu’il juge que la consistance est parfaite, Nicolas verse le caramel dans de plus petits bacs, lui ajoute éventuellement des ingrédients supplémentaires, et l’étend sur des plaques pour refroidir. Une fois découpés en petits cubes et emballés, ils sont prêts à être dégustés !

 

En ce qui concerne la pâte de caramel au beurre salé, la recette n’est pas très différente. A La Maison d’Armorine de Quiberon, entreprise familiale qui a créé la marque « Salidou », on fabrique les deux, et le directeur n’a pas voulu dévoiler le détail de ses recettes, on le comprend. Tout au plus saurons-nous que les bonbons contiennent du lait concentré, alors que la crème de Salidou est fait avec de la crème fraîche… Ici aussi, on aromatise les bonbons à différents parfums (amande, pomme, chocolat, nougatine…), et l’on propose un packaging rétro charmant, convenant bien à ces friandises qui nous replongent dans la douceur de l’enfance…

Le véritables amateurs de crème de caramel au beurre salé délaissent les préparations industrielles, qui ont parfois un goût âcre, ou doucereux, sans réel caractère ni onctuosité. C’est pourquoi il vaut mieux acheter des préparations artisanales sur place, en Bretagne, dans les épiceries fines ou les boutiques de souvenirs. Comme par exemple celle de Rozell et Spanell, une petite marque créée par une ancienne crêpière à Pleurtuit (Ille-et-Vilaine).  Sa crème nature est à se damner, et elle a réussi à trouver le dosage parfait pour rendre délicieux son caramel au Poivre de Sichuan, de même que celui au thym ou au piment d’Espelette. Contrairement au caramel nature, qui sublimera divinement vos crêpes ou vos gaufres, ces spécialités peuvent parfumer un rôti ou accompagner un fromage.

 

Bonnes adresses

Vente par correspondance :

 

 

La République Dominicaine, de plages en plages

A la sortie de l’hiver, qui n’a pas envie de soleil, de plages de rêve et de cocotiers ? De partir en famille pour un prix abordable ? La République Dominicaine répond magnifiquement à ces attentes. Partageant une île des Caraïbes avec Haïti, ce grand pays dispose d’assez de plages pour pouvoir y passer chaque année une semaine dans un endroit différent, jusqu’à la fin de ses jours ! Cela finit par se savoir, et chaque hiver des milliers de touristes européens, américains et canadiens débarquent par charters entiers dans ses aéroports. Car – c’est un autre avantage – ce pays compte cinq aéroports internationaux, qui permettent d’atterrir au plus près des plages de son choix.

LA REPUBLIQUE DOMINICAINE Île de Saona

Boca Chica et Juan Dolio (aéroports de Saint-Domingue ou de La Romana)

Points forts : plages à très faible pente (idéal pour les jeunes enfants), et récif corallien très proche. Les zones de baignade des hôtels sont des aquariums naturels où l’on voit des poissons même tout près du bord ! La proximité de la capitale permet de passer une journée culturelle. En effet, Saint-Domingue a été la première ville du Nouveau Monde, et l’on y admire de superbes édifices coloniaux de cinq siècles. En arpentant la calle de las Damas, dans le centre historique, vous serez séduits par la beauté de ces palais de roche corallienne dont certains sont transformés en musée.

L’autre point fort, est l’attractivité des prix du logement dans les petits hôtels de cette zone.

Points faibles : une prostitution trop voyante à Boca Chica, des plages bondées et bruyantes, car très populaires. Côté hôtelier, il y a de tout, mais dans la petite hôtellerie économique, cela peut être assez roots, voire pas très propre ni très sûr…

 

Bayahibe (aéroport de La Romana)

Points forts : immenses plages de sable blond baignées par les eaux claires et calmes de la mer Caraïbe. La playa Laguna, par exemple, est l’une des plus belles de toute l’île ! Bayahibe est un petit village de pêcheurs qui est le point de départ des bateaux pour l’île Saona. C’est l’excursion la plus prisée en République Dominicaine, et l’on pourrait s’étonner que tant de touristes quittent les superbes plages de leur hôtel pour aller sur une île qui n’a rien d’autre à offrir que… ses plages. Oui mais, quelles plages ! En chemin, les bateaux s’arrêtent en général sur un haut fond sableux, pour que les touristes puissent barboter dans une eau turquoise au milieu des poissons en sirotant une boisson fraîche. Puis ils longent les mangroves peuplées d’oiseaux, et débarquent pour déjeuner sur l’une de ces plages parfaites, où les cocotiers élancent leurs troncs effilés vers le ciel en faisant exploser leur ramure verte, comme un feu d’artifice végétal. Sachant que l’île est très fréquentée, il est utile de payer un peu plus pour se faire déposer plus loin que la plage principale. Par exemple vers Mano Juan, un village de pêcheurs tranquille dont les habitants mettent de l’huile dans leurs sardines en vendant des toiles naïves et colorées…  Juste avant de reprendre l’avion, s’il vous reste quelques heures, faites vous amener à los Altos de Chavon, non loin de l’aéroport. C’est un complexe touristique situé en surplomb de la rivière Chavon, avec un golf, où se trouve l’étonnante reconstitution d’un village médiéval italien ! Ce décor spectaculaire a servi de cadre pour des scènes d' » Apocalypse Now  » et de « Rambo ». C’est aussi un centre culturel et artistique qui abrite notamment une école d’art, une école de design affiliée à la Parsons School de New York, et un riche musée archéologique précolombien. 

Points faibles : je n’en ai pas vu. C’est pour moi l’un des meilleurs spots de la Rep’ Dom’ !

La côte des cocotiers (aéroport de Punta Cana)

Points forts : Punta Cana et Bavaro sont les plages les plus connues de la côte des Cocotiers, située à la pointe Est dans la partie la moins arrosée de l’île, et qui aligne 50 km de plages de rêve. On y trouve l’offre la plus étendue d’hôtels et d’activités nautiques. C’est l’idéal pour ceux qui viennent chercher le soleil des tropiques, et rien d’autre. Enorme choix d’hôtels à tous les prix.

Points faibles : la concentration des hôtels qui sont collés les uns aux autres. C’est le royaume du all inclusive pour pas cher, avec du rhum bas de gamme au bord de la piscine, des soirées dansantes (et navrantes) et des buffets insipides… A noter aussi l’éloignement de l’excursion à l’île Saona (3 h de bus A/R).

 

 

La péninsule de Samana

Points forts : La péninsule de Samana est occupée en son centre par une cordillère montagneuse couverte d’une végétation luxuriante, offrant des paysages d’une sauvage beauté. Ici, pas de grands resorts, mais des petits hôtels de charme. De nombreux français se sont installés à Las Terrenas, village dévolu à un tourisme plutôt haut de gamme. La péninsule compte les plus belles plages de l’île, en tout cas les moins fréquentées, telles que playa Coson, playa Rincon ou celles de l’adorable îlot cayo Levantado. Trois excursions exceptionnelles : une journée en bateau pour découvrir le parc naturel de Los Haïtises, une randonnée à cheval dans la forêt qui aboutit à la splendide cascade d’El Limon, et l’observation des baleines à bosses qui viennent se reproduire dans la baie de mi-janvier à mi-mars.

Points faibles : Sa difficulté d’accès : 3 h de route depuis le plus proche aéroport international. Le mauvais état des routes et la présence bruyante des motos et des quads.

 

La côte nord (aéroport de Puerto Plata)

Points forts : Ses plages, encore, qui font le succès des stations de Puerto Plata, de Sosua et de Cabarete. Ici, c’est l’océan Atlantique qui baigne les plages plantées de cocotiers, et les vagues sont au rendez-vous. Cela fait le succès de Cabarete, station balnéaire jeune et sportive, très animée le soir, fréquentée par les amateurs de surf et de kite-surf. Puerto Plata est plus familiale, et a l’avantage d’être le point de départ d’excursions dans l’intérieur montagneux du pays. En passant par Santiago, pour visiter une fabrique de cigares, vous irez jusqu’à Jarabacoa, pour pratiquer des sports d’aventure dans la jungle tropicale : rafting, canyoning, randonnée pédestre ou équestre, quad… Ne manquez pas non plus de visiter Puerto Plata, qui recèle de jolies maisons coloniales en bois, et dont le musée de l’Ambre est passionnant. On y apprend tout de cette résine fossile dont certains fragments renferment des moustiques qui ont probablement piqué des dinosaures !

Points faibles : la circulation délirante de Puerto Plata et de Santiago, et la pollution qui en découle.

 

PS : Je tiens ici à remercier Philippe Ramond, journaliste et ami qui a effectué ce reportage avec moi, et qui n’a pas hésité à me prêter son appareil photo au début du séjour lorsque mon réflex est tombé à la mer. Les 3/4 des photos de ce reportage ont donc été faites avec l’appareil numérique dont il s’est privé, et je lui en serai reconnaissant jusqu’à la fin de mes jours !

LA REPUBLIQUE DOMINICAINE Philippe Ramond

Pratique

Ce reportage ayant été réalisé il y a 15 ans, les adresses et les prix relevés alors ne sont plus valables.

J’ai cependant particulièrement apprécié :

Le Gran Bahia Principe Levantado (5*), à Samana (style victorien)

Le Viva Wyndham Dominicus Palace (5*), à Bayahibe.

Le Bahia Las Ballenas de Las Terrenas (petit hôtel de charme)

Le Rancho Baiguate de Jarabacoa (roots)

Le Nicolas de Ovando (5*), à St-Domingue (dans bâtiment historique)

LA REPUBLIQUE DOMINICAINE Saint-Domingue Chambre du Sofitel Nicolas de Ovando

 Se renseigner

http://www.godominicanrepublic.com/fr/

LA REPUBLIQUE DOMINICAINE Coucher de soleil vers Juan Dolio

Chypre, l’île d’Aphrodite

Si la mythologie grecque a fait naître Aphrodite à Chypre, c’est parce que cette île a tout pour séduire : des montagnes, des forêts, des terres fertiles, ainsi qu’une côte ourlée de superbes plages. Chypre dispose aussi d’un patrimoine archéologique et historique considérable, qui en fait un condensé de 5000 ans d’histoire de la Méditerranée.

CHYPRE - PafosPlage du rocher d'Aphrodite
CHYPRE – Pafos Plage du rocher d’Aphrodite

Dès les premiers pas à Nicosie (ou Lefkosia, nom grec de la capitale chypriote), on a la sensation de fouler une terre hellène. Des drapeaux bleus et blancs flottent un peu partout, et lorsqu’on fait le tour des remparts vénitiens, très bien conservés, les petits marchés qui s’y trouvent baignent dans une ambiance « à la grecque ». Et sur les terrasses des bars de la rue piétonne Ledra St, les locaux sirotent de l’ouzo en grignotant des olives, et la carte des restaurants ne diffère pas de celle qu’on pourrait trouver à Athènes… Au milieu de Ledra St, justement,  se trouve un poste de contrôle surveillant la « ligne verte », un mur semblable au mur de Berlin, qui sépare la ville entre la République de Chypre et la République turque de Chypre du nord. Le passage est maintenant possible entre ces deux parties de l’île, mais au moment de ce reportage, cela ne l’était pas. Cela fait des décennies que l’on parle de réunification, et il semble que cela soit en bonne voie…

Les églises du Troodos

A Nicosie, il faut visiter le musée archéologique, qui contient notamment une superbe statue d’Aphrodite, et le musée byzantin, présentant une collection d’icônes dorées à l’or fin. Des icônes, vous en verrez à profusion, vendues au coin des rues, dans les boutiques de souvenir, et surtout dans l’intérieur montagneux de l’île, le Troodos. D’innombrables chapelles sont disséminées sur ses pentes, la plupart modestes et d’architecture simple, mais décorées parfois de fresques magnifiques. Vue de l’extérieur, l’église d’Arakou ressemble à une grange, mais à l’intérieur, c’est une explosion de couleurs. Les murs et le plafond sont recouverts de fresques, qui sont parmi les mieux conservées de Chypre. Pendant leur occupation, les Ottomans ont saccagé les fresques de certaines églises byzantines, en effaçant les regards des saints qu’ils ne pouvaient supporter. C’est le cas dans la très belle église en pierre d’Asinou, qui a restauré ses magnifiques fresques. La profusion des églises byzantines ne doit pas faire éluder la visite du monastère de Kykko. Moins pour ses fresques, récentes, que pour admirer son iconostase, faisant l’objet d’un pèlerinage important. Il paraît qu’une des icônes, recouverte d’argent et enfermée dans un écrin d’écaille et de nacre, a été peinte de la main même de Saint-Luc !

Les sites archéologiques

Quittons la fraîcheur et les petites routes sinueuses du Troodos pour traverser les plaines plantées de champs d’agrumes et atteindre les stations balnéaires du littoral. Si vous voulez plonger dans la grande bleue ou lézarder sur une plage, vous n’aurez que l’embarras du choix. Les plages sont toutes différentes, et leur fréquentation va de la plage bondée à la crique déserte. L’idéal est de longer la côte en voiture et de choisir celle qui vous convient ! Le tour de l’île permet en outre de découvrir les autres attraits de Chypre. Larnaca est une ville séduisante : son front de mer bordé de palmiers a des airs de Promenade des Anglais, et la vieille ville, avec ses ruelles étroites, ses vieux bazars, ses minarets et ses tavernes animées où l’on déguste de délicieux mezzes, dégage une envoûtante atmosphère orientale. La ville de Limassol, très touristique, a moins de charme, mais son château, élevé au 14ème siècle par les Lusignan, accueille un musée médiéval fort intéressant. Non loin de là, voici le site archéologique de Kourion, au superbe amphithéâtre romain. Assis sur les plus hauts gradins, on confondrait presque les cris des touristes avec les tirades des tragédies antiques, qui sont d’ailleurs encore données chaque année, en grec ancien, pendant le festival d’été.

La fontaine d’amour

L’antique ville de Paphos recèle des trésors, comme ces villas romaines aux somptueuses mosaïques, ou encore les Tombeaux des Rois, vaste nécropole située sur une falaise dominant la mer, qui servit de refuge aux premiers chrétiens. Sans oublier Kouklia, bien sûr, le site archéologique du sanctuaire d’Aphrodite. Mais si vous n’êtes pas émus par de vieilles pierres, peut-être le serez-vous par la beauté de la plage de Petra Tou Romiou : la légende dit que de cette eau émeraude, jadis, émergea Aphrodite… Si vous voyagez en couple, et que vous êtes un tant soit peu romantique, mettez-vous à la recherche de la Fontana Amarosa, non loin des bains d’Aphrodite. Il paraît que l’eau de cette fontaine rend amoureux pour toujours !

 

CHYPRE - Pafos Plage du rocher d'Aphrodite
CHYPRE – Pafos Plage du rocher d’Aphrodite

Pratique

Y aller : Cyprus Airways a plusieurs vols par semaine Paris/Larnaca ; il existe aussi des liaisons low cost saisonnières qui permettent de trouver des billets A/R   à partir de 100 €.

Forfaits : Héliades est le spécialiste de la destination. Ce voyagiste propose des autotour (vol + voiture + hôtel) d’une semaine à partir de 650 €/pers.

Se renseigner :  Office du Tourisme de Chypre : http://www.tourisme-chypre.fr/

La vallée d’Ossau

Cette vallée béarnaise a tout pour plaire : une tradition pastorale intacte, des villages  accueillants, et des paysages fabuleux à découvrir en randonnant dans le Parc National des Pyrénées. 

 

Vallée d'OssauVallée vers le Pic du Midi d'Ossau
Vallée d’Ossau Vallée vers le Pic du Midi d’Ossau

Tel le nez de Cyrano, le Pic du Midi d’Ossau se détache nettement de la dentelle mauve habillant l’horizon. Nous sommes à Pau, sur le Boulevard des Pyrénées, où s’ouvre un somptueux panorama sur la chaîne pyrénéenne. Mais il ne faut pas se contenter d’admirer « la plus belle vue de la terre » selon Lamartine, qui exagérait un peu. Car s’il s’était rapproché des montagnes en remontant la vallée d’Ossau, il aurait réservé ses superlatifs aux paysages que l’on découvre au pied du Pic ou autour des lacs d’altitude. Plutôt que de foncer sur l’excellente route qui mène en une heure au col du Pourtalet, à la frontière avec l’Espagne, prenez le temps de vous arrêter dans les villages pleins de charme de la vallée, qui content l’histoire du pastoralisme. Car l’élevage extensif de vaches et de brebis est une activité ancestrale toujours vivace, qui est fêtée chaque année lors de la transhumance. Début juillet et mi-septembre, les bergers montent et descendent leurs troupeaux des hauts pâturages, à pied, et non en camion, comme cela se pratique ailleurs. Les Ossalois sont fiers des coutumes de leur vallée, et sortent à cette occasion les costumes folkloriques, les flûtes et les tambourins. Mais qu’importe si vous n’avez pas la chance d’assister au passage des troupeaux, la vie pastorale est présente partout, à travers les fromages de brebis qu’on achète au saloir, les cloches exposées devant les maisons, et le béret, symbole du berger pyrénéen…

La Falaise aux vautours

La vallée ne commence vraiment qu’à Arudy, où c’est une bonne introduction de visiter la Maison d’Ossau, qui regroupe sur plusieurs étages des expositions sur la géologie, la faune, la flore et l’archéologie du Parc National des Pyrénées. Ainsi alléché, on a hâte de rentrer dans le Parc pour voir toutes ces merveilles. Depuis la D934, qui longe le gave (rivière) d’Ossau, on aperçoit le château de Castet, forteresse médiévale juchée sur une butte, qui défendait la vallée des envahisseurs. Un peu plus loin, Bielle est un village typique de la vallée. On y remarque des fours à pain, de larges portails en bois pour laisser passer le bétail, et des maisons du 15 et 16ème siècle, aux fenêtres à meneaux, et aux linteaux sculptés de coquilles, Bielle étant une étape du chemin de St-Jacques de Compostelle. Au niveau de Gère-Bélesten, arrêtez-vous à la fromagerie Pardou. Sa cave d’affinage se visite… dans un ancien tunnel ferroviaire ! Les bergers de la vallée y déposent les fromages qu’ils ont fabriqués dans leur cuyala (cabane) durant l’été. On repart avec une meule dans la glacière, et la ferme intention d’aller à la rencontre de ces bergers, là-haut, dans la montagne. Mais ce serait dommage de partir de la basse-vallée sans visiter la Falaise aux Vautours, à Aste-Béon. C’est un centre d’observation de ces grands rapaces qui nichent sur une falaise proche. Même si rien ne vous attire chez ces charognards, vous trouverez passionnant de suivre sur grand écran, grâce à un système de mini-caméras fixées sur la falaise, la vie dans les nids de ces grands oiseaux, expliquée en direct par un ornithologue qui télécommande les caméras.

Le petit train d’Artouste

A quelques battements d’ailes de vautour fauve, Laruns est le cœur de la vallée, étape idéale à partir de laquelle on peut organiser ses excursions. L’Office de Tourisme vous y aidera, et vous testerez du même coup une exposition ludique sur la vallée d’Ossau, suscitant les cinq sens. Mise en pratique immédiate au marché du samedi matin. Vous humerez, toucherez, goûterez et dévorerez des yeux les spécialités du terroir, fromages, charcuterie de montagne, miel et vins… Quant à l’ouïe, vous pourrez bientôt l’exercer en montagne, en écoutant le frais murmure des torrents, les sonnailles lointaines d’un troupeau, ou les cris stridents et brefs des marmottes. Reprenons la route qui monte à l’assaut des Pyrénées. A Gabas, nous sommes en haute-vallée, à plus de 1000 m d’altitude. Le Pic du Midi d’Ossau est là, en face, nous dominant encore de près de 2000 m. Retardons encore son approche pour prendre le petit train touristique d’Artouste. C’est l’une des plus hautes voies ferrées d’Europe, qui a servi en 1925 à amener hommes et matériel pour construire le barrage d’Artouste. Du lac de Fabrèges, une télécabine monte au départ des trains, à 2000 m d’altitude. Reconvertie pour transporter des vacanciers, la ligne, creusée dans le roc, suit un tracé vertigineux en corniche au-dessus de la profonde et belle vallée du Soussouéou. Panoramas superbes, vues plongeantes, et frissons garantis ! Astuce : choisir les wagons de queue, pour éviter les escarbilles et la fumée du diesel… Au terminus, il faut grimper quelques marches pour arriver au niveau du lac d’Artouste, enchâssé dans un cirque granitique sauvage. On peut pêcher ou se baigner, mais les eaux sont glaciales et profondes, et il vaut mieux se hisser sur une butte, sortir le fromage et le saucisson et profiter du soleil et du silence pour faire une petite sieste.

La légende de Jean-Pierre

De retour à Fabrèges, montons les derniers kilomètres qui mènent au col du Pourtalet. A la cabane du Caillou de Soques, nous entrons enfin dans le Parc National, dont l’emblème est une tête d’isard, ce chamois des Pyrénées. Lorsque l’on randonne, il est fréquent de le voir en hardes dévaler des éboulis. Par contre, n’espérez pas rencontrer d’ours, bien que « Ossau » signifie ours. D’ailleurs, si cela arrivait, cela ne serait pas forcément une chance… Les plus perspicaces remarqueront ses traces, les autres se contenteront de voir l’empreinte de sa patte sur les fromages AOC d’Ossau-Iraty. Une balade très agréable consiste justement à faire le tour des cuyalas, réparties dans l’immense cirque d’Anéou, haut-lieu du pastoralisme pyrénéen, situé sous le col du Pourtalet. Vous assisterez à la traite des brebis, à l’élaboration du fromage, et s’il a le temps, le berger vous contera peut-être pourquoi le Pic est surnommé « Jean-Pierre » dans la vallée… Sinon, voici la légende : Jean et Pierre étaient deux frères jumeaux, bergers des montagnes d’Ossau, chargés d’empêcher l’intrusion des barbares. Un jour, une sorcière précipite les deux frères dans son antre souterraine, alors qu’en surface les barbares anéantissent bêtes et gens. Mais bientôt Jean et Pierre jaillissent du volcan – le pic du Midi d’Ossau est réellement le vestige d’un ancien volcan ! – embrochant de leurs « épées de feu » jusqu’au dernier des envahisseurs. La sorcière a pétrifié les jumeaux pour immortaliser leur exploit, figeant côte à côte Grand Pic et Petit Pic d’Ossau pour l’éternité…

Les superbes lacs d’Ayous

Mais la promenade reine du Parc National, accessible à tout marcheur bien chaussé, part du lac de Bious-Artigues (1422 m). A partir du parking du refuge, le GR-10 s’élève d’abord dans un sous-bois d’épineux, puis serpente à découvert, le long du gave de Bious. Celui-ci forme de petits lacs au milieu des vertes prairies d’estive, sur lesquelles broutent en liberté des chevaux et des Blondes d’Aquitaine. Si vous êtes accompagnés d’un guide, il ne manquera pas de vous montrer des gentianes, des lis des Pyrénées, et mêmes quelques petites plantes carnivores, les « grassettes ». Puis on arrive aux lacs d’Ayous, perles lapis-lazuli serties dans une cuvette glaciaire, que l’on bénit doublement, d’être si beaux, et de si bien rafraîchir les pieds. Encore un effort pour grimper au refuge d’Ayous (1970 m). Juste récompense, sa terrasse offre l’une des plus belles vues des Pyrénées. Qu’aurait dit Lamartine en découvrant le Pic du Midi d’Ossau se dédoubler, l’un perforant l’azur, l’autre plongeant dans les eaux du lac d’Ayous ?


Pratique

Se loger et se restaurer

  • Les Bains de Secours, à Sévignacq : petit hôtel de charme à la table réputée, située juste à côté d’une micro-station thermale.
  • La Ferme de Listo: dans un hameau isolé à flanc de montagne, vente de produits fermiers et petite buvette servant de savoureux sandwichs au fromage de chèvre.
  • L’Arregalet, à Laruns : gastronomie traditionnelle de terroir : garbure, poule au pot…
  • Au Pic du Midi, à Gabas : café-restaurant familial servant une cuisine de terroir savoureuse et copieuse. Demander à voir le saloir familial.

Evénements :

  • début juillet : transhumance en vallée d’Ossau
  • 15 août : fêtes traditionnelles de Laruns
  • début octobre : foire aux fromages de Laruns

Se renseigner

http://bearn-pyrenees.tourisme64.com/

 

La route de la préhistoire dans le Morbihan

La Bretagne regorge de monuments mégalithiques quasi éternels, qui nous parlent de façon aussi fascinante que mystérieuse de nos ancêtres préhistoriques. La côte morbihannaise, de la ria d’Etel au golfe du Morbihan, en recense une étonnante concentration, ce qui permet de profiter de ses attraits touristiques, tout en découvrant les plus étonnantes constructions d’Homo Sapiens Sapiens…

 

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LOIRE-ATLANTIQUE Grande Brière St-Lyphard Dolmen de Kerbourgnec, vers Kerhinet

De la ria d’Etel à la presqu’île de Quiberon

Commençons ce périple morbihannais entre Lorient et Auray, autour de la ria d’Etel. Cet aber très sauvage, fruit de l’union paisible de la mer et de la terre, est bien connu des naturalistes et des ornithologues, qui apprécient l’exceptionnelle densité et variété de faune et de flore s’épanouissant dans ses îlots, ses marais, sa lande, et ses bois. Il n’est donc pas étonnant que les hommes du néolithique, il y a environ 5000 ans, aient choisi de vivre ici. D’autant plus que le sol granitique permettait aussi l’extraction de pierres, nécessaires à leurs croyances ! En sillonnant les routes peu fréquentées de ce petit coin de Bretagne encore préservé du tourisme, vous traverserez de charmants hameaux aux maisons trapues et moussues, vous tomberez sur quelques fermes ostréicoles, et vous aboutirez à d’imprévus cul-de-sac, offrant presque toujours des marines sereines et lumineuses. Vers Locoal-Mendon, à l’embouchure de la presqu’île du Plec, vous ne pourrez pas manquer de voir la « quenouille de St-Brigitte ». Cette stèle de granit de forme cylindrique, haute de 3 m, est surmontée d’une pierre taillée en forme de croix. Ce monument christianisé datant de l’époque gauloise s’inspire des pierres levées préhistoriques abondantes dans la région. A St-Cado, c’est un dolmen qui vous attend. Cette petite île, reliée à la terre par un pont de pierre, a un charme irrésistible. Elle n’abrite pourtant que quelques maisons et une humble chapelle romane, mais elle s’inscrit dans un paysage très photogénique. Le dolmen n’est pas sur l’île, il se trouve à un vol de mouette, au bord d’une route du hameau de Kerhuen. Il est un peu écroulé, mais si c’est votre premier, vous ne manquerez pas d’être impressionnés par la taille de ces blocs de pierres, surtout la dalle tenant en équilibre sur les autres, et formant table.

Petit lexique mégalithique

  • mégalithe : « grande pierre », monument de pierre bâti à l’époque néolithique (de 5000 à 2000 ans avant notre ère)
  • dolmen : « table de pierre », monument funéraire composé d’une à plusieurs chambres funéraires, d’un couloir et d’une couverture en pierres.
  • cairn : sépulture recouverte d’une accumulation de pierres
  • tumulus : sépulture recouverte d’un mélange de terre et de pierres
  • tertre : sépulture recouverte de terre
  • cromlec’h : cercle de pierres ou de menhirs. En Bretagne, on parle plutôt d’enceinte ou de quadrilatère, surtout s’il est associé à un alignement

Homo Sapiens Obelixus 

A la sortie d’Erdeven, vous aurez une surprise de taille. De pierre de taille, même. Ces silhouettes grises dressées de part et d’autre de la départementale ne sont pas des gendarmes, ni des radars… Ce sont des menhirs ! Une fois à l’intérieur du site, on réalise qu’ils ne sont pas plantés par hasard, mais qu’ils forment des lignes. En effet, vous circulez au milieu des alignements de Kerzerho. Enfin, ce qu’il en reste. Inconsidérément tailladé par la route, le site a été pillé et amputé de ses pierres au fil du temps, et si l’on ne peut s’imaginer la longueur initiale des alignements, il reste assez de pierres pour donner une idée de l’ampleur de cette construction humaine. Surtout avec les « géants de Kerzerho », trois menhirs de plus de 6 m, associés à deux énormes blocs couchés. On en reste perplexe : comment des hommes préhistoriques ont-ils pu traîner et dresser ces gigantesques masses de granit ? Laissez cette question en suspens et poursuivez votre route sur les traces d’Homo Sapiens « Obelixus ». Vous pourrez le faire à pieds, à VTT ou en voiture, car il existe un sentier de randonnée reliant les principaux sites du grand arc mégalithique de la région d’Erdeven. Vous découvrirez ainsi le très beau dolmen de Crucuno, avec son imposante dalle de 40 tonnes posée sur 9 piliers, qui a connu au siècle dernier des usages inattendus (grange, prison, buvette…) ; le dolmen de Mane-Croh, dont on distingue bien la chambre funéraire compartimentée en quatre cellules ; et Mane-Kerioned, ensemble de trois dolmens entourés de petits menhirs, dont les dalles comportent de nombreuses gravures. Sans explications irréfutables, chacun est libre de jouer les Champollion en décryptant à sa guise ces signes énigmatiques… A ce propos, prévoyez dans votre équipement d’archéologue amateur, une paire de bottes et surtout une lampe torche, certains dolmens étant enterrés.

La presqu’île de Quiberon

Bien qu’elle soit plus réputée pour ses belles et longues plages de sable fin, la presqu’île de Quiberon recèle de nombreux sites mégalithiques. Mais comme ils ne sont pas d’un intérêt majeur, on les découvre par hasard en parcourant cette luette flottant dans l’Atlantique. Il s’en faut de peu que ce soit une île, et les grandes marées d’hiver menacent parfois de recouvrir le tombolo (étroit cordon sablonneux) qui la relie au continent. En passant par Portivy, suivez la route de la côte sauvage, qui serpente sur les falaises dans une lande herbeuse exposée aux vents dominants. Par beau temps, cette côte déchiquetée s’échancre d’innombrables criques, anses et grottes baignées d’une eau vert émeraude. Mais au moindre coup de vent, la mer vient fracasser ses lames sur les noirs rochers blanchis d’écume. A l’instar des huîtres sauvages, le menhir appelé Bonnet d’Evêque s’ancre solidement devant les rochers de Beg er Goalennec. A la pointe de Goulvars (chemin d’accès du practice de golf, vers l’institut de thalassothérapie), vous trouverez le grand menhir de Goulvars, une pierre de granite feuilleté de 4 m de haut. Avant de partir, passez par St-Pierre-de-Quiberon, au hameau de Kerbourgnec, pour voir un cromlec’h et de petits alignements. Juste de quoi vous donner envie d’aller voir ceux de Carnac !

Les mystérieux alignements de Carnac

La région de Carnac (de cairn) détient la plus grande concentration de mégalithes au monde. Des menhirs dressés et alignés, bien sûr, mais aussi des dolmens, des tertres, des cromlec’hs… D’abord, il y a le choc visuel. Découvrir ces massives pierres longues (men-hir, en breton), dressées en file indienne en formant des lignes parallèles jusqu’à perte de vue, c’est très impressionnant. On dirait une armée au repos dans un silence minéral. Comment ne pas être fasciné par l’ordonnancement de ces grandes pierres phalliques ? Il y a plusieurs champs d’alignements, à Carnac, suivant plus ou moins un axe est-ouest, et représentant un total de 2737 pierres. Mais ce n’est rien comparé aux 7000 à 10 000 pierres levées qui auraient composé le site original ! Afin de préserver les sols, les principaux sites sont fermés au public d’avril à octobre, hors des visites guidées. Mais il est possible d’en faire le tour à pieds, le grillage n’empêchant pas d’en apprécier l’ensemble. Nous vous conseillons de participer à l’une de ces visites, car vous apprendrez beaucoup sur les hommes du néolithique, et sur les techniques employées pour dégager, tirer et lever les pierres. Cependant, vous n’obtiendrez pas de réponse certaine à cette question obsédante : pourquoi ont-ils fait cela ? Seulement des hypothèses : l’orientation des pierres suivrait la course de certains astres ; les pierres levées seraient un symbole entre le monde des vivants et celui des morts… Ces alignements ont suscité les interprétations les plus folles, et vous pourrez vous en amuser en lisant le bêtisier qui en a été tiré, au musée de la préhistoire. Carnac est une station balnéaire cossue, dont les belles villas et les petites résidences à volets bleus se remplissent à la belle saison d’estivants venant jouir de ses plages exposées plein sud. Préférez celle de St-Colomban, car elle donne accès à un sentier côtier menant jusqu’aux parcs à huîtres de l’anse du Pô. D’autres plages moins fréquentées vous attendent à la sauvage pointe de Kerbihan, à moins que vous ne préfériez l’animation du grand port de La Trinité-sur-mer, où voisinent au mouillage les chalutiers, les bateaux de plaisance, et les grands multicoques de course. Poursuivez en faisant le tour de la péninsule de St-Philibert, non pour débusquer les quelques dolmens présents sur cette commune, mais pour visiter une très jolie chapelle du XVIIe s., sise au bord de l’eau.

Les énigmes de Locmariaquer

Le site de Locmariaquer regroupe les trois principales familles de monuments mégalithiques armoricains. A savoir un tumulus, un dolmen et un menhir. Et quel menhir ! Le Grand Menhir. Avec ses 20 m de long et sa masse estimée à 350 t, c’est l’une des pierres les plus colossales jamais mise en œuvre par l’homme préhistorique. Même à terre, et brisé en quatre morceaux, il reste très impressionnant. Le plus étonnant, c’est que cette gigantesque stèle soit en orthogneiss, et que l’affleurement le plus proche de cette roche soit situé à une dizaine de kilomètres ! Comment l’ont-ils amené ici ? Par flottage, par pivotements successifs ? Le mystère s’épaissit avec d’autres questions : qu’est-ce qui a fait tomber ce géant, et pourquoi ? La présence d’un guide s’avère utile, surtout à l’intérieur du dolmen de la Table des Marchand. Ne serait-ce que pour vous aider à « lire » les dalles gravées. Si l’on reconnaît bien une hache sur une dalle de couverture, difficile de deviner que les signes de la dalle du fond seraient des crosses, interprétés parfois comme les épis d’un champ de blé… Dans le dolmen des Pierres-Plates, situé au bord de la mer à quelques kilomètres de là, vous serez seuls pour interpréter les gravures. Sachez que ces dessins énigmatiques aux lignes courbes épousant la forme ogivale des pierres, seraient des représentations d’une idole féminine, une déesse-mère, même si certains y voient des boucliers, ou même un poulpe !

Un chef-d’œuvre de l’art universel

Pour rejoindre Larmor-Baden, port d’embarquement pour l’île de Gavrinis, vous devrez passer par Auray. Ne manquez pas de vous promener dans le pittoresque quartier médiéval du port de St-Goustan, ni d’aller vous recueillir à la basilique de Ste-Anne-d’Auray, haut-lieu de pèlerinage. Arrêtez-vous aussi au ravissant petit port de Bono, dont vous aurez une jolie vue depuis le vieux pont suspendu au-dessus de la rivière Bono. Voici le moment de rejoindre par bateau l’île de Gavrinis, pour visiter l’un des plus anciens et des plus célèbres sanctuaires du monde. Le cairn de Gavrinis recouvre un fabuleux dolmen à couloir, en parfait état de conservation. La galerie dallée est parée de 23 dalles gravées, et elle débouche sur une chambre funéraire, elle-même faite de dalles ornées. L’ensemble forme un chef-d’œuvre de l’Art universel, le seul à concentrer une telle abondance de motifs de l’époque néolithique. Presque toutes les pierres sont recouvertes de dessins et de lignes concentriques savamment agencées, formant des dessins quasi hypnotiques ! Même si le guide pointe des éléments reconnaissables (crosses, haches, serpents, déesse-mère…), la signification profonde de ces glyphes et de ces curieuses compositions reste aussi obscure que la pénombre sépulcrale qui les a entourée depuis des millénaires. Qu’avaient donc à nous dire nos ancêtres qui méritât d’être inscrit d’aussi indélébile façon dans le granit ? Il faut abandonner la voie rationnelle et suivre la galerie de cette matrice originelle comme un itinéraire initiatique, en se laissant envoûter par la poésie des signes… Gavrinis est un site fascinant, qui marque durablement les esprits. Des chercheurs y ont échafaudé les théories les plus folles, attribuant à ses bâtisseurs des connaissances mathématiques, telles que la numération en base 6, le théorème de Pythagore, ou la division du cercle en 360 °… Pourquoi pas, après tout, quand on a vu ce que ces hommes du néolithique étaient capables de construire, transporter et inventer, plus rien ne peut plus nous étonner !

Les autres trésors du golfe

Après cette immersion dans les sombres arcanes de la préhistoire, cela fait du bien de retrouver l’air marin, vif et iodé, du golfe. Prenez une journée pour vous promener sur les petites routes et chemins de l’Île-aux-Moines. Depuis Port-Blanc, la traversée ne dure que cinq minutes, mais une fois le pied posé sur l’île, on se sent immédiatement îlien. Ce calme, cette courtoisie des habitants qui vous saluent, cette végétation luxuriante propre aux climats doux, favorisant camélias, magnolias et palmiers… Qu’il est agréable de découvrir à pieds ou à vélo cette île boisée, recélant aussi de belles plages, et même quelques dolmens ! Ses sentiers côtiers vous offriront de magnifiques points de vue sur les eaux miroitantes du golfe, sur lesquels glissent les triangles blancs des voiliers, et les rectangles orangés des sinagots (vieux gréements), tels des papillons butinant ce miel liquide. Mais le golfe, c’est aussi de charmants petits ports de pêche ou de plaisance (Arradon, Séné, Port-Anna, Port-Navalo, Le Logéo…), de grandes plages (île d’Arz ou de Berder, pointe du Moustérian, Kerjouanno…), des marais sauvages (réserve naturelle ornithologique de Séné, Le Hézo, …), et des fermes ostréicoles, réparties sur toutes les côtes, où l’on déguste de succulentes huîtres creuses. Certes, il y a bien d’autres sites mégalithiques à voir, notamment dans la presqu’île de Rhuys, mais après Carnac, Locmariaquer et Gavrinis, ils ne vous apporteront pas grand-chose de plus dans la compréhension de l’art des bâtisseurs du néolithique. Tout au plus est-il judicieux de visiter le musée d’Histoire et d’Archéologie de Vannes, qui présente une importante collection d’outils et d’objets retrouvés dans les sites funéraires du néolithique, tels que des haches polies en fibrolite, des poteries, ou des colliers de perles vertes en variscite.

Faites plutôt un bond en avant dans le temps pour entrer de plain-pied au Moyen Âge, en visitant le château de Suscinio, vers Sarzeau. A proximité de l’Océan, cette impressionnante forteresse du XIVe s., hérissée de tours et crénelée de mâchicoulis, était une des résidences favorites des ducs de Bretagne, qui venaient y chasser. Vous y verrez de splendides carrelages médiévaux, et la visite permet d’avoir une bonne idée de la vie de cour à cette époque.

Les lumières du golfe clair

C’est en bateau que l’on ressent le mieux l’ambiance très particulière du golfe du Morbihan (petite mer, en breton). Avec les marées, les caprices du ciel, et le contour très découpé des côtes, les paysages changent constamment et l’on ne distingue plus l’entrée du fond du golfe, ni les îles des presqu’îles. L’exiguïté du golfe, la force des courants et la présence de tous ces îlots, amènent à louvoyer, ce qui provoque des conditions de lumières toujours différentes. L’horizon est hérissé d’amers, de clochers, de phares ou de balises, et la mer est striée de petits drapeaux flottants ou de piquets en bois, signalant un casier ou un parc à huîtres. On ne s’ennuie jamais en croisière dans le golfe, il y a toujours un bateau ou un oiseau à observer, une île à dépasser, un arc en ciel à admirer…

Le parc de la préhistoire de Malansac

Si vous êtes accompagnés d’enfants, ne manquez pas de les emmener dans ce parc dédié à la préhistoire, situé près de la cité de caractère de Rochefort-en-Terre. Au fil d’une agréable promenade dans d’anciennes carrières boisées, on découvre des dinosaures et des hommes préhistoriques dans des scènes reconstituées. Même si les modelages ne sont pas saisissants de réalisme, les panneaux didactiques permettent aux petits et aux grands de remettre de l’ordre dans leurs connaissances de la préhistoire.

Vannes la médiévale

Rendez-vous sous les remparts de Vannes, devant la porte Poterne, où de superbes lavoirs à pans de bois symbolisent le caractère médiéval de la cité. L’architecture défensive de ces remparts contraste avec les jardins à la française qui comblent les douves. Longez les remparts jusqu’à la porte Prison. En passant sous cette porte monumentale, entrez dans la ville close piétonnière, et suivez la rue des Chanoines jusqu’à la place Henri IV. C’est la plus belle place de la cité, entièrement entourée de magnifiques et séculaires maisons à pans de bois. Elle n’a pas beaucoup changé depuis le Moyen Âge, si l’on fait abstraction des commerces au rez-de-chaussée… Les plus anciennes maisons à colombages datent du XVème s., elles sont souvent de guingois, ou penchées, et leurs étages en bois, plus larges que leur base en granit, menacent de se rejoindre de part et d’autre des ruelles. Dépassant des toits en ardoise, les hautes tours de la cathédrale St-Pierre minéralisent un peu cette ville de bois. A l’ombre de la cathédrale, vous découvrirez plusieurs hôtels particuliers en pierre, construits au XVII et XVIIIème s., tel que l’hôtel Roscanvec, rue des Halles. Au bout de cette pittoresque ruelle, juste en face du remarquable hôtel particulier du XVème s. (Château-Gaillard) qui abrite les riches collections du musée d’histoire et d’archéologie, vous tomberez nez à nez avec « Vannes et sa femme ». Ce sont deux figurines en pierre, sculptées à l’angle d’une belle maison à colombages, dont on ne connaît pas l’origine, mais qui ont fini par devenir l’un des symboles de la ville. En passant par la place des Lices, sur laquelle se tient le grand marché du mercredi et du samedi matin, vous sortirez de la ville close par la porte Saint-Vincent. Devant cette porte s’ouvre en demi-cercle la place Gambetta, occupée en partie par des terrasses de café. Au moindre rayon de soleil, elles se remplissent de badauds qui viennent y respirer l’air du large. C’est en effet devant cette place qu’aboutit le port de Vannes, long chenal sur lequel ne s’alignent plus que des bateaux de plaisance. Bien que très actif au Moyen Âge, il s’envasa, et fut laissé à l’usage exclusif des plaisanciers. Suivez le quai de la Rabine en longeant la rivière la Marle. C’est une agréable promenade bordée de beaux immeubles bourgeois du XIXème s., qui vous conduira jusqu’à l’entrée du Golfe du Morbihan.

Pratique

Se loger et se restaurer

  • Le Moulin de Cochelin : à Locoal-Mendon : intégré dans un moulin du XIIIe s. restauré, ce restaurant propose une cuisine de qualité avec des produits frais et locaux.
  • Hôtel-restaurant le Râtelier (2*), à Carnac  : établissement calme au cachet rustique. Excellente table, réputée pour son « voyage autour du homard breton ».
  • Auberge du Parc Fétan, à Larmor-Baden : excellent accueil dans cette auberge disposant de 20 chambres (dont 16 vue mer), d’appartements meublés, d’une grande piscine et d’un jacuzzi. L’ambiance est familiale, la cuisine aussi.
  • Logis de Parc Er Gréo, à Arradon : belle villa noyée dans la verdure, aux chambres douillettes et confortables, disposant d’une piscine-balnéo chauffée.
  • Le Galichan, à Sarzeau : malgré sa situation au bord d’un rond-point, cette crêperie affiche souvent complet ! Cela s’explique par la qualité de ses galettes justifiant son label « Crêperie Gourmande », un label promouvant les producteurs locaux.
  • Villa Catherine, à Vannes : dans une belle villa 1900, jolies chambres confortables et écologiques. Petit déjeuner bio !
  • Le Roscanvec, à Vannes : cuisine gastronomique de terroir, métissée de saveurs du monde entier.

A lire

« Dolmens et menhirs » (Ed J.P. Gisserot)

« Bretagne mégalithique » de Gwenc’hlan Le Scouëzec (Seuil)

Se renseigner

www.morbihan.com