Les vallées d’Aoste

Au cœur des Alpes, le val d’Aoste est une région montagneuse disposant d’un fabuleux patrimoine culturel et naturel. En été, ses nombreuses petites vallées permettent d’accéder à une multitude de belvédères et de randonnées faciles, offrant des panoramas époustouflants sur les plus hautes cimes d’Europe. 

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ITALIE – Val d’Aoste Courmayeur Vue hivernale du Mont Blanc depuis la terrasse en haut du Skyway

 

       Traverser les Alpes pour se rendre en Italie en franchissant les cols du Grand ou du Petit Saint-Bernard relève du panache, plus que de la logique. Car même si les légions de César, les éléphants d’Hannibal ou l’armée Napoléonienne ont passé ces cols, il est quand même plus pratique d’emprunter le tunnel du Mont-Blanc ou celui du Saint-Bernard ! Certes, c’est assez cher, mais on gagne beaucoup de temps et on s’épargne des centaines de virages, dont on ne manquera pas par la suite… La vallée d’Aoste est une longue et ample cuvette sillonnée par la Doire Baltée, qui prend sa source dans le massif du Mont Blanc et qui se jette dans la plaine du Pô vers Turin. Une douzaine de vallées s’ouvrent perpendiculairement à cet axe, qui ont chacune leur caractère, et qui mènent à des cols, des lacs, des glaciers et des sommets fournissant d’innombrables possibilités d’excursions. En effet, la vallée d’Aoste est entourée par les plus hauts sommets d’Europe : le Grand Paradis (4061 m), le Mont Cervin (4478 m), le Mont Rose (4637 m), et bien sûr le Mont Blanc (4807 m). Ce territoire de montagne est le paradis des alpinistes et des grimpeurs, mais aussi des amoureux de la nature qui sont de simples marcheurs. L’atout principal de cette vallée est de rendre accessible à tous des paysages d’habitude réservés aux seuls montagnards.

La capitale régionale, Aoste, se situe au milieu de la vallée principale. Place forte stratégique au cœur des Alpes, la ville est bâtie sur l’antique Augusta Praetoria, fondée par les Romains en 25 avant J.C. Elle a su préserver et intégrer dans son urbanisme des vestiges romains exceptionnels qui constituent ses attraits majeurs. Ainsi, au fil de la déambulation dans les rues piétonnes, apparaissent des restes de remparts, une porte prétorienne monumentale, des tours, un théâtre romain, un forum… La cathédrale romane, richement décorée, mérite une visite, ainsi que l’ensemble Saint-Ours, dont la collégiale, le campanile, la crypte, le cloître et le prieuré illustrent bien l’architecture et l’art religieux du Moyen Age. On ne s’étonnera pas qu’en Italie, il y ait des églises à visiter. Mais la particularité du val d’Aoste, c’est de compter un nombre impressionnant de châteaux ! Son tumultueux passé féodal en est la raison, et la vallée est truffée de forteresses militaires, de tours, et de résidences seigneuriales fortifiées. Toutes ne se visitent pas, mais souvent juchées sur des éminences rocheuses, leur silhouette attire souvent l’œil et l’objectif.

ITALIE  -  Val d'AosteChâteau de Fénis
ITALIE – Val d’Aoste Château de Fénis

 

Courmayeur

La ville qui ferme la haute vallée d’Aoste, juste à la sortie du tunnel du Mont-Blanc, est Courmayeur. C’est une station alpine de luxe, fréquentée par la jet-set, qui vient y skier été comme hiver, grâce au magnifique domaine skiable du massif du Mont Blanc. C’est un plaisir de se promener via Roma, la principale rue commerçante, où se succèdent des boutiques chics de mode et des échoppes regorgeant de tous les bons produits valdotains (jambon de Bosses, lard d’Arnad, fromage Fontina…). En traversant la ville, on ne peut qu’admirer ses immenses chalets en bois, aux toits recouverts de lauzes, ces plaques d’ardoise gris-argenté qui donnent beaucoup de cachet aux chalets de la vallée. Sans doute pour tenter de faire concurrence avec le téléphérique de l’Aiguille du Midi, la vallée d’Aoste s’est dotée de son propre téléphérique, le Skyway, situé à Courmayeur. Ses cabines pivotantes entièrement vitrées amènent en quelques minutes sur une terrasse panoramique à 3466 m d’altitude, d’où l’on a une vue imprenable sur l’une des faces du Mont-Blanc. C’est magnifique, mais il faut reconnaître que le téléphérique de l’Aiguille du Midi amène plus haut (3842 m), et surplombe les glaciers de la vallée Blanche, ce qui est un spectacle grandiose.

 

Le val Veny et le val Ferret

De retour sur le plancher des vaches, vous pourrez explorer les deux petites vallées qui forment un « T » avec la vallée d’Aoste. Au fond du val Veny, vous devrez laisser votre véhicule au parking Freney, accolé à l’aire de pique-nique de Gabba. C’est un site très agréable, ombragé par des conifères, et un petit ruisseau serpente entre les tables en bois. De là, en une heure trente de marche, vous atteindrez les abords du lac du Miage. Un spectacle magnifique vous attend : vous êtes au pied d’un glacier, et par temps chaud, des pans entiers s’en détachent dans un grondement terrible, et vont fondre dans le lac. C’est pratique pour rafraîchir les bières !

ITALIE  -  Val d'AosteVal Veny Lac glaciaire du Miage
ITALIE – Val d’Aoste Val Veny Lac glaciaire du Miage

Le val Ferret est une vallée sauvage et bucolique qui suit un torrent aux eaux laiteuses et bondissantes. Allez jusqu’au bout de la route, à Arpnouva, et stationnez dès que vous trouverez une place au bord de la rivière. En 45 minutes de marche facile, vous serez au refuge Elena (2060 m). Depuis sa terrasse, vous pourrez déguster un cappuccino en contemplant un paysage majestueux de glaciers et de cascades.

 

La vallée du Grand Saint-Bernard

Axe de franchissement des Alpes connu depuis l’Antiquité (il reste d’ailleurs quelques vestiges de la route pavée romaine), cette vallée vous mènera d’Aoste au col du Grand Saint-Bernard, frontière entre l’Italie et la Suisse. D’innombrables lacets aux virages en épingle à cheveux permettent d’avaler un dénivelé de 2000 m ! En chemin, arrêtez-vous dans l’un des jolis villages qui jalonnent la montée, tel que Gignod, Etroubles ou Saint-Rhémy-en-Bosses, célèbre pour la production du jambon cru de Bosses. Passées les gorges profondes et boisées du bas de vallée, la dernière partie du trajet traverse un paysage ouvert de pentes herbeuses, de plus en plus pierreux et lunaire à mesure que l’on se rapproche du col. Il est vrai que plus grand chose ne pousse à 2500 m d’altitude… Au col, passez en Suisse et allez visiter l’hospice du Grand Saint-Bernard. Crée en 1050 par saint Bernard de Menthon, cet hospice avait pour fonction d’offrir l’hospitalité à ceux qui se risquaient à franchir ce col, voir même à les secourir pendant les huit mois de l’année où ce périlleux passage est sous la neige. Les religieux se faisaient aider de chiens, les fameux saint-bernard, qui étaient dressés pour découvrir les victimes des avalanches. L’hospice est tenu par des chanoines, et demeure un lieu d’accueil et de prière. Un chenil de saint-bernard est toujours là, plus pour le folklore que par besoin, ce qui justifie la quantité de produits dérivés à l’image de ce gros chien sympathique, que vendent les boutiques de souvenirs amassées au col. Ne manquez pas de visiter le musée, car il présente de belles collections de minéraux et d’archéologie, et retrace l’histoire passionnante de l’hospice, à l’aide d’objets anciens, de documents et de photos étonnantes.

 

Valpelline

En montant dans cette jolie vallée, faites un petit détour vers Ollomont pour visiter un immense saloir de fontine, où l’on apprend tout sur ce fromage d’alpage. Puis vous continuerez à remonter la vallée en suivant le torrent Buthier. A 1800 m, la route se heurte au barrage de Place Moulin, qui retient un lac artificiel. En laissant votre véhicule sur le parking au niveau supérieur du barrage, il y a une balade très facile à faire en longeant le lac : c’est presque plat, et le paysage est magnifique. En été, le rose des épilobes, associé au vert des conifères, se marient parfaitement avec le bleu azur du lac, dans lequel se reflètent les neiges éternelles. En une heure vous serez au refuge de Prarayer (2005 m), qui offre une vue splendide sur la vallée et sur les glaciers accrochés aux « plus de 4000 » fermant la vallée.

Valgrisenche

A partir de Leverogne, sur l’axe central de la vallée d’Aoste, s’ouvre une autre superbe vallée. La route s’enfonce dans une gorge étroite en suivant le cours d’une doire, et grimpe jusqu’à Valgrisenche, où il faut s’arrêter pour visiter la fabrique artisanale de vêtements et de draps en laine, où l’on voit fonctionner de vieux métiers à tisser. Un peu plus loin, la vallée est fermée par un grand barrage formant le lac de Beauregard, le bien nommé. Deux routes font le tour du lac, et celle de la rive droite (direction Bonne), en corniche, ménage de splendides paysages. Imaginez ce séduisant tableau : quelques vaches broutant dans une prairie d’alpage au milieu de laquelle coule un torrent alimenté par des cascades, un petit hameau avec sa chapelle en ruine, et en arrière-plan, des glaciers éblouissants…

Val de Rhêmes

A Introd, avant de partir à l’assaut du val de Rhêmes, rendez visite aux Amis du Bois, des artisans sculpteurs qui façonnent dans différentes essences de bois des jeux traditionnels, ainsi que la fameuse grolle, coupe en bois typique de l’artisanat valdotain. Comme ses voisines, cette vallée est magnifique, et l’on n’a que l’embarras du choix pour s’arrêter. A partir de Thumel, mille promenades s’offrent à vous, il suffit de suivre le torrent et de revenir à sa guise. Si vous êtes prêts à marcher deux heures, vous atteindrez le refuge Benevolo (2285 m) en passant devant deux majestueuses cascades, et en traversant des paysages très sauvages. Les marmottes sont aussi bien visibles du chemin !

Valsavarenche

En pénétrant dans cette vallée, vous entrerez au cœur du parc national de Gran Paradiso. Créée en 1922, c’est la plus ancienne et la plus prestigieuse aire protégée d’Italie, réputée pour la beauté de ses décors naturels, et pour ses chamois. Un centre de visite du parc est situé à Dégioz, il est conseillé d’y passer pour tout savoir sur la flore et la faune du parc, sur les excursions guidées, et sur l’architecture locale. A ce propos, ne manquez pas de faire un petit détour par Tignet, minuscule hameau constitué d’une vingtaine de chalets accrochés à un replat rocheux. La réhabilitation de ces chalets ruraux dont certains datent du XVe siècle, est exemplaire. C’est l’alliance parfaite, esthétique et fonctionnelle des trois matériaux naturels valdotains : la roche pour le socle, le mélèze, et la lauze sur le toit. Laissez votre véhicule à Pont. C’est le point de départ de nombreux sentiers balisés menant vers les sommets du massif de Gran Paradiso. Vous pourrez par exemple rejoindre le refuge Victor-Emmanuel II en deux heures de montée assez rude. A 2775 m, au pied des glaciers, vous jouirez d’un panorama exceptionnel sur le Gran Paradiso (4061 m), le sommet le plus élevé d’Italie.

ITALIE  -  Val d'AosteValsavarenche Toits en lauzes à Tignet
ITALIE – Val d’Aoste Valsavarenche Toits en lauzes à Tignet

Val de Cogne

A l’entrée de la vallée, ne manquez pas la pancarte indiquant le pont romain de Pondel. Cet impressionnant aqueduc construit dans un défilé rocheux, 56 m au-dessus d’un torrent tumultueux, est très impressionnant. A Cogne, la route se sépare en deux. Que vous alliez à gauche vers Lillaz ou à droite dans le Valnontey, vous trouverez au bout un parking, et les deux options permettent de faire de très belles balades au sein du parc de Gran Paradiso. La plus facile consiste à marcher dix minutes pour aller au pied des cascades de Lillaz, cadre enchanteur pour un pique-nique rafraîchissant. L’excursion qui mène de Valnontey au refuge Victor Sella est la plus connue et la plus fréquentée du parc. Certes, c’est une randonnée de 5 h (A/R), mais l’effort est largement récompensé par la beauté du parcours. Ceux qui ne désirent pas aller jusqu’au bout pourront s’arrêter au départ du sentier, dans un superbe jardin botanique, Paradisia, où l’essentiel de la flore alpine est présentée dans ses milieux naturels. Le sentier suit tout du long le torrent du Gran Loson, qu’il franchit souvent en donnant autant d’occasions de se reposer et de se rafraîchir. Après les forêts de mélèzes et d’épicéas, vous serpenterez dans des prairies alpines où sifflent les marmottes. Les derniers lacets laissent apparaître les glaciers, sur lesquels se détachent les silhouettes ramassées de cabanes de berger en pierre. Au refuge, ne redescendez pas tout de suite. Si vous marchez encore vingt minutes en direction du fond de la vallée glaciaire, très sauvage, vous serez à peu près sûrs de voir des chamois ! Mais pour avoir plus de chances de voir des bouquetins, il faut monter tôt le matin ou redescendre en fin d’après-midi, après le gros des promeneurs…

Valtournenche

Prévoyez plusieurs jours à Valtournenche, tant cette vallée présente d’attraits. Arrêtez-vous au premier village rencontré, Antey-Saint-André, pour s’approvisionner au marché des produits locaux (charcuterie, beurre, fontine…). Puis, avec votre panier bien garni, vous pourrez aller pique-niquer à Chamois, la plus haute commune du val d’Aoste, perchée à 1800 m, qui n’est accessible qu’à pieds ou en téléphérique ! C’est un bonheur de se promener dans ce village aux beaux chalets en bois, sans entendre ni sentir le moindre moteur à explosion. On perçoit juste le cliquetis régulier du petit télésiège qui mène au lac de Lod, parfait pour se reposer au pied d’un sapin en écoutant le silence cristallin des montagnes. Cheneil est un autre village isolé, encore plus haut (2100 m) et plus tranquille. On y accède après une rude mais courte montée en escalier. Une poignée de chalets en mélèze accueillent les amateurs de calme et de nature sauvage. Les chamois ne s’y trompent pas, qui ont élu domicile dans ce verrou glaciaire peu fréquenté. Ambiance bien différente à Breuil-Cervinia, le village situé à l’extrémité de la vallée. Cette station de ski réputée, s’étalant au pied du Mont Cervin (4478 m), attire une foule cosmopolite d’alpinistes, de sportifs de tout poil, de familles et de nouveaux riches (attirés par le golf, les discothèques et le ski d’été), qui remplissent le soir venu cafés et restaurants. Un peu avant l’entrée de la station, le lac Bleu est une vraie boîte à bijoux : le matin c’est un diamant qui brille des mille feux lancés par le glacier du Cervin, durant la journée c’est un lapis-lazuli qui reflète le ciel ou une émeraude sertie dans son écrin de verdure, et il devient rubis au coucher du soleil… Vous pourrez vous approchez du mythique Cervin grâce aux téléphériques qui mènent en plusieurs tronçons au plateau Rosa, où se pratique le ski d’été (à 3500 m d’altitude). Marcher ou skier sur un glacier en tee-shirt, c’est génial !

Val d’Ayas et val de Greyssoney

Bien que le val d’Ayas commence à Verrès, on peut aussi y accéder par Saint-Vincent en passant par le col de Joux. Le paysage est superbe, surtout au col qui offre une vue plongeante sur toute la vallée d’Aoste. Les promenades sont innombrables au val d’Ayas et dans la vallée voisine de Greyssoney, qui offrent toutes deux des vues splendides sur les sommets et les glaciers du Mont Rosa, même en bas de vallée. A Ayas, prendre la route qui s’élève à flanc de montagne en passant par une succession de jolis villages, tel Bisous ou Antagnod. Dans ce dernier, jetez un coup d’œil à l’église au chœur baroque, puis allez jusqu’au petit parking de Barmasc. De là, vous accèderez à une balade facile et bucolique consistant à suivre un ru, le Cortot. En lisière de forêt, il ménage de belles vues sur les prairies, toujours coiffées des sommets enneigés du Mont Rose. A Champoluc, laissez votre véhicule au parking et montez à Crest en téléphérique. De là, suivez le chemin muletier qui mène à Cuneaz, l’un des villages les plus élevés d’Europe (2032 m). Ce village isolé, mais habité toute l’année,  a beaucoup de charme. Certains de ses rascards, robustes chalets en mélèze aux énormes poutres imbriquées, posés sur des « champignons » (pied en bois, tête en pierre) qui isolent le grenier des rongeurs, ont été construits à l’époque médiévale !

ITALIE  -  Val d'AosteVal d'Ayas Hameau de Cuneaz
ITALIE – Val d’Aoste Val d’Ayas Hameau de Cuneaz

La dernière vallée importante, le val de Greyssoney, a une particularité. En effet, une population d’origine germanique, les Walser, s’y est installé au XIIIe siècle, apportant leur culture qu’on retrouve encore dans l’architecture des maisons et dans le dialecte proche de l’allemand. Si vous avez parcouru toutes les autres, celle-ci n’est pas indispensable.

Une vallée bien fortifiée

Erigés sur les promontoires des bords de la Doire Baltée, plus de cent châteaux veillent sur la vallée d’Aoste comme des sentinelles. Ils témoignent d’une vie féodale riche et intense, et leurs silhouettes, se découpant sur les cimes enneigées, font partie intégrante du paysage valdotain. Parmi ceux qui sont ouverts au public, voici les « incontournables » :

Le château de Fénis : extraordinaire château-fort du XIIe, remanié plusieurs fois. Sa double enceinte de murs à créneaux et ses nombreuses tours lui donnent fière allure ! Superbe cour entourée de galeries en bois et décorée de fresques.

Le château d’Issogne : il ne paie pas de mine vu de l’extérieur, mais sa visite est passionnante. A l’entrée, un portail gothique donne sur une cour, dont les arcades sont décorées avec des fresques représentant des scènes de la vie quotidienne au XVe siècle.

Le château de Sarre : cette forteresse du XIIIe siècle, mainte fois remaniée, fut achetée en 1869 par le roi Emmanuel II pour en faire une confortable résidence de chasse. C’est donc un palais magnifiquement décoré et meublé qu’on visite, dont la galerie et le salon des Trophées sont ornés de centaines de cornes de bouquetins et de chamois.

 

La gastronomie valdotaine

On ne s’étonnera pas que les produits typiques du Val d’Aoste soient des produits de montagne. Côté fromages, il y a la célèbre fontine, la tome et aussi le salignon, à la saveur plus piquante. En charcuterie, citons le jambon de Bosses, la mocetta (saucisson de chamois et de bœuf), et le lard d’Arnad, tout blanc, servi en très fines tranches. Le miel est réputé, surtout celui de rhododendron. Parmi les spécialités culinaires, goûtez à la polenta à la fontine, et à la carbonade, un ragoût de viande cuit au vin. La région produit d’excellents vins, issus des vignes parmi les plus hautes d’Europe, tels que le Blanc de Morgex et de La Salle, le Fumin (rouge) ou le Nus Malvoisie Flétry (vin de dessert).

Pratique

Cartes : A se procurer absolument les trois cartes Kompass au 1 :50 000 (N° 85, 86 et 87), sur lesquelles sont aussi tracés les sentiers de randonnée.

Circuit : Pour avoir le temps de visiter toutes les vallées, il faut compter au moins trois semaines, en comptant les randonnées. Les distances ne sont pas grandes : la vallée principale fait environ 80 km, et les vallées adjacentes sont comprises entre 20 et 30 km.

Se renseigner :  Tourisme Vallée dAoste

La Pouille, la province italienne qui gagne à être connue

Injustement méconnue, la Pouille a pourtant de quoi séduire : d’immenses plages, des châteaux et des églises magnifiques, et une gastronomie de qualité et bon marché.

ITALIE - Pouille Paysage vers Gravina
ITALIE – Pouille Paysage vers Gravina

 

Ne vous fiez pas à son nom. La province de la Pouille (on peut dire aussi les Pouilles), n’a rien de pouilleux, au contraire. Calée dans le « talon de la botte » de l’Italie, c’est une région agricole qui a le charme de la Toscane, en offrant en plus un vaste littoral ouvert sur deux mers. La capitale, Bari, n’est pas la plus jolie ville des Pouilles, loin s’en faut, mais quitte à y passer, autant faire un tour dans sa vieille ville. C’est un quartier populaire composé d’un lacis de ruelles tortueuses, dont les magasins et les scènes de vie n’ont pas changé depuis des lustres : de vieilles femmes en noir font frire des tranches de polenta dans la rue ; d’autres étalent les orechiette (petites pâtes en forme d’oreille) à la main sur leur table de cuisine ; des odeurs de pain s’échappent des fourneaux où l’on cuit des fougasses… Ce tableau ne serait pas complet sans la forêt d’antennes de télévision qui poussent sur les toits en terrasse, l’anarchie des fils électriques qui tissent une toile entre les immeubles, le linge qui pend aux fenêtres, les ados en scooters qui slaloment dans les ruelles, et les éclats de voix qui se répercutent sur les façades lépreuses. C’est bien l’Italie du Sud, avec tout son charme, et ses clichés : une vraie tranche de vie napolitaine !

ITALIE - Pouille - Castel del Monte
ITALIE – Pouille – Castel del Monte

Au nord de Bari, se trouve le promontoire du Gargano. C’est l’éperon de la botte, un escarpement calcaire sauvage plongeant à pic dans la mer. Culminant à 1000 m, ce petit massif est coiffé d’une forêt luxuriante, tandis que sa côte alterne falaises rocheuses, petites criques ou longues plages de sable. La route qui en fait le tour est vraiment superbe, car elle offre à chaque virage une marine peinte sous un angle différent. A partir de Manfredonia, elle s’élève au-dessus des plantations d’oliviers, et surplombe la mer d’un bleu profond, sur laquelle se découpent de majestueuses arches calcaires. La vieille ville de Vieste est pittoresque : un quartier médiéval entouré de remparts, aux maisons blanchies à la chaux, des ruelles escarpées, de minuscules échoppes, et au sommet, un château en à pic sur la mer. Un peu plus loin, voici un autre village de pêcheur, Peschici, qui regorge d’artisans d’art : céramiques, bijoux, objets en cuir ou en bois… Quant à Monte San Angelo, c’est un magnifique village blanc, dont la sérénité est à peine altérée par le flot de pèlerins venus pour voir le sanctuaire de St-Michel…

Pour rejoindre Bari, il suffit de longer la mer Adriatique. Ici, les plages ne sont pas renversantes, l’arrêt ne se justifie pas, sauf pour faire halte à Trani. Son petit port est mignon, avec ses maisons blanches à arcades et ses bateaux de pêche peints en bleu ciel. Il faut y aller le matin, lorsque les pêcheurs vendent leur marée sur les quais. Les gens discutent la fraîcheur ou le prix des poissons en faisant de grands gestes avec les mains, et en invoquant la madone à tout propos… Celle-ci n’est pas loin, car la cathédrale dresse son haut campanile au bout du port, à quelques mètres des flots. C’est l’une des plus belles églises de l’art roman de la Pouille, et sa façade, faite d’une belle pierre blanche rosée, met en valeur son magnifique portail fermé par une porte en bronze.

A 50 km à l’ouest de Bari se trouve un château extraordinaire. Non par sa taille, plutôt modeste, ni par son mobilier, car il est pratiquement vide. Si Castel del Monte est classé au patrimoine Mondial de l’Unesco, c’est pour son architecture parfaite, voulue par Frédéric II au XIIème siècle. Sa forme est octogonale, avec huit tours, elles-mêmes octogonales. Chaque élément de l’édifice correspond à des règles astronomiques précises, comme si Frédéric II avait souhaité en faire un observatoire spatial ! Posé sur un parterre de fleurs des champs, nu et invincible à la fois, on ne peut qu’être envoûté par ce château trop beau, trop lisse, trop parfait, le rêve de pierre d’un empereur mégalomane… Autour, la campagne est belle et lumineuse. Prenez la route 97 vers Gravina di Puglia. Elle parcourt une étroite vallée où se succèdent vignes et oliveraies. Des fermes entourées d’un verger donnent envie de s’y arrêter pour la vie. Des coquelicots saupoudrent de carmin les champs de blé ondulant au vent. Dans ce paysage bucolique typiquement apulien, les oiseaux sont comme des anges qui volettent dans l’azur…

Dans la vallée d’Itria, vous serez surpris de voir de curieux cônes émerger de la campagne. Ce sont des trulli, ces très anciennes maisons d’origine orientale, au toit rond et pointu couvert de pierres sèches. A Alberobello, tout un quartier, classé Patrimoine Mondial par l’Unesco, n’est constitué que de trulli. Même l’église a un toit conique ! Quel village étrange et fascinant…  Dans un tout autre style, Martina Franca mérite aussi le détour. Sa vieille ville est splendide, car elle regorge de palais et d’églises baroques, dont les façades font penser à un décor de théâtre. Tendez l’oreille, car ici, les gens parlent avec quelques mots de patois français, comme vous l’expliquera le barman du bar Tripoli, où les crèmes glacées, à accompagner d’un verre de lait d’amande, sont à se damner…

Nous voici sur la côte Ionienne. Evitez Tarante l’industrielle, et rejoignez plutôt Gallipoli. Ceinte de remparts et séparée de la ville moderne par un pont, sa vieille ville a beaucoup de cachet. Ses maisons blanches fortifiées de l’extérieur, aux cours intérieures raffinées, lui donnent un air de médina nord-africaine. D’émouvantes petites églises de pêcheurs sont tournées vers la mer, et dans les sombres ruelles, des vieux ravaudent leur filet ou vendent d’étonnants coquillages. Le littoral situé entre Gallipoli et Leuca n’offre que peu d’intérêt, exception faite de quelques belles plages, telle Baia Verde, ou l’immense plage de Salve, quasiment déserte car un peu éloignée de la route. De l’autre côté de la péninsule du Salento, la route en corniche ménage de beaux paysages et réserve de belles trouvailles : de charmants petits ports, une station thermale aux palais mauresques (Santa Cesarea di Terme), des criques et des grottes accessibles à pieds ou par bateau. Par endroit, la mer est si transparente qu’on voit les oursins que les pêcheurs vendent au bord de la route…

Lecce est sans doute l’une des plus belles villes d’Italie. D’ailleurs elle est surnommée la Florence baroque, en raison de l’architecture exubérante de ses églises et de ses palais. La splendeur de la vieille ville vient autant de la profusion et de l’unité architecturale de ses monuments, que de sa pierre beige, prenant des teintes rosées ou blondes selon l’heure de la journée. Au coucher du soleil, les éclairages mettent en valeur les façades et les places, où les habitants aiment à flâner jusque tard dans la nuit, comme s’ils voulaient profiter au maximum de la beauté du décor. Impossible de tout décrire tant il y a de merveilles, mais ne ratez surtout pas l’église de Santa Croce, dont la façade atteint un sommet du baroque.

 

Et les plages ? Celles que vous trouverez sur la côte Adriatique sont si nombreuses et si vastes que vous n’aurez que l’embarras du choix. Mais que les plaisirs balnéaires ne vous empêchent pas de vous rendre à Polignano di Mare. Coup de cœur pour ce village de pêcheurs construit sur une péninsule rocheuse, qui semble comme un paquebot de pierre bravant l’océan. Ses maisons situées en à pic sur la falaise ménagent de petites terrasses permettant de jouir d’un extraordinaire coucher de soleil. Prolonger la soirée par un dîner aux chandelles au Grotta Palazzese (voir bonnes adresses), est le comble du romantisme !

L’or de la Pouille

Une des principales ressources agricoles de la Pouille est la culture de l’olivier. Ici, l’olivier est un monument dans la campagne, et certains arbres, plusieurs fois centenaires, ont un tronc énorme et noueux comme une sculpture. Comme pour le vin, l’huile d’olive a ses crus, que vous pourrez acheter dans les épiceries, et goûter dans les restaurants. On peut aussi en acheter directement chez le producteur, c’est l’occasion de rencontrer des apuliens et de vérifier leur hospitalité. Excellent accueil chez la famille Sante, dont l’azienda agricola se trouve 3 km avant Ostuni, sur la route 16 venant de Brindisi.

PRATIQUE

Office national du tourisme italien (ENIT) : 23, rue de la Paix, 75002 Paris. Tél : 01 42 66 03 96 ou www.enit-france.com

Y aller

Paris-Bari A/R avec Alitalia (une escale), environ 200 €. En train, Paris-Milan en TGV et Milan-Bari en train couchette. Arrivée le lendemain matin. Pour tarifs, consulter la SNCF.

Bonnes adresses

Le rapport qualité/prix des restaurants de cette région est exceptionnel. Ajoutez à cela de très bons vins, la gastronomie apulienne est l’un des principaux attraits du voyage !

  • Le Arpie, à Bari (vicolo Arco Carmine, près de la basilique) : auberge avec jolie salle voûtée, et tables en terrasse dans la venelle.
  • Ai Portici, à Martina Franca (piazza Maria Immacolata) : en entrée, goûtez à la purée de fèves, et en antipasti, aux orechiette. Compter 25 € avec le vin.
  • Villa della Monica, à Lecce (via San Giacomo e Giovanni) : dans un palais Renaissance au milieu d’une oasis de verdure… Les antipasti (8 petits plats) sont si copieux qu’on s’en contenterait pour dîner. Compter 35 € avec le vin.
  • Grotta Palazzese, à Polignano (59 via Narciso) : la salle est installée dans une grotte creusée dans la falaise, en surplomb de la mer : très romantique ! Cuisine et service raffinés. Prendre le menu tout poisson (7 plats), inoubliable… Environ 120 € avec le vin.
  • Hôtel Mercure Villa Romanazzi Carducci : via Capruzzi, à Bari : un superbe palais reconverti en hôtel 4 *, dans un parc historique. Chambres à partir de 100 €.
  • Park Hotel San Michele : viale Carella, à Martina Franca : grandes chambres au calme dans cet hôtel confortable et bien situé, à partir de 100 €.