Road trip dans le sud du Portugal

Avec l’épatante Lisbonne en entrée, les villages blancs de l’Alentejo comme plat principal et les magnifiques plages de l’Algarve en dessert, le sud du Portugal constitue un véritable gueuleton pour tout voyageur friand de bonnes et belles découvertes. A consommer sans modération, sauf en juillet-août, pour éviter l’indigestion et le coup de chaud…

Dès que les orangers fleurissent, c’est-à-dire en avril, comme mus par un héliotropisme synchrone, les touristes commencent à affluer sur la côte méridionale du Portugal. Plutôt que de se précipiter en Algarve et de lézarder sur ses plages, je conseille de louer une voiture ou un camping-car, de partir de Lisbonne, de traverser l’Alentejo, et de rejoindre l’Algarve des plages buissonnières, afin de découvrir le meilleur du sud du Portugal sans avoir à pâtir des inconvénients du tourisme de masse.

Lisbonne et Sintra

Campée sur la rive droite de l’estuaire du Tage, Lisbonne est une ville fascinante dans laquelle il faut passer au moins deux jours. Préparez-vous à beaucoup marcher, car même si l’on utilise le métro, les autobus, les tramways, ou les funiculaires qui partent à l’assaut des pentes les plus raides de la ville, on se retrouve forcément à grimper des raidillons pour trouver telle église, tel musée ou tel bar à fado. Mais c’est ainsi qu’il faut visiter Lisbonne, en laissant une chance au hasard de vous faire découvrir ce qui n’est pas indiqué dans les guides. L’avantage des villes construites sur des collines, c’est qu’elles ménagent de nombreux belvédères. Lisbonne n’en manque pas et ce sont toujours des lieux de halte agréable, tel le Largo das Portas do Sol, où il faut aller en fin d’après-midi, lorsque le soleil donne de belles teintes chaudes aux maisons de l’Alfama, et qu’il projette sur l’estuaire du Tage des reflets dorés, surnommé à cause de cela la Mer de Paille… Même s’il est excentré, n’oubliez pas le quartier de Belém. Vous visiterez le monastère dos Jeronimos, fleuron de l’architecture manuéline, l’imposant monument des Découvertes, ainsi que la célèbre tour de Bélem, symbole de la puissance navale du Portugal. Faites aussi une halte à la Confeitara do Bélem, pour faire provision de ces délicieux pasteis de nata sortant tout chaud du four !

A une dizaine de kilomètres des derniers faubourgs de la ville, s’étirent déjà de belles plages et des lieux de villégiature appréciés des Lisbonnais : Estoril, la station balnéaire huppée avec son Casino ; Cascais ; Guincho, dont l’immense plage de sable fin, exposée aux rouleaux de l’Atlantique, attire surfeurs et véliplanchistes… Mais l’attrait principal de cette région, c’est Sintra, classée au Patrimoine mondial par l’UNESCO. Cette jolie ville noyée dans une forêt au cœur d’une petite chaîne montagneuse, jouit d’une situation et d’un climat qui l’ont fait apprécier des rois, des artistes et de l’aristocratie du pays. Pas étonnant qu’on y trouve tant de villas luxueuses et de palais somptueux ! Si vous ne deviez en visiter qu’un, choisissez celui de Pena, il est extraordinaire : imaginez, perché sur un piton rocheux, un palais un peu fou, un château de conte de fée qui se pare de couleurs chatoyantes et dont l’architecture marie les styles les plus hétéroclites. Si la façade étonne, l’intérieur éblouit par le raffinement de la décoration, d’inspiration mauresque, et par la beauté du mobilier ancien. Quant au parc, on s’y promènerait toute une journée, au milieu des fougères arborescentes, des séquoias géants et du jardin des camélias…

Les trésors cachés de l’Alentejo

L’Alentejo est un immense plateau agricole, faiblement peuplé, au climat rude, froid l’hiver et torride l’été. On y trouve des bourgs et des cités comptant parmi les plus séduisantes du pays. Et ses champs de blé ondoyant, ses collines plantées de chênes-lièges, d’oliviers ou de vigne, dessinent des paysages sublimes de simplicité et de pureté. Evora, est une ville-musée qui abrite dans ses remparts de nombreuses églises et monuments, dont les ornementations architecturales révèlent l’art mudéjar (inspiré de la culture hispano-arabe). Vous y admirerez aussi un temple romain, juste en face d’une église possédant de magnifiques panneaux d’azulejos. Les murs de la chapelle des Ossements, jouxtant l’église Sao Francisco, sont recouverts, eux, d’os et de crânes humains… Prenez un verre à la terrasse d’un café de la Praça do Giraldo, la grande place à arcades de la ville, agrémentée d’une belle fontaine en marbre blanc et rose. De qualité comparable à celui de Carrare, ce marbre provient de la région d’Estremoz, petite ville située à 44 km d’Evora. On peut voir ses très impressionnantes carrières sur la N4 en direction d’Elvas. Le marbre est présent partout dans la région, puisqu’il a été employé pour édifier le cœur de la ville Renaissance de Vila Viçosa, les piloris et les fontaines des villes voisines, une bonne part du quartier médiéval d’Estremoz, et même les bases et les chapiteaux du temple romain d’Evora. La petite ville de Borba se paie même le luxe d’avoir ses trottoirs pavés de marbre rose ! Avec la poterie d’Estremoz, les tapis d’Arraiolos, les objets en liège ou en marbre, sans oublier le fromage de Serpa et les vins rouges de Reguengos de Monsaraz, considérés comme les meilleurs du Portugal, les occasions ne manquent de ramener des souvenirs ou des spécialités de cette belle région.

Dans le sud du Portugal, les gens ont l’habitude de chauler les murs de leurs maisons, rendant leurs villages éblouissants de blancheur. Les soubassements et les ouvertures sont parfois peints en rouge, bleu ou ocre, donnant encore plus de charme à ces villages, qui se détachent sur l’azur profond du ciel. Chacun fera son propre hit-parade des plus beaux villages blancs de l’Alentejo, mais j’avoue avoir un faible pour Monsaraz, minuscule village fortifié au sommet d’une butte, près de la frontière avec l’Espagne. Entre ses remparts, il n’y a qu’un donjon, trois rues et quelques dizaines de maisons, mais l’unité architecturale, la simplicité et la beauté des matériaux – le grès et la chaux – laissent une impression de grande harmonie. De plus, il règne un calme absolu dans ce village oublié, et l’on reste un long moment assis sur un banc, à profiter de cet intense moment de sérénité immaculée. D’aucuns pourront préférer Moura, village thermal au quartier maure très bien conservé, et dont les nefs de l’église sont entièrement tapissées d’azulejos polychromes du XVIIe siècle ; Mourao, dont les curieuses cheminées rondes et ajourées ressemblent à de petits minarets ; ou Mertola, superbement lové dans un méandre du fleuve Guadiana.

L’Algarve de plage en plage

Sans vous en rendre compte, vous passerez en Algarve. Les cigognes non plus ne font pas ce genre de distinction, qui font leurs nids aussi bien sur une cheminée alentéjane que sur un clocher algarvien. A Faro, elles nichent même en plein centre-ville, et un couple élit régulièrement domicile au-dessus de la plus belle porte des remparts de la vielle ville ! Sans doute sont-elles attirées par la proximité du parc naturel de Rio Formosa, vaste étendue sauvage et marécageuse qui s’étend sur toute la partie orientale du littoral de l’Algarve. Un centre d’information organise des randonnées pédestres dans cet univers aquatique pullulant d’oiseaux. Même si vous n’êtes pas férus d’ornithologie, c’est une balade très agréable à faire, et vous aurez peut-être la chance de voir un spécimen de la seule espèce de caméléon vivant en Europe ! Cette lagune est séparée de la mer par un cordon dunaire sur lequel s’appuie une magnifique plage de sable fin. On y accède par bateau depuis l’embarcadère de Quatro Aguas. En fait, le littoral de l’Algarve – c’est ce qui fait son succès – n’est qu’une immense plage, entrecoupée çà et là de falaises. Des stations balnéaires sans grâce en bétonnent une partie (Albufeira, Quarteira, Armaçao do Pera…), mais les accès à la mer sont assez nombreux pour que chacun puisse poser son carré de serviette et profiter d’un coin de ciel bleu dans une relative tranquillité, surtout hors saison. Mais l’intérêt de l’Algarve ne se limite pas aux plaisirs balnéaires. Tavira, avec ses maisons aux toits à quatre versants, façon temple chinois ; Silves, avec son château maure ; Faro et Lagos, avec leur pittoresque vieille ville ceinte de remparts, ne manquent pas de charme. Vous partirez à la découverte des trésors culturels contenus dans leurs musées, palais et églises, avant de parcourir les marchés et les poissonneries à la recherche des bons produits locaux. Entre Faro et Loulé, faites un petit détour par Almansil pour visiter l’extraordinaire chapelle Sao Lourenço. C’est un joyau du baroque portugais, l’une des plus belles du pays. L’intérieur est entièrement recouvert d’azulejos bleu et blanc, donnant l’impression qu’on se trouve « au plus haut des cieux » ! Et puis il reste encore quelques jolis villages que les promoteurs n’ont pas réussi à défigurer : Carvoeiro sans doute protégé par les falaises qui l’encadrent, et surtout Ferragudo et Salema, villages de pêcheurs qui laissent sur la plage leurs barques colorées. A partir de Lagos, l’urbanisme cède du terrain et le littoral redevient sauvage, jusqu’à la péninsule, Sagres, d’où partaient jadis les explorateurs portugais à la découverte des océans. La côte s’élève ici en de hautes falaises, dessinant des paysages somptueux, comme à Ponte da Piedade, où l’ocre des pitons rocheux s’accorde si bien avec le vert émeraude de la mer. Tout le jeu consiste à trouver une faille accessible dans cette muraille, avec comme récompense une merveilleuse petite crique, comme à Boca del Rio. Mais avec la désagréable surprise, parfois, de constater que la place est déjà prise… Ceux qui pourront vous renseigner le mieux, ce sont les pêcheurs de la région. Ils connaissent la côte comme leur poche, mais eux, ce ne sont pas les criques qu’ils recherchent, mais les plus hautes falaises ! Celles au-bas desquelles les furieux assauts de la houle brassent la mer en faisant jaillir des geysers d’écume. C’est là que ces pêcheurs-acrobates pêchent à la ligne, penchés au bord du vide. On peut les approcher vers le fort de Sagres, mais gare au vertige !

Retour vers Lisbonne

La façade ouest de l’Algarve est très sauvage et très peu construite. Il faut dire qu’ici la mer est refroidie par le Gulf Stream, et la houle, poussée par des vents violents, provoque de gros rouleaux sur les plages, qui ne sont guère fréquentées que par les surfeurs. Il faut alors emprunter au hasard les chemins en terre qui mènent au rivage, pour découvrir d’immenses plages désertes et sauvages, telles que Castelejo, Amado, Carrapateira, Arrifana ou Odeceixe. A partir d’Aljezur, ou même depuis Portimao, allez vous promener dans la Serra de Monchique, région montagneuse d’origine volcanique dont les sources d’eau chaude sont utilisées dans une station thermale, Caldas de Monchique. Sur les routes tortueuses de ses collines plantées de chênes-lièges, de pins et d’eucalyptus, vous serez séduits par l’accueil naturel des habitants, qui conservent dans ces montagnes un mode de vie très rural et traditionnel. Pensez à faire emplettes de miel et de pâte d’amande, les spécialités de la région. Toujours plus au nord, prévoyez de faire étape à Porto Covo et Vila Nova de Milfontes, ou au bord d’une des superbes plages qui se succèdent jusqu’à Comporta. De là, vous aurez le choix de faire le tour de l’estuaire du Sado, petite Camargue portugaise dont les balades pédestres menant à des hameaux de pêcheurs aux maisons au toit de chaume, permettent d’observer une faune variée. Sinon vous prendrez le bac à Troia qui mène en vingt minutes à Setubal, important port de pêche et ville industrielle. Ce qui ne signifie pas qu’il faut la fuir, au contraire ! Garez-vous près du port et baladez-vous dans les ruelles piétonnes du centre, pour acheter par exemple du Moscatel, l’apéritif local. Puis, rendez-vous au marché couvert (tous les matins sauf lundi), pour voir le coin des poissonniers, étalant tout ce que la mer contient de comestible, dont des espèces de poissons ou crustacés étonnantes, jamais vues en France. Avant de reprendre l’autoroute qui ramène à Lisbonne, faites encore un détour par la Serra de Arrabida, magnifique forêt à la végétation exubérante, dont la route des crêtes, fraîche et bucolique, offre des panoramas magnifiques. Et si vous n’êtes pas encore saturés de belles images, allez jusqu’au Cabo de Espichel, langue de terre désertique tombant en à-pic au-dessus de l’océan, sur laquelle la Vierge serait apparue en 1200. Sur ce cap du bout du monde fouetté par les vents, d’une beauté à couper le souffle, je n’ai pas eu une apparition, mais une certitude : celle d’avoir fait un superbe road-trip !             

Les azulejos portugais

Introduits par les Maures au XVe siècle, les azulejos (de l’arabe az-zoulaïj) sont des carreaux de faïence émaillée, qui constituent l’art national par excellence, et le livre mural de la mémoire portugaise. Souvent bleu ou jaune, avec des motifs géométriques ou des scènes de la vie quotidienne, ils ornent les façades et l’intérieur des maisons, mais aussi les fontaines et les monuments les plus divers. Les plus beaux panneaux ont été dessinés par des artistes des siècles passés et représentent des scènes de cour, de chasse ou de guerre dans les châteaux, ou la vie des saints dans les églises. Ce sont de véritables œuvres d’art que vous admirerez tout au long du voyage. A Lisbonne, ne manquez pas de visiter le musée national des azulejos, le superbe Palacio Fronteira (dans le parc de Monsanto, non loin du camping), et la fabrique artisanale Sant’Anna (Caçalda da Bora Hora, 96), à Belem, dont on peut visiter les ateliers.   

Bonnes adresses gourmandes

Les Portugais ont un penchant pour les petites douceurs sucrées, et les cafés et les pastelerias regorgent de petits gâteaux qui se dégustent à toute heure. Voici quelques-unes des meilleures adresses où trouver ces péchés mignons :

  • Confeitaria de Belem : rua de Belem, 84. Réputée depuis 1837 pour le pasteis de nata, petit flan sur pâte feuilletée saupoudré de cannelle et de sucre glace. https://pasteisdebelem.pt/fr/
  • Casa Piriquita, à Sintra, tout près du Palais National. Ici sont fabriqués à l’ancienne les queijadas, petits gâteaux ronds à base de fromage blanc et de cannelle, et les travesseiros, pâte feuilletée fourrée de confiture de melon.
  • Casa Paixao : à Serpa, en face de l’office de tourisme : minuscule fabrique artisanale de queijadas, succulentes tartelettes au fromage blanc sucré.
  • Casa de doces regionais Taquelim Goncalves : en face de la Poste, rua da Porta de Portugal, à Lagos : pour goûter aux vieras, petits gâteaux à base d’œuf et de pâte d’amande.
  • Pastelaria Capri : largo da Misericordia, dans une rue piétonnière de Setubal : pour goûter aux oranges confites sucrées.

Et pour un repas complet :

  • Adega do Isaias : rua do Almeida, 21, à Estremoz : ancienne cave à vin reconvertie en auberge. Pour déguster sur de grandes tables en bois l’authentique cuisine alentéjane dans une ambiance très conviviale.
  • Marisqueira Capelo : sur le front de mer de Santa Luzia, vers Tavira. Excellent restaurant de poissons et de fruits de mer, où le patron grille sous vos yeux le poisson que vous avez vous-même choisi.
  • Baluarte do Sado : derrière le marché, vers le port de Setubal. Restaurant populaire où le poisson ne peut pas être plus frais ! En face, grand parking très pratique pour faire un tour dans le marché couvert de Setubal.

Les étapes pour camping-car

Hors saison, le camping sauvage ne semble pas poser de problème en Alentejo ni même en Algarve, où la police tolère les camping-cars sur les parkings situés aux abords des villes. Il est souvent possible de se regrouper à plusieurs pour passer la nuit près des plages (voir bons plans). Pour ceux qui préfèrent le confort et la sécurité du camping, voici quelques bonnes adresses (les bons campings font souvent partie de l’association Orbitur   https://www.orbitur.pt/fr ) : Lisbonne (parc de Monsanto) ; Guincho ; Evora ; camping municipal de Serpa ; Quarteira ; Praia da Luz ; Sagres.

Pour avoir la liste de tous les campings, consulter www.roteiro-campista.pt

Les bons plans

  • A Sintra, se garer Volta do Duche, près du parque do Liberdade, en face d’une immense fontaine tapissée d’azulejos.
  • A Evora, se garer sur le grand parking situé au bas des remparts, en face de la rua da Republica.
  • A Monte Gordo, près de Vila Real de Santo Antonio, passer la nuit au bord de la plage, près d’un petit restaurant qui permet de prendre des douches.
  • Juste après Monte Gordo, sur la route de Tavira, essayer de trouver une place sous les pins au bord de la très belle plage Adao e Eva.
  • A Tavira, aller sur le parking de la base nautique, situé à deux pas de l’embarcadère pour l’île de Tavira. Non loin, lavomatic, WC, et borne robinet au restaurant Quatro Aguas. Vous pouvez aussi essayer le parking de Pedras del Rei, à Santa Luzia, où un petit train vous mènera aux superbes plages de l’île de Tavira.
  • Vers Quarteira, les plages de Loulé Velho ou de Trafal sont bordées de superbes pinèdes. Accès par piste en terre. Très peu fréquenté.
  • Entre Burgau et Sagres, aller à Boca del Rio : un petit paradis !
  • Vers Carrapateira, essayer le parking en terre face à la sublime plage d’Amado. Beaucoup de vagues.
  • A Vila Nova de Milfontes, parking-belvédère situé au-dessus de la baie formée par l’estuaire du Rio Mira. Un escalier mène à la plage.
  • A Porto-Covo, parking situé au bord de la mer, avec de nombreuses criques enchâssées entre les rochers.

A noter :

– ces « bons plans » datent de plus de 10 ans, et je ne garantis pas leur pérennité.  Si d’aventure vous allez sur place et que la nuitée n’est plus possible à un endroit, dites-le moi !

– Ce road-trip est un circuit d’environ 2000 km, à faire en 3 semaines minimum.

Se renseigner : www.visitportugal.com

Les îles anglo-normandes

Ces deux îles dépendantes de la couronne britannique ne sont plus des paradis fiscaux. Mais leurs immenses plages de sable fin et leurs côtes sauvages aux landes fleuries, leur confèrent le statut de paradis photo !

Jersey, un petit air normand

Située à une vingtaine de kilomètres des côtes du Cotentin, Jersey possède une évidente parenté normande. Un bocage verdoyant, des prairies où paissent de petites vaches jersiaises aux yeux si doux, des valleuses entaillant des bois denses et rejoignant la mer par de grandes baies sableuses… En flânant dans les rues piétonnes de St-Hélier, la capitale de l’île, vous constaterez qu’il y a beaucoup de joailliers et de boutiques de luxe ou branchées. Pour des achats moins onéreux, faites un tour au pittoresque marché couvert, pour faire emplettes de souvenirs, de fleurs ou des produits frais locaux, telles que les huîtres locales, ou les savoureuses pommes de terre immodestement nommées « royal » … Dans les faubourgs de la ville, le manoir de Samarès est une ancienne demeure seigneuriale normande appartenant à la même famille depuis le Moyen Âge. Elle est entourée d’un superbe parc paysager riche d’essences botaniques rares, avec jardin japonais, potager, jardin d’herbes et de plantes médicinales…

Continuez par la Hougue Bie, l’un des plus grands tombeaux à couloirs mais aussi l’un des mieux conservés en Europe. Entièrement recouvert par un tertre herbeux (coiffé au sommet par une chapelle du XIIème s.), ce tumulus néolithique datant de 4000 ans avant notre ère, est l’une des 10 plus vieilles constructions au monde ! En se pliant en deux, il est possible d’entrer par le couloir jusqu’à la chambre principale (claustrophobes s’abstenir !), où devaient se dérouler les cérémonies rituelles. Un musée archéologique attenant présente l’histoire du peuplement de Jersey, ainsi que sa géologie, et à l’extérieur, une maison néolithique est reconstituée, et des volontaires se relaient pour présenter aux visiteurs les techniques de construction et de vie de nos lointains ancêtres : c’est passionnant !

Rejoignez la côte à Gorey pour visiter le château de Mont-Orgueil, une forteresse médiévale juchée sur un promontoire au-dessus d’un ravissant petit port aux maisons couleurs d’arc en ciel. La visite libre est géniale, car elle permet d’explorer ce vieux château labyrinthique en passant de tour en tour, d’escalier en escalier, de pièce en pièce, chacune ayant quelque chose à voir : un tableau, une collection de monnaies ou de bijoux anciens, un fabricant d’armes médiévales, etc… Montez au sommet des tours, la vue est superbe sur le port et sur toute la côte.

Le littoral nord de Jersey est rocheux et sauvage, il se prête parfaitement à la randonnée. Un réseau de sentiers balisés sillonne cette zone côtière, qu’il est possible de parcourir en entier, par tronçons, ou par des boucles (se procurer la brochure gratuite « North coast walking guide »). Les paysages marins sont plus beaux les uns que les autres, et font furieusement penser à la Bretagne. Parfois un petit port de pêcheurs échancre ces falaises, un bar surplombe une crique, ce qui permet de faire une pause bière, thé ou fish & chips, tout en contemplant  la mer…  Tel l’adorable port de poche de Rozel Bay, dont les cabanes de pêcheurs serrées sur la jetée, peintes en rouge vif, forment un tableau plaisant en se découpant sur l’azur, tandis que dansent en contrebas les petits bateaux encordés à la digue… Devil’s Hole est un creux ménagé dans la falaise. Il n’est guère spectaculaire, mais le chemin qui y mène permet d’avoir de jolis vues. Quant au diable, il n’est pas là où on l’attend ! A l’extrême nord-ouest, poussez jusqu’à la pointe de Grosnez, c’est une sorte de pointe du Raz jersiaise, comportant les ruines d’un château du XIVème s. faisant corps avec le granit des falaises.  

Enfin, ne quittez pas Jersey sans voir le site de Corbière, au sud-ouest, une pointe rocheuse avancée dans l’océan, prolongée par un chapelet d’écueils. Tout au bout, accessible par une chaussée à marée basse, un îlot est occupé par un phare tout blanc, construit en 1874. Le site est très photogénique, que ce soit au coucher de soleil, ou le matin tôt, quand une douce lumière expose parfaitement cette aquarelle marine… 

Jersey – Phare de Corbière
Jersey – Pointe de Corbière

Une plage pour chaque jour de la semaine

Si vous restez une semaine à Jersey, et que vous avez une voiture, vous aurez le privilège de pouvoir choisir votre plage du jour, tout en ayant l’embarras du choix ! La plus grande, c’est celle de Saint-Ouen, une immense et large langue de sable, qui occupe presque toute la façade ouest de l’île. Exposée à la houle et au vent, elle attire les surfeurs et les amateurs de sports nautiques. Au sud, la plage de la baie de St-Aubin est aussi idéale pour s’amuser dans l’eau (planche à voile, ski nautique, scooter des mers…), mais elle ourle une rive très urbanisée, car proche de St-Hélier. Préférez la plage abritée de Ouainé Bay, qui fait face à St-Brelade, elle est plus tranquille, et dispose aussi d’un petit centre nautique. Juste à côté, l’intime crique de Beauport est idéale pour se baigner avec des enfants, car elle glisse en pente douce sous le clapotis des vaguelettes. Egalement au sud, coup de cœur pour Portelet Bay, dont les eaux turquoises encerclent un îlot surmonté d’une tour ronde. On y accède par un escalier plongeant à travers les dunes, dont les flancs sont couverts par une peste végétale (sea grass) qui se caractérise par une explosion de fleurs au début de l’été. Enfin, si vous recherchez vraiment la tranquillité, rejoignez au nord-ouest les belles plages de Plémont Bay (avec grotte et cascade) ou de Grève de Lecq. Comme ce sont les plus éloignées de la capitale, ce sont aussi les moins fréquentées, et vous y serez à votre aise, même au mois d’août !  

Jersey – Portelet Bay

Guernesey

Plus petite que Jersey, Guernesey est aussi plus tranquille, et à part St-Peter Port, autour duquel gravite l’essentiel de l’activité économique, le reste de l’île est une campagne calme et verdoyante dont les pimpantes maisons fleuries ont cette inimitable touche de coquetterie britannique. Parfois, elles sont devancées par un présentoir où les habitants disposent des légumes ou des fleurs, confiants dans le fait que l’acheteur n’oubliera pas de laisser l’argent dans la tirelire ! Victor Hugo, qui s’était installé à Guernesey après avoir passé trois ans à Jersey, aimait vraiment ces îles, qu’il décrivait ainsi : « On passe d’un bois à un groupe de rochers, d’un jardin à un écueil, d’une prairie à la mer »… Après avoir visité sa maison (lire ci-dessous) à St-Peter Port, faites le tour de l’île par la route côtière en vous arrêtant sur les parkings disposés au plus près de la mer. A chaque fois vous découvrirez un beau paysage marin, surveillé parfois une tour de défense napoléonienne ou un fort allemand de la Seconde Guerre mondiale. Au nord-est, arrêtez-vous au dolmen de Déhus et pénétrez dans son couloir jusqu’à la chambre principale : l’éclairage permet de révéler, en regardant la dalle du plafond, le Gardien du Tombeau, un visage d’homme probablement gravé par les premiers occupants de l’île, au néolithique. Selon vos envies, vous pourrez « privatiser » une crique sauvage ; randonner le long des falaises ; ou tout simplement vous reposer sur le sable rosé d’une plage de rêve. Comme la toponymie locale comporte beaucoup de noms français, il est amusant de s’arrêter pour boire un verre à Port-Soif ou Bordeaux Harbour, de faire du kayak à Petit Bot, de savourer la vue de Chouet Bay, et de quitter à regret celle de Crève-Coeur !

Guernesey – Petit Bot Bay

Herm

Accessible depuis St-Peter-Port en 20 minutes de bateau, l’île d’Herm est presque plate et fait 2 km de long pour un peu moins d’1 km de large. Le tour complet prend deux heures de marche, mais on peut y rester la journée si l’on prend le temps de se baigner sur la magnifique plage de Shell, d’observer les oiseaux marins et la flore des dunes… Au nord, vous pourrez prendre un verre devant Belvoir Bay, et dans le bourg près du débarcadère, l’auberge Mermaid Tavern propose des fish & chips très corrects. Il y a aussi un hôtel (le White House) pour passer la nuit sur place, afin de profiter de l’île en exclusivité, le matin et le soir, sans un seul touriste à l’horizon pour gâcher la vue !

Fish & chips de Mermaid Tavern, à Herm

Trois visites incontournables

A Jersey

Les Jersey War Tunnels sont des souterrains creusés par les Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale. A partir d’objets, de lettres, de photos et vidéos d’époque, ce musée retrace l’histoire poignante des Jersiais qui durent subir l’occupation allemande de 1941 à1944. A la fin de la visite, des panneaux montrent la photo et expliquent l’histoire de tous les îliens arrêtés, déportés, persécutés, échappés, et même ceux qui ont fraternisé avec l’ennemi !

A Guernesey

La maison Hauteville de Victor Hugo se trouve dans un quartier calme de St-Hélier. Récemment rénovée, cette maison fascinante est empreinte du sol au plafond du génie de l’écrivain, qui y vécut en exil de 1856 à 1870. La visite (sur réservation) est faite en français par des guides qui vous expliqueront tous les symboles explicites ou non laissés par Victor Hugo dans sa maison, où il termina les Misérables et écrivit, dans sa véranda vitrée sur le toit, « Les Travailleurs de la Mer », un roman inspiré par les îliens, qu’il ne faut pas oublier de glisser dans sa valise ! 

La Petite Chapelle (au centre de l’île, dans la paroisse de St-André-de-la-Pommeraie) : en 1914, un prêtre français eut l’idée de construire une réplique en miniature de la basilique et de la grotte de Lourdes. Ce monument est étonnant, car le Frère le décora de cailloux, de coquillages et de morceaux de faïence ou de porcelaine de couleur. Un bel exemple d’art brut !

Pratique

Y aller

Par ferry depuis St-Malo : 1h30 de traversée pour Jersey, et 2h le retour par Guernesey. 76 €/p A/R. www.condorferries.fr

Location de voiture : il est préférable de louer une voiture plutôt que d’amener la sienne en ferry, car la conduite à gauche sur ces petites routes est plus pratique avec un volant à droite !

Se loger

St-Magloire, à St-Aubin (Jersey) : guesthouse très bien située sur le petit port de St-Aubin. Compter 120 € la chambre double, en B&B. 

St-Brelade’s Bay Hotel (Jersey) : idéalement situé devant une belle plage, très bel hôtel d’esprit Victorien, où le client est reçu avec beaucoup d’égard. Vastes chambres vue mer, à partir de 350 €/j. 

La Frégate, à St-Peter Port (Guernesey) : boutique-hôtel très agréable, situé sur les hauteurs du port. Chambres doubles à partir de 170 €, en B&B.

La Frégate, à St-Peter Port

Se restaurer

Oyster Box, à St-Brelade (Jersey) : pour se régaler de poissons et fruits de mer, avec vue sur l’une des plus belles plages de l’île.

La Belle Gourmande, à St-Aubin (Jersey) : plats maison, cuisine familiale et produits de terroir à emporter.

Sophie Huelin, gérante de La Belle Gourmande, à St-Aubin

Le Nautique, à St-Peter Port (Guernesey) : la meilleure et la plus ancienne adresse de l’île pour déguster poissons et fruits de mer.

Vendeur de homard, à Jersey

A ramener

De Guernesey : de la gache (prononcez gosh) de chez Senners, une brioche fourrée aux raisins secs ; du gin de la distillerie Wheadon’s (hôtel Bella Luce) ; un véritable jersey (pull marin) du Tricoteur, entreprise artisanale située à la pointe sud-ouest de l’île ; des bijoux en or ou en argent de Catherine Best, une créatrice s’inspirant de la nature.

Bon guide : Agnès Perry  agnestourguide@gmail.com

Se renseigner

www.jersey.com

www.visitguernsey.com 

Balades en Géorgie

Coincé entre la Russie et la Turquie, ce petit pays s’est forgé une culture originale, étonnante fusion du monde occidental et oriental. Venez découvrir ses pittoresques villages et ses églises orthodoxes au fil d’excursions à pieds ou en 4×4 dans les montagnes du Grand Caucase.

GEORGIE – Tbilissi Pope sur la forteresse Narikala

Tbilissi, une découverte capitale

La capitale géorgienne est une première étape idéale pour comprendre ce pays, car elle dévoile deux mille ans d’histoire dans un saisissant contraste : la forteresse Narikala défendant la ville depuis le IVème s. surplombe la tour futuriste de l’hôtel Biltmore ; dans la vieille ville, des églises de style roman voisinent avec des bains turcs et d’anciens caravansérails persans ; et l’avenue Roustavéli (les Champs-Elysées géorgiens), construite par les Russes au XIXème s., évoque les fastes de Saint-Pétersbourg tout en jouxtant de sinistres immeubles d’architecture stalinienne. C’est une ville très animée, et ses bars et clubs les plus branchés se trouvent autour de la rue Jean Chardin (un bijoutier du shah de Perse), dans le quartier… français ! Oui, vous constaterez que les Géorgiens sont assez francophiles, à défaut d’être francophones. Il faut dire que la ville a été prise ou attaquée 40 fois, mais jamais par la France… Commencez votre découverte de la ville en accédant à la forteresse par le funiculaire : son départ se trouve à côté de deux énormes tubes en acier évasés, qui s’avèrent abriter une salle de concert ! Du haut des remparts, vous aurez une vue d’ensemble sur toute la ville, et vous pourrez embrasser du regard cette étonnante juxtaposition de styles architecturaux de toutes époques. Il ne reste plus grand-chose du IVème siècle, car la forteresse a servi de garnison aux soldats russes, pas particulièrement respectueux des vieilles pierres, et elle a aussi subi de gros dégâts lors d’une explosion de munitions en 1824. Au sommet trône une statue monumentale en aluminium de « La mère de la Patrie », qui semble veiller sur la ville en tenant d’une main une coupe de vin (pour accueillir ses amis) et de l’autre une épée (pour ses ennemis)… Redescendez à pieds par les petites rues bordées de belles maisons aux balcons en bois, aux jardinets embaumant le lilas et le jasmin. Quelle surprise de se retrouver dans le quartier des bains turcs « Abanotubani », dont les coupoles en pierre au sommet ajouré laissent passer des vapeurs d’eau sulfureuse ! Juste à côté, voici la mosquée Juma, dont la façade recouverte de mosaïques bleues aux motifs orientaux évoque un palais turquoise d’Ispahan… Vous aurez bien d’autres occasions de visiter des églises, en Géorgie, mais faites quand même un tour à l’église Methéki et la cathédrale Sioni, où les offices sont souvent chantés par des chœurs masculins ou féminins. Ces intérieurs sombres où des icônes apparaissent dans le faible halo des bougies, sont imprégnés d’une vibrante spiritualité, et l’on se fige d’émotion en écoutant un moine psalmodier dans sa barbe des prières hiératiques d’une voix grave et monocorde, tandis que s’élève, comme entonné par des anges, le chant mélodieux d’un chœur de femmes cachées par un pilier… Ne quittez pas Tbilissi sans avoir visité le Musée National, exposant une magnifique collection d’art oriental, une expo sur la biodiversité du Caucase, et dont la section archéologique dévoile une fascinante collection de crânes et d’os datant de l’âge de pierre. On y apprend notamment que la Géorgie est l’un des berceaux de l’humanité !

D’extraordinaires églises et monastères

La chaîne du Grand Caucase, dont les sommets culminent entre 4000 et plus de 5000 m d’altitude, relie la mer Noire à la mer Caspienne. Ses vallées et ses alpages sont propices à une multitude de randonnées, où le grandiose le dispute au merveilleux. En rejoignant ces montagnes, vous ferez d’abord étape à Mtskheta, l’ancienne capitale du royaume d’Ibérie, pour visiter deux lieux de culte : le monastère de Jvari, juché sur une colline, dont la croix sacrée est surveillée par des moines pas commodes (qui n’hésitent pas à vous expulser si vous tentez de sortir un appareil photo !) , et la cathédrale Svetiskhoveli. Vénérée par les chrétiens orthodoxes, elle est fréquentée par une foule de croyants et de dévots pèlerins qui affluent ici depuis le IVème s., car le Saint-Suaire y serait enterré… On resterait des heures à déambuler autour des énormes piliers de cette immense cathédrale à trois nefs, pour admirer ses fresques et ses icônes, ses fonds baptismaux du IVème s., et son imposant fauteuil en bois sculpté, qui ne déparerait pas dans « Game of Thrones »…

Plus au nord, en empruntant la route « militaire » (surnommée ainsi pour rappeler l’invasion russe en 1921), vous découvrirez le superbe monastère fortifié d’Ananouri, citadelle du XVIè s. construite en surplomb d’une rivière. Son parking est envahi de boutiques d’artisanat, pas toujours local, mais où l’on peut toujours dénicher de jolies icônes et faire un selfie marrant avec une pittoresque tuque en laine de mouton… L’ascension du col de Jvari (2379 m) est pénible, car la route serpentine est encombrée d’énormes camions s’arrachant à l’apesanteur en expulsant dans l’atmosphère de sombres nuages asphyxiants… Cela laisse le temps d’observer le paysage. Manque de chance, il est enlaidi par l’hideuse station de ski de Goudaouri ! Cela n’arrivera plus dans ce périple, où l’on sera toujours séduit par le caractère bucolique et agricole des paysages. 4 km après Goudaouri, un étrange monument attire l’attention : posé sur un tertre au bord d’une falaise, un gigantesque arc de cercle en béton est recouvert d’une fresque très colorée. Construit en 1983 pour célébrer l’amitié entre la Géorgie et la Russie, il donnera l’occasion à votre guide de faire le point sur la délicate question russe, et les sentiments mitigés qu’elle suscite chez les Géorgiens : un mélange de rancœur, de bravade et d’admiration…

L’un des plus beaux sites de Géorgie se trouve de l’autre côté du col de Jvari, plus bas dans la vallée, à Guerguéti. Ce village sans charme particulier est dominé par un nid d’aigle au sommet duquel est posée la petite église de la Trinité, aux murs de grès rose gravés d’animaux étranges, entre caméléon et dinosaure…. Il faut une heure pour grimper là-haut, mais l’effort est récompensé par une vue splendide sur les glaciers étincelants du mont Kazbegi (5047 m). Une fois sur place, on n’a plus trop envie de redescendre au village, d’ailleurs beaucoup de randonneurs campent dans la prairie attenante, afin de passer plus de temps à contempler ce paysage de couverture de magazine…

Non loin de là, au bout de la vallée de Sno, voici Juta, l’un des plus hauts villages de Géorgie (2165 m). C’est le point de départ d’un magnifique et facile randonnée, à travers les alpages en compagnie des troupeaux de moutons et de vaches, et de leurs bergers. Sous les pentes rocheuses du mont Chaukhebi (3842 m), vous cheminerez le long des rhododendrons jusqu’à de charmants lacs, et les plus sportifs pourront même faire l’ascension du mont Têtu (3210 m). Chemin faisant, à noter le superbe refuge 5th Season, dont les chambres ont un mur vitré offrant une vue splendide et imprenable sur le versant opposé de cette vallée encaissée. Comme il n’est qu’à une trentaine de minutes de marche de Juta, beaucoup de Géorgiens viennent ici uniquement pour passer quelques heures dans des transats, à profiter du calme et admirer le paysage en buvant une bière, sans aller plus loin !

Les trésors de la Kakhéty 

Retour dans la plaine fertile de Kakhéty (prononcez Karéty), au nord-est de Tbilissi. C’est un peu le grenier de la Géorgie, et aussi le principal terroir viticole du pays. Les Géorgiens prétendent même que c’est là qu’aurait été fabriqué le premier vin du monde ! En effet, des recherches archéologiques ont montré que la viticulture dans cette petite république du Caucase remonte à 7 000 avant J.C., bien avant qu’elle ne soit cultivée en Europe par les Romains ou les Grecs ! RDV à Telavi, chef-lieu de la région, chez Zaza Kabulaschvili, un viticulteur-potier, pour en savoir plus sur la très particulière technique de vinification locale. Zaza nous conduit directement dans sa cave sombre et fraîche, où d’énormes jarres de la taille d’un homme se dessinent dans la pénombre. Ca sent l’argile, et c’est normal car c’est avec cette terre imperméable qu’il façonne ces jarres de plus de 2 m de haut, d’une contenance de 2000 litres ! Il lui faut trois mois pour en faire 10, en les agrandissant de 10 cm tous les 2 ou 3 jours. Une fois façonnées, il les introduit dans un énorme four à bois alimenté jour et nuit, et elles cuisent une semaine à 1300 °C ! Une fois refroidies, ces jarres géantes, qu’on appelle qvevri (comme le vin qu’elles vont contenir) sont livrées au viticulteur qui les a commandées, et sont enterrées dans sa cave, où elles peuvent servir à faire du vin pendant des siècles ! Cette technique de vinification traditionnelle, inscrite au Patrimoine immatériel de l’Humanité par l’Unesco, consiste à mettre à vieillir ensemble le jus, la peau des raisins et des rafles de vigne, ce qui confère un caractère tannique et minéral au vin, une grande longueur en bouche, avec des arômes d’amande pour le vin blanc, dont la couleur tire vers le jaune-orangé. Très fier de son vin et de ses jarres (il ne sont que trois en Kakhéty à savoir faire de si grandes jarres), Zaza prétend même qu’il serait excellent pour la santé (particulièrement contre le cholestérol), et l’on se sent d’autant plus disposé à le croire qu’il nous ressert de son délicieux jaja (prononcez chacha), une eau-de-vie très fruitée à 50 ° d’alcool…  Tout tourne autour du vin dans cette région, et même lorsque l’on visite la maison transformée en musée d’un noble Géorgien, à Tsinandali (celle d’Alexandre Chavchavadze, savant, prince et poète), on s’aperçoit que son domaine est viticole, et la visite se termine dans le cellier, où une grande marani (cave) permet de déguster ses différents crus. Intéressante expérience, qui permet de comparer des vins issus des deux méthodes employées en Géorgie : la traditionnelle, avec vinification dans des jarres enterrées, et la vinification à l’européenne, méthode d’ailleurs importée en Géorgie par cette famille. Goûtez en particulier le blanc sec 2016, de type Bourgogne, et le khikhvi (à boire plutôt qu’à prononcer) élevé en jarre, du nom d’un cépage très ancien donnant un vin blanc très parfumé, proche de la palette aromatique d’un vin hongrois de Tokay… Cette maison ayant servi de résidence d’été aux monarques russes, elle est richement meublée, avec du mobilier français et russe, et l’on peut même y admirer un tableau de Dali et un autre de Picasso ! Elle est posée au cœur d’un très beau parc de 12 ha planté de pins parasols, de cèdres, de palmiers et de bambous, et de gigantesques magnolias, à l’ombre desquels on peut s’asseoir pour regarder passer les Géorgiens endimanchés, venus retrouver là un faste révolu, et un peu de leur splendeur passée…  

Si vous êtes vraiment intéressés par le vin et la méthode traditionnelle qvevri, rejoignez Vélistsikhe et arrêtez-vous chez la famille Nodari pour voir sa cave vieille de 3 siècles. Le vigneron madré ne se fait pas prier pour soulever le couvercle posé sur le col des jarres enterrées dans le sol, et y retirer au pichet un vin rouge sucré et parfumé qu’il fait déguster aux amateurs. Normal, il en a fait son gagne-pain ! Vous aurez de la chance si vous pouvez discuter tranquillement avec lui sans qu’un bus entier d’Allemands viennent abréger votre visite en envahissant la cave, en se prévalant de la prééminence de leur nombre et de l’importance de leur timing…

GEORGIE M. Nodari, viticulteur à Velitsikhe, dans sa cave avec jarres enterrées (qvevri)

A 20 km au nord de Telavi, entourée de vigne et d’oliviers, la cathédrale Saint-Georges d’Alaverdi érige sa haute tour ronde dans la zone fertile entourant l’Alazani, le grand fleuve alimenté par les montagnes du Caucase. Datant du XIème s., c’est l’une des trois grandes cathédrales géorgiennes, l’un des trois piliers de la religion catholique orthodoxe dans ce pays. Pourtant son nom signifie « Don d’Allah », en vieux perse, ce qui en dit long sur les influences musulmanes agissantes dans cette région située aux confins de la chrétienté. Dès l’entrée, on est impressionné par ses proportions harmonieuses malgré sa hauteur (50 m). Les 16 fenêtres en meurtrière de sa tour sommitale projettent des faisceaux lumineux transperçant la pénombre, comme autant de paroles divines… On y admire de très belles fresques, dont « Saint-Georges tuant le dragon », ou une superbe « Vierge à l’Enfant » au-dessus de l’autel. A l’extérieur, il n’est pas permis de s’écarter de l’allée menant à l’église, car le complexe monastique est toujours habité par des moines, exigeant le calme et la discrétion. Si l’on traverse le fleuve et que l’on continue vers les montagnes du nord, on se trouve sur l’unique route qui mène à la Touchétie. Et quelle route ! (lire plus loin)     

Si au contraire vous restez dans la plaine, continuez jusqu’à atteindre Sighnaghi (dire « sirnari »). C’est l’une des plus jolies villes du pays, perchée sur une colline à 750 m au-dessus de la vallée de l’Alazani, et faisant face aux neiges éternelles des monts du Daguestan. Il faut se promener à pieds dans le dédale de ses ruelles en pente pour savourer le charme de ses maisons aux balcons en encorbellement, surchargés de fleurs et de plantes vertes… Sur les placettes, des marchands ambulants proposent toutes sortes de produits artisanaux, parmi lesquels les fameuses churchkhella (éternuez quelque chose comme tchourchréla), longues friandises très sucrées en forme de saucisse boudinée, à base de jus de raisin, de grenade, de noix ou d’abricot… Prévoyez de finir votre balade à proximité des remparts, et empruntez le chemin de ronde jusqu’au « Castle restaurant » : il dispose d’une grande terrasse offrant une vue sublime sur la plaine et les montagnes du Caucase. Au coucher de soleil, c’est encore mieux, et la maison prévoit même des couvertures pour ceux qui désirent rester jusqu’à ce que s’allument les étoiles…

Le fabuleux site monastique de David Gareja

A l’Est de Tbilissi, peu après Sagarejo, une route oblique vers la droite en indiquant « Udabno ». Traversant d’abord des champs d’amandiers à perte de vue, la route se dégrade à mesure qu’elle s’avance dans des steppes herbeuses, dont nul arbre ou nulle construction humaine ne vient rompre la douce ondulation des courbes. Très vite, le 4×4 s’avère nécessaire, et malgré la dextérité du chauffeur, on n’est pas à l’abri de devoir descendre pour le laisser s’extirper des profondes ornières creusées par le passage des bus ou des camions. Au bout de cette route se trouve un extraordinaire complexe monastique troglodyte, très spectaculaire, évidemment inscrit au patrimoine mondial de L’UNESCO. Les premiers monastères chrétiens ont été construits ici dès le IVème siècle, creusés directement dans le calcaire jaune-ocre, ou à flanc de falaise. On imagine que les moines recherchaient l’isolement, ils ne devaient pas être déçus dans ces steppes désertiques du bout du monde, battues aux quatre vents, à des jours de marche de la moindre tentation ou distraction… David, c’est le nom d’un des 13 pères syriens qui a fondé ici le premier monastère, avec  l’une des trois pierres saintes de Jérusalem, ce qui explique que ce site devint un haut lieu de pèlerinage de la chrétienté orientale. Et Gareja, c’est tout simplement le nom de cette région steppique. Au fil des siècles, le site abrita une vingtaine de monastères, et devint un grand centre de savoir, possédant une école réputée de peintures murales, une école de philosophie, une autre de traduction de livres liturgiques… Mais les lieux saints n’arrêtent pas les vandales : les monastères furent ravagés au XIème s. par les Turcs seldjoukides ; deux siècles plus tard par les Mongols ; puis en 1615 par le shah d’Iran, qui tua 7000 moines ! Le coup de grâce fut donné par l’armée soviétique, qui utilisa le site comme terrain d’entraînement militaire, sans égard pour le patrimoine religieux, les chars n’hésitant pas à prendre pour cible des bâtiments historiques… Aujourd’hui les moines ont réinvesti certains monastères, et des travaux de restauration sont en cours. Certes, les échafaudages gâchent un peu la beauté des lieux, mais au moins trois monastères sont ouverts à la visite. Celui de Lavra (le plus proche du parking) est fortifié, et dispose de deux églises, l’une troglodyte, l’autre pas. Sa cour donne accès aux grottes aménagées par les premiers moines. Il est émouvant de voir ces niches de pierre, certaines ouvertes à l’air libre, dans lesquelles vivaient des moines dans des conditions proches du dénuement des premiers hommes des cavernes… Pour accéder à l’autre monastère, il faut ressortir, et grimper la colline sur une sente poussiéreuse dont le tracé traverse plusieurs fois la frontière avec l’Azerbaïdjan. Depuis le sommet de cette croupe herbeuse, on ne voit que la steppe à perte de vue, et en observant cette immobilité qui semble pourtant en mouvement grâce aux ombres galopantes projetées par les nuages, la spiritualité émanant de ce lieu saint a provoqué chez moi des questions métaphysiques et/ou existentielles, telles que l’impermanence de la vie (il n’existe rien de constant si ce n’est le changement, comme disait Bouddha), la relativité du temps, ou la futilité des désirs humains… Sans réponse probante, j’ai suivi l’étroit sentier qui s’accroche à flanc de falaise, pour accéder aux grottes du monastère d’Oudabno. Certaines sont ornées de magnifiques fresques rupestres du Xème au XIIIème s., mais comme elles sont exposées à l’air libre, certaines sont presque effacées, alors que d’autres sont incroyablement bien conservées. Il faut crapahuter un peu pour aller de grotte en grotte, et leur accès difficile rend leur surveillance impossible, ce qui engendre des comportements stupides : certains gravent leur nom ou font des dessins obscènes à côté des images pieuses, d’autres touchent les parois de leurs mains huileuses pour vérifier si les peintures de s’effacent pas, et lors de mon passage, un groupe de touristes allemands (encore eux) a trouvé normal de « privatiser » la plus belle grotte (celle de la fresque de la Cène du XIème s.) pour pique-niquer, en se souciant comme d’une guigne des autres voyageurs, qui devaient patienter qu’ils aient fini de déjeuner pour profiter en silence de la beauté des lieux. Cet épisode a confirmé ma conviction que l’homo touristicus, lorsqu’il vit en bande, est la branche la moins évoluée de l’espèce humaine !  

Les villages perdus de Touchétie

Disons-le sans ambages, l’excursion consistant à se rendre en Touchétie est à déconseiller aux personnes sujettes au vertige. En effet, l’unique route qui mène à cette région enclavée est constamment en balcon (sans rambarde de sécurité) sur d’impressionnants précipices ! Et il n’y a pas que quelques passages critiques, ça dure des heures ! Vraiment insoutenable pour quelqu’un qui aurait peur en voiture, ou que le vide effraie. Je reconnais que je n’en menais pas large, lorsque les roues du minibus 4×4 se rapprochaient de l’abîme, et j’avais les mains blanches à force de m’agripper à la portière, parce qu’en plus cela secoue pas mal à l’arrière… J’aurais pu casser un kilo de noix dans cette voiture, et sans les mains ! Mais en évitant de regarder en contrebas, on se délecte de paysages montagneux d’une beauté sauvage à couper le souffle. Lorsque le chauffeur fait une dernière pause à l’Abano pass (2860 m), le col battu par des vents glaciaux qui donne accès à la Touchétie, le plus dur est fait, et l’on se détend un peu en photographiant la très esthétique vallée qui s’ouvre au regard, piquetée de fleurs blanches qui s’avèrent être des moutons. Sans ces pylônes datant de l’époque soviétique, Spielberg pourrait y tourner le prochain Jurassic Park… Au loin, on distingue quelques-uns des 29 glaciers de Touchétie, qui possède aussi le plus haut sommet du Caucase, le mont Tébulo, culminant à 4493 m !

Le col étant pris par la neige une grande partie de l’hiver et du printemps, les rares résidents permanents de Touchétie (une vingtaine de personnes) passent 7 mois coupés du reste du monde. On n’imagine pas ce qu’ils doivent endurer, sachant que même en été, lorsque le sol dégelé veut bien donner des pommes de terre, des oignons et quelques chous, tout vient par la route ! Cette région est si isolée que le tourisme est la principale source de revenu des habitants. Presque toutes les maisons d’Omalo, le village principal, sont des guesthouses ! Le centre du bourg est occupé par tous les minibus 4×4 qui déposent ici les randonneurs. En effet, si l’on brave les dangers de la route pour venir en Touchétie, c’est pour faire des treks dans un cadre somptueux et une nature intacte. Le guide ne l’a pas dit tout de suite, mais il y a des loups et des ours dans ces montagnes ! En France aussi, cela dit, mais sans doute pas autant, et vu le caractère rugueux des Touches, je n’ose pas imaginer celui des ours… Ce qui fascine d’emblée, en arrivant à Omalo, ce sont ces étranges tours juchées sur un tertre, qui coiffent le village. Comme notre guide a choisi la seule guesthouse installée dans une tour située au cœur du hameau, je ne tarderai pas à tout savoir sur leur origine et leur fonction. Au Moyen Âge (et c’est en partie toujours le cas aujourd’hui…), les bergers n’avaient qu’une richesse : leurs troupeaux. Pour les protéger des razzias des tribus tchétchènes, ils ont construit ces tours défensives avec ce qu’ils avaient sous la main : des pierres sèches. La technique architecturale est inspirée de celle des bâtisseurs du Daghestan voisin, mais leur génie empirique a été d’arriver à élever ces colonnes de pierre légèrement pyramidales sur plusieurs étages (entre 3 et 7), jusqu’à 20 m de haut, et de faire en sorte qu’elles résistent au climat particulièrement rude de ces montagnes. En bas se tassaient les animaux, et la famille se répartissait suivant un ordre établi, les femmes après les bêtes, puis les frères et sœurs, le chef de famille se réservant la chambre la plus élevée (mais aussi la plus étroite et la plus ventée)… Cette société très patriarcale a conservé ses caractéristiques, et il n’est pas rare de voir une pancarte ou un pictogramme « interdit aux femmes » devant certains lieux tel que le cimetière, une brasserie, ou un autel religieux. Mais ces règles venues d’un autre âge sont moins strictes vis-à-vis des touristes de sexe féminin, qui peuvent toujours prétendre qu’elles ignorent cette interdiction. Dans la famille qui nous accueille, les femmes sont effectivement en cuisine, et servent les hommes qui discutent les pieds sous la table en buvant un coup et en les regardant s’activer sans bouger un doigt pour les aider. Mais Tsiala Idoidze, la femme de notre aubergiste, ne semble pas vouloir remettre en cause cette répartition des tâches, elle est même fière de sa culture, et lorsque j’ai proposé de faire son portrait, elle a choisi de poser avec une photo N&B où l’on voit le grand-père de son mari poser en tenue d’apparat avec quelques cosaques patibulaires mais presque, qui seraient certainement peu favorables au mouvement « me too »…  

Les treks consistent à relier à pieds, entre 2000 et 3000 m d’altitude, les rares villages de Touchétie. Pour éviter les boucles, pas toujours possibles, les randonneurs sont récupérés en minibus en fin de journée. Chemin faisant, on se régale de framboises sauvages en traversant les forêts, et de myrtilles sur les crêtes herbeuses. Ces balades bucoliques réservent parfois de belles surprises, comme ces tours fantomatiques qui émergent de la brume, ou comme à Shenako, un hameau dont les maisons sont à moitié enfouies dans la pente de la montagne, et où un improbable panneau annonce en lettres rouge : FAST-FOOD ! L’une des plus belles randonnées consiste à remonter la vallée Pirikiti, le long du torrent Alazani. Elle permet de visiter de très beaux villages tels que Dartlo et ses maisons carrées, cerclées de balcons en bois à balustrades, et aux tours en très bon état, et d’autres plus modestes, plutôt des hameaux, tels que Kvavlo et Dano. Dans ce dernier, j’ai vu un curieux petit autel extérieur en pierres sèches, surmonté de cornes et de crânes de mouflons, avec une petite niche dans laquelle se trouvaient de nombreuses pièces de monnaie, quelques bougies, et des cartouches vides de fusil ! Dans ces villages si isolés, loin de toute église, la religion est largement teintée d’animisme… Mais lorsqu’on leur en parle, les Touches jurent qu’ils sont bien catholiques orthodoxes, et qu’ils respectent au plus haut point les moines. Touche pas à mon pope !

Essayez d’atteindre Parsma, l’un des derniers villages situés au bout de la vallée Pirikiti. Perché sur un replat herbeux surplombant d’une centaine de mètres le torrent, c’est le symbole même de l’isolement et de la persévérance humaine. En amont, deux hautes tours en pierre semblent surveiller l’envahisseur venu du Nord. De maigres vaches vous ignorent, se dépêchant de brouter toute l’herbe disponible avant les premières neiges, qui arrivent en octobre, par ici. Avec si peu à offrir et tant à redouter, la nature, si belle soit-elle, est plutôt hostile aux humains, et l’on devine, en passant le long des cabanes en pierre couvertes de lauzes, dont les étroites ouvertures ne laissent passer qu’un jour famélique, et les pierres disjointes des courants d’air glaciaux, que la vie est un combat, dans ces montagnes coupées de tout. Ils sont tellement isolés du reste du pays que les bergers jettent la laine de leurs moutons, car cela leur coûterait trop cher en transport… Pourtant, les habitants n’ont pas renoncé à leur hospitalité légendaire, et si vous rencontrez un Touche dans ces villages austères, il vous invitera spontanément à partager le peu qu’il a – pain, fromage de brebis, tomates, viande de mouton (on ne mange pas de porc en Touchétie) – et tentera de communiquer avec le peu de notion d’anglais qu’il a acquis au contact des randonneurs. C’est l’une de ces rencontres fortuites qui restera le meilleur souvenir de mon voyage en Géorgie. Ce jour-là, comme je ne pouvais pas suivre le reste du groupe pour cause de cheville fragile, Jamari, le chauffeur du 4×4, m’avait déposé à Dano, un hameau quasi désert. Assis contre un muret, j’admirais la majesté des montagnes alentour, lorsque Jamari m’a hélé en faisant de grands gestes. Ayant rejoint trois potes à lui, bergers évidemment, il me proposait de partager leur repas. Ne voulant vexer personne, j’ai accepté. Mais la communication a vite trouvé ses limites, et que fait-on dans ce cas ? Eh bien on trinque, et on chante. Je sais maintenant dire parfaitement « santé » en géorgien, « gaumarjos« , d’autant plus qu’il est rigoureusement impossible de refuser de boire lorsqu’ils proposent un toast. Chaque toast est porté en l’honneur d’une entité à qui il ne s’agirait pas de manquer de respect : à Dieu, à son père, à sa mère, au pope, et toute la famille y passe jusqu’aux amis ! Si je n’ai pas roulé sous la table, c’est parce qu’à la fin, je ne faisais que tremper mes lèvres dans le verre de jaja… Mais j’étais stupéfait de constater que le chauffeur, lui, ne faisait pas semblant de boire ! Entre chaque entrechocage viril de verres, l’un ou l’autre agrippait une mandoline et entonnait un chant rugueux et mélancolique, que j’imaginais raconter la vie âpre d’un berger de Touchétie… Des moments d’humanité inoubliables, vraiment… touchants !

Pratique

Y aller : Georgian Airways, vol direct Paris/Tbilissi en 4h30.

Circuit : L’UCPA propose un séjour intitulé « Trek dans le Grand Caucase », mixant découvertes culturelles et randonnées, à partir 2090 € tout compris (vols, hébergement 12 nuits, pension complète, matériel et encadrement) :  www.ucpa.com

Bonnes adresses

Hotel KMM à Tbilissi : pour sa terrasse offrant la belle vue sur la vieille ville. A partir de 80 € la ch double.

Old Armazi, à Mtskheta : restaurant à la terrasse située au-dessus d’une rivière, proposant une multitude de mezze délicieux et de plats maison. Compter 15 €/p.

Tamuna guesthouse, à Sighnaghi : pension très propre et calme, tenue par M. Genadi et sa femme, très accueillants. 20 €/p en B&B.

Gareja guesthouse, à Udabno : pension familiale de 5 ch très correctes, située au village le plus proche des monastères. Nelly, la patronne, vous fera un petit festin pour 5 €/p !!

Touchétie Tower, à Omalo : l’auberge dans la tour en pierres sèches de Nziala et Nugzar. Le confort est très « roots », mais accueil chaleureux et sincère. Avec le peu de moyens et de victuailles dont elle dispose, Nziala arrive à concocter de délicieux repas, et ses khatchapouri au fromage fondant (sortes de nan indiens), ses rouleaux d’aubergines aux noix ou ses beignets farcis à la viande de mouton, ne restent pas longtemps sur la table ! Compter 25 €/p en 1/2 pension.

A lire : Le Petit Futé « Géorgie »

Balades à Salzbourg : … et le charme opéra !

Avec ses élégants châteaux, ses églises baroques et sa vieille ville inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco, Salzbourg séduit tous ses visiteurs, qu’ils soient venus pour écouter de la musique classique ou pour expérimenter le lifestyle autrichien de la « Rome du Nord ».

Salzbourg
AUTRICHE – Salzbourg Statue de Mozart

Dès l’arrivée à l’aéroport de Salzbourg, nommé Wolfgang Amadeus Mozart, le ton est donné. Cette fastueuse ville baroque, modelée par des princes-archevêques catholiques du XIIIème au XVIIIème siècle, vit sous l’emprise du classique. De la musique comme de l’architecture, dont le cachet italianisant forme un décor parfait pour le lieu de naissance du génial musicien, qui a une place, une statue, et même un chocolat à son nom ! Sa maison de naissance se trouve dans la Getreidegasse, la plus belle rue de la vieille ville, surnommée la « rue des enseignes », en raison de la profusion des enseignes en fer forgé suspendues aux façades. La plus belle est celle d’une ancienne brasserie, dont le symbole a été remplacé par un discret M jaune, puisque c’est maintenant un … McDonald ! Ce n’est pas la bière mais le sel qui a fait la prospérité de la ville, comme son nom l’indique : salz(sel) et burg (ville). Les archevêques ont construit une forteresse médiévale sur une butte surplombant la ville, d’un blanc étincelant comme une saline, qui abritait les réserves de l’or blanc. Cette manne leur a permis d’embellir leur cité, d’entretenir des artistes, et de construire de fastueuses résidences. La principale est accolée à la somptueuse cathédrale baroque aux cinq orgues, et ses salles d’apparat croulant sous les peintures, les miroirs vénitiens et les tapisseries de Bruxelles, sont devenues des musées, dont les expositions illustrent 1300 ans d’art.

De l’autre côté de la Salzbach, la rivière qui traverse la ville, le château Mirabell abrite aujourd’hui la mairie. Si elle n’est pas occupée par un mariage, il est possible de voir la Marmorsaal, l’ancienne salle des fêtes du château, toute de marbre et de dorures, dans laquelle Mozart et ses enfants se produisaient. Un peu à l’extérieur de la ville, à Hellbrunn, un archevêque hédoniste a fait construire un château de plaisance dans un parc de 60 ha. Vous suivrez un parcours agrémenté de jeux d’eaux d’une ingéniosité folle, avec grottes piégées, automates mus par l’eau, fontaines capricieuses, et le guide ne manquera pas de vous arroser par surprise, comme le faisait sans doute le malicieux archevêque à ses hôtes de marque… En faisant un saut dans le temps de 400 ans, on imagine sans peine un aréopage de dames corsetées aux robes amples et aux coiffures extravagantes, et de gentilshommes en perruque, pourpoint et hauts-de-chausses, s’esclaffer de ces facéties et s’esbaudir devant ce feu d’artifice aquatique ! A quelques kilomètres de là, au terminus du bus qui vous aura déposé à Hellbrunn, descendez à Untersberg et prenez le téléphérique qui monte sur le Hochthron. Une  marche facile de 30 minutes vous mènera au sommet, à 1853 m d’altitude, où des bancs judicieusement placés permettent de contempler sereinement la plaine et Salzbourg traversé par la Salzach.

Symphonie turquoise en lacs majeurs

A 30 km à l’Est de Salzburg, s’étend une splendide région montagneuse parsemée d’une dizaine de grands lacs, le Salzkammergut. C’est une Autriche de carte postale, très verte, avec de ravissants chalets en bois posés au bord de lacs couleur d’émeraude. Il faut emprunter le petit train à crémaillère qui monte au sommet du Schafberg, à 1783 m d’altitude, pour avoir une vue à 360 ° qui embrasse à la fois les sommets enneigés des Alpes autrichiennes, et les nappes vertes posées à leurs pieds. On passerait bien la journée à contempler d’aussi beaux paysages, mais ce serait dommage, car en bas, les petits villages sont très pittoresques. Surtout St-Wolfgang, station de villégiature chic aux chalets cossus plusieurs fois centenaires. Son église abrite un retable connu dans le monde entier, et une pierre miraculeuse qui généra ici un pèlerinage depuis plus de 1000 ans… Aujourd’hui, ce sont les eaux turquoises du lac qui attirent du beau monde à St-Wolfgang, un prénom décidément très cher aux Salzbourgeois !

Où écouter du classique ?

Toute l’année, des concerts sont programmés dans les sites prestigieux de la ville. La salle baroque de l’abbaye St-Peter sert de cadre à des dîners-concerts où une troupe interprète des extraits d’opéras de Mozart. Et des concerts gratuits sont donnés dans les jardins du château Mirabell.

A savoir : le festival d’été est le plus fameux rendez-vous de musique classique au monde. Au programme, des opéras de prestige et des concerts avec de grands interprètes. http://www.salzburgfestival.at

Salzbourg
AUTRICHE – Salzbourg Dîner concert Mozart au St-Peter Stiftskulinarium

Pratique

Y aller

Par Lufthansa et/ou Austrian Airlines, en passant par Frankfort ou Munich. A partir de 350 € A/R.

Bon plan

La SalzburgCard permet d’entrer gratuitement dans la plupart des musées et attractions, et d’utiliser à volonté les transports publics. Un pass indispensable, à 43 €/p pour 3 jours.

Se loger

Hôtel Weisse Taube : idéalement situé à 2 pas de la place Mozart, dans la vieille ville. A partir de 100 € la ch double.

Le Cheval Blanc, à St-Wolfgang : hôtel 4 * de la chaîne Romantik Hotel, posé au bord du lac. Grand spa, piscine extérieure flottante, literie grand confort avec son amas des housses… A partir de 100 €/p avec le petit déjeuner.

Se restaurer

« m32 » : restaurant du musée d’Art Moderne, dont la terrasse offre la plus belle vue sur Salzbourg. Cuisine gastronomique, un peu cher à la carte, mais avec un menu au déjeuner à 16 €.

Schloss Fisherei : à 20 km de Salzbourg, restaurant-pêcherie aux longues tables en bois léchées par les eaux cristallines du lac Fuschlsee, où l’on déguste de succulents poissons fumés du jour, tout en admirant le château qui a servi de cadre au tournage des films de « Sissi ». Compter 20 € le repas.

Se renseigner :  www.salzburg.info

Office National Autrichien du Tourisme (0800 941 921) et  www.austria.info/fr

 

Note : les photos de cet article ont été prises avec mon téléphone portable (même pas un bon…), mon matériel photo étant en réparation pendant le reportage. Désolé pour leur piètre qualité !

Chypre, l’île d’Aphrodite

Si la mythologie grecque a fait naître Aphrodite à Chypre, c’est sans doute parce que cette île a tout pour séduire : des montagnes, des forêts, des terres fertiles, ainsi qu’une côte ourlée de superbes plages. Chypre dispose aussi d’un patrimoine archéologique et historique considérable, qui en fait un condensé de 5000 ans d’histoire de la Méditerranée.

Dès les premiers pas à Nicosie (ou Lefkosia, nom grec de la capitale chypriote), on a la sensation de fouler une terre hellène. Des drapeaux bleus et blancs flottent un peu partout, et lorsque l’on fait le tour des remparts vénitiens, très bien conservés, les petits marchés qui s’y trouvent baignent dans une ambiance « à la grecque ». Sur les terrasses des bars de la rue piétonne Ledra St, les locaux sirotent de l’ouzo en grignotant des olives, et la carte des restaurants ne diffère pas de celle qu’on pourrait trouver à Athènes… Au milieu de Ledra St, justement,  se trouve un poste de contrôle surveillant la « ligne verte« , une zone démilitarisée contrôlée par les Casques Bleus, séparant la ville entre la République de Chypre (dont le gouvernement est le seul qui soit reconnu par la communauté internationale) et la République turque de Chypre du nord. Le passage est maintenant possible entre ces deux parties de l’île, mais au moment de ce reportage, cela ne l’était pas, et le passage entre ces deux parties de la ville était quasi impossible. Cela fait des décennies que l’on parle de réunification, et il semble que cela soit en bonne voie…

 

A Nicosie, il faut visiter le musée archéologique, qui contient notamment une superbe statue d’Aphrodite, et le musée byzantin, présentant une collection d’icônes dorées à l’or fin. Des icônes, vous en verrez à profusion, vendues au coin des rues, dans les boutiques de souvenir, et surtout dans l’intérieur montagneux de l’île, le Troodos. D’innombrables chapelles sont disséminées sur ses pentes, la plupart modestes et d’architecture simple, mais décorées parfois de fresques magnifiques. Vue de l’extérieur, l’église d’Arakou ressemble à une grange, mais à l’intérieur, c’est une explosion de couleurs. Les murs et le plafond sont recouverts de fresques, qui sont parmi les mieux conservées de Chypre. Pendant leur occupation,  les Ottomans ont saccagé les fresques de certaines églises byzantines, en effaçant les regards des saints qu’ils ne pouvaient supporter. C’est le cas dans la très belle église en pierre d’Asinou, qui a restauré ses magnifiques fresques. La profusion des églises byzantines ne doit pas faire éluder la visite du monastère de Kykko. Moins pour ses fresques, récentes, que pour admirer son iconostase, faisant l’objet d’un pèlerinage important. Il paraît qu’une des icônes, recouverte d’argent et enfermée dans un écrin d’écaille et de nacre, a été peinte de la main même de Saint-Luc !

 

Quittons la fraîcheur et les petites routes sinueuses du Troodos pour traverser les plaines plantées de champs d’agrumes et atteindre les stations balnéaires du littoral. Si vous voulez plonger dans la grande bleue ou lézarder sur une plage, vous n’aurez que l’embarras du choix. Les plages sont toutes différentes, et leur fréquentation va de la plage bondée à la crique déserte. L’idéal est de longer la côte en voiture et de choisir celle qui vous convient ! Le tour de l’île permet en outre de découvrir les autres attraits de Chypre. Larnaca est une ville séduisante : son front de mer bordé de palmiers a des airs de Promenade des Anglais, et la vieille ville, avec ses ruelles étroites, ses vieux bazars, ses minarets et ses tavernes animées où l’on déguste de délicieux mezzes, dégage une envoûtante atmosphère orientale. La ville de Limassol, très touristique, a moins de charme, mais son château, élevé au 14ème siècle par les Lusignan, accueille un musée médiéval fort intéressant. Non loin de là, voici le site archéologique de Kourion, au superbe amphithéâtre romain. Assis sur les plus hauts gradins, on confondrait presque les cris des touristes avec les tirades des tragédies antiques, qui sont d’ailleurs encore données chaque année, en grec ancien, pendant le festival d’été.

 

L’antique ville de Paphos recèle des trésors, comme ces villas romaines aux somptueuses mosaïques, ou encore les Tombeaux des Rois, vaste nécropole située sur une falaise dominant la mer, qui servit de refuge aux premiers chrétiens. Sans oublier Kouklia, bien sûr, le site archéologique du sanctuaire d’Aphrodite. Mais si vous n’êtes pas émus par de vieilles pierres, peut-être le serez-vous par la beauté de la plage de Petra Tou Romiou : la légende dit que de cette eau émeraude, jadis, émergea Aphrodite… Si vous voyagez en couple, et que vous êtes un tant soit peu romantique, mettez-vous à la recherche de la Fontana Amarosa, non loin des bains d’Aphrodite. Il paraît que l’eau de cette fontaine rend amoureux pour toujours ! 

Pratique

Y aller : Cyprus Airways a plusieurs vols par semaine Paris/Larnaca ; il existe aussi des liaisons low cost avec escale en Belgique ou en Angleterre, qui permettent de trouver des billets A/R autour de 150 €.

Forfaits : Héliades est le spécialiste de la destination. Ce voyagiste propose des autotours (vol + voiture + hôtel) d’une semaine à partir de 700 €/pers.

Se renseigner :  Office du Tourisme de Chypre : www.visitcyprus.com/index.php/fr/

CHYPREPanier d'oranges
CHYPRE Panier d’oranges

Echappées belles en Dalmatie

La Dalmatie possède des sites touristiques majeurs et pourtant méconnus : des cités antiques parfaitement conservées, un parc naturel enchanteur, et une île aux criques désertes qui fait voir la vie en bleu..

Splendeurs de l’antiquité gréco-romaine

A 2 h de Paris en vol direct, Split est un port de croisières qui a la chance de posséder une vieille ville datant de l’époque romaine, faisant partie du patrimoine mondial selon l’Unesco. Ce quartier est en réalité un palais fortifié ceint de remparts, fondé au 3ème siècle par l’empereur Dioclétien. Cette opulente résidence était si vaste qu’à la chute de ce tyran, la population s’installa à l’intérieur, transformant ce palais en ville dans la ville, et contribuant à sa bonne conservation. En passant par l’une de ses quatre monumentales portes, on fait un saut dans le temps de 1700 ans ! Nul besoin d’aimer les vieilles pierres pour être subjugué par la beauté de ces tours romanes, de ces églises et de ces palais ornés d’ouvrages d’art gothique ou Renaissance. Les souterrains abritent des expositions et des stands proposant de l’artisanat de qualité : bijoux en corail, objets sculptés en pierre de Brac, cravates en soie peintes à la main (eh oui, ce sont les Croates qui ont inventé la cravate !)… Devant la cathédrale flanquée d’un sphinx égyptien en granit noir, la place péristyle bordée de colonnades invite à la contemplation. L’astucieux tenancier du bar Luxor a installé des coussins sur les marches en pierre pour transformer le tour de la place en terrasse… Des gladiateurs romains avec leurs glaives prennent la pose pour quelques pièces, et l’on se demande qui sont les intrus, dans cette place : eux, ou nous ? Ne manquez pas de vous promener dans le quartier de Varos, ancien quartier de pêcheurs très calme qui regorge de petits bars authentiques et d’appartements privés à louer pour pas cher…

A 30 minutes de Split, Trogir possède également des trésors architecturaux grecs et romains, concentrés sur un petit îlot. Pas étonnant qu’elle soit classée au Patrimoine mondial ! Ses merveilles en font l’un des bijoux de la côte dalmate, un mini-Dubrovnik, mais sans les remparts… Entrez par la porte Sud, une énorme porte en chêne cloutée du 16ème siècle, et déambulez dans les étroites ruelles pavées de grosses dalles calcaires patinées par le temps, avec des bars en terrasse sur les placettes et de petites églises à presque tous les coins de rue… Certaines sont si étroites qu’on peut toucher les murs en écartant les bras ! Reposez-vous à l’ombre sous la loggia située devant la place de la cathédrale. C’était une cour médiévale de justice, et elle conserve son plafond en bois peint et ses colonnes romaines à chapiteaux ornés. La cathédrale, romane en bas et gothique en haut, est le monument le plus important de la ville. Son portail roman, surtout, est sublime : on voit danser sur les frises des apôtres, des bûcherons, des centaures et des animaux illustrant des scènes de la vie quotidienne et des épisodes mythiques, et, juchés sur un lion, Adam et Eve, dissimulant sous une feuille de vigne leur nudité originelle…

 

Sibenik et les cascades de Krka

A 1 h de route de Split, Sibenik est une autre cité ancienne, cette fois fondée par les Vénitiens, qui la dotèrent d’une belle cathédrale et de quatre forteresses. Commencez par visiter celle de Barone, car elle offre un splendide point de vue sur cette ville côtière. Vus depuis cette terrasse, les tours et les clochers des églises sont comme les mats de vaisseaux de pierre sur un océan de toits, dont les tuiles jaunes ou ocres seraient les vaguelettes immobiles… La cafétéria située sur la terrasse propose des produits de saison locaux, et la petite boutique attenante n’a que des jolies choses de la meilleure qualité : éponges, bijoux en corail…  En bas, dans la vieille ville, vous ne résisterez pas au charme de ce dédale de venelles pavées à l’ambiance médiévale, dont la moindre placette accueille une terrasse de bar ou de restaurant. Les aficionados de « Game of Throne » y reconnaîtront la cité de Braavos, dont plusieurs scènes ont été tournées ici ! Dans le jardin médiéval du monastère St-Laurent, on imagine tout à fait la reine Olenna Tyrell se reposer à l’ombre des treilles fleuries…

 

En passant une ou deux nuits à Sibenik, vous pourrez rejoindre le parc national de Krka tout proche. Vous y admirerez des myriades de cascades dans un cadre verdoyant, au long d’un parcours de 2 km sur pontons de bois ménageant des belvédères et permettant d’observer la faune sauvage. Venez-y le plus tôt possible pour profiter de cette merveille naturelle sans la foule, et n’oubliez pas votre maillot de bain, car il est possible de se baigner devant les plus belles chutes dans une eau couleur d’émeraude ! Conseil pratique : plutôt que de passer par Skradin pour rejoindre le site en bateau (ou de faire 5 km à pieds sous le cagnard…), je vous conseille d’y accéder par Lozovac, où il y a un grand parking gratuit, et une navette qui conduit aux chutes. Comme le site est immense, il est possible d’accéder à d’autres chutes (cascades Roski), en passant par des moulins où l’on peut se régaler de charcuteries et de fromages locaux autour de frais bassins ou de biefs. Si vous n’avez pas de voiture, le mieux est de prendre un bateau à Stradinski Bus, et de faire un tour complet en 4h30, qui prévoit un arrêt de 30 minutes dans le ravissant îlot du monastère de Visevac, et un autre d’1h30 sur le site de Roski Slap.

 

Mamma mia, quel bleu !    

Vis est une île située à 2 h de ferry de Split. La vie y est douce et tranquille et c’est l’endroit rêvé pour une escapade romantique ou une cure anti-stress. Louez un scooter et sillonnez la route côtière bordée de vignes et d’oliveraies, pour dénicher la crique déserte où faire une sieste sans que l’odeur de crème solaire ne couvre les parfums de la garrigue… Les plages sont formées de galets, plus ou moins gros, mais il y a souvent des dalles calcaire pour étendre sa serviette, et cet inconfort est compensé par la pureté cristalline de la mer Adriatique. Beaucoup de guides mentionnent la plage de Stiniva comme étant la plus belle. C’est vrai, mais elle a pas mal d’inconvénients : son chemin d’accès est raide et très pierreux (oubliez les tongs et la glacière chargée de bières…) ; elle est toute petite et prise d’assaut par les plaisanciers venus en bateau (oubliez l’intimité…) ; et elle est à l’ombre une bonne partie de la journée (oubliez le bronzage…). J’ai préféré la plage de Srbrena (se prononce comme ça s’éternue), vers Rukavac, une plage de galets étincelants, d’où son surnom, plage d’argent. Comme partout à Vis, l’eau est cristalline, et sa fréquentation est moindre, enfin, à part en juillet et août. Les familles ou les gastronomes préféreront la plage de Stoncica, car elle descend en pente douce dans une sorte de calanque, et elle dispose d’un bon restaurant traditionnel. Le soir, attablez-vous en terrasse sur le port de Komiza, adorable port de pêcheurs, pour déguster un poisson grillé accompagné d’un Vugava, le vin blanc local. Si vous parlez anglais, le serveur vous parlera avec fierté du film Mamma Mia 2 (sortie fin juillet), qui a été tourné ici. Meryl Streep et Pierce Brosnan ont sans doute été voir la fameuse grotte bleue, qui se trouve dans une petite île au large de Komiza. Comme c’est l’attraction majeure de l’île, il faut y aller tôt si vous ne voulez pas faire 1 h de queue là-bas, avant de monter dans les petites barques qui se faufilent à flot continu dans la grotte. Mais pas trop tôt non plus, car c’est seulement entre 11 h et 14 h que les rayons du soleil se reflètent sur le fond marin en irradiant cette grotte d’une lumière bleue opalescente, un bleu à la fois céleste et abyssal. « A kind of blue » comme dit le batelier, une sorte de bleu qui fait la célébrité de cet îlot situé à quelques milles de Vis…

 

A savoir (en pastille) : Voyage à éviter en juillet et août, car à cette période, les sites sont sur-fréquentés, et la chaleur accablante. Meilleure saison : mai-juin, ou septembre-octobre. En automne, le site de Krka est sublime avec les feuillus qui prennent des teintes jaune-orangés. Notions d’anglais souhaitables.

Pratique

Voyagiste : Bemex Tours propose un forfait incluant le vol A/R Paris-Split, la location de voiture, le ferry, et 7 nuits en B&B en hôtel 4*, à partir de 1350 €/p. http://www.bemextours.com

Bonnes adresses

Basic, à Split : appartements simples mais très bien situés, près de la vieille ville, de la plage de Bacvice, et des ferrys. Rapport qualité/prix imbattable : à partir de 40 € la nuit !

Konova Varos, Ban Mladenova 7, à Split : décor rustique, poissons grillés, et surtout des plats de viandes cuits à la braise sous une cloche (peka). Compter environ 30 €/p.

Trapula, à Sibenik : appartements cosy dans une maison située au calme sur le port. La logeuse parle français. Environ 50 €/nuit le studio.

A Sibenik : Grom, rue de Zagreb, le meilleur glacier ; et Jum, place des 4 Terrasses, la meilleure pâtisserie.

Pelegrini (1* Michelin), à Sibenik : le chef propose une cuisine subtile et inventive, une fabuleuse expérience gastronomique qui a un coût : compter environ 100 €/p avec le vin. Tous les produits servis sont exceptionnels, y compris les vins, jusqu’à l’huile d’olive, et même le pain !

Hôtel San Giorgio, à Vis : le seul hôtel de charme de l’île, décoré avec goût, aux ravissants petits jardins ombragés…  A partir de 125 €/ch double.

Dalmatino, à Rukavac (Vis) : pour les poissons grillés et les fruits de mer. Terrasse au-dessus de l’eau.

Konova Jastozera, à Komiza (Vis) : spécialités de langoustes élevées sous les tables !

Se renseigner

http://www.croatietourisme.com

 

Les vallées d’Aoste

Au cœur des Alpes, le val d’Aoste est une région montagneuse disposant d’un fabuleux patrimoine culturel et naturel. En été, ses nombreuses petites vallées permettent d’accéder à une multitude de belvédères et de randonnées faciles, offrant des panoramas époustouflants sur les plus hautes cimes d’Europe. 

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ITALIE – Val d’Aoste Courmayeur Vue hivernale du Mont Blanc depuis la terrasse en haut du Skyway

 

       Traverser les Alpes pour se rendre en Italie en franchissant les cols du Grand ou du Petit Saint-Bernard relève du panache, plus que de la logique. Car même si les légions de César, les éléphants d’Hannibal ou l’armée Napoléonienne ont passé ces cols, il est quand même plus pratique d’emprunter le tunnel du Mont-Blanc ou celui du Saint-Bernard ! Certes, c’est assez cher, mais on gagne beaucoup de temps et on s’épargne des centaines de virages, dont on ne manquera pas par la suite… La vallée d’Aoste est une longue et ample cuvette sillonnée par la Doire Baltée, qui prend sa source dans le massif du Mont Blanc et qui se jette dans la plaine du Pô vers Turin. Une douzaine de vallées s’ouvrent perpendiculairement à cet axe, qui ont chacune leur caractère, et qui mènent à des cols, des lacs, des glaciers et des sommets fournissant d’innombrables possibilités d’excursions. En effet, la vallée d’Aoste est entourée par les plus hauts sommets d’Europe : le Grand Paradis (4061 m), le Mont Cervin (4478 m), le Mont Rose (4637 m), et bien sûr le Mont Blanc (4807 m). Ce territoire de montagne est le paradis des alpinistes et des grimpeurs, mais aussi des amoureux de la nature qui sont de simples marcheurs. L’atout principal de cette vallée est de rendre accessible à tous des paysages d’habitude réservés aux seuls montagnards.

La capitale régionale, Aoste, se situe au milieu de la vallée principale. Place forte stratégique au cœur des Alpes, la ville est bâtie sur l’antique Augusta Praetoria, fondée par les Romains en 25 avant J.C. Elle a su préserver et intégrer dans son urbanisme des vestiges romains exceptionnels qui constituent ses attraits majeurs. Ainsi, au fil de la déambulation dans les rues piétonnes, apparaissent des restes de remparts, une porte prétorienne monumentale, des tours, un théâtre romain, un forum… La cathédrale romane, richement décorée, mérite une visite, ainsi que l’ensemble Saint-Ours, dont la collégiale, le campanile, la crypte, le cloître et le prieuré illustrent bien l’architecture et l’art religieux du Moyen Age. On ne s’étonnera pas qu’en Italie, il y ait des églises à visiter. Mais la particularité du val d’Aoste, c’est de compter un nombre impressionnant de châteaux ! Son tumultueux passé féodal en est la raison, et la vallée est truffée de forteresses militaires, de tours, et de résidences seigneuriales fortifiées. Toutes ne se visitent pas, mais souvent juchées sur des éminences rocheuses, leur silhouette attire souvent l’œil et l’objectif.

ITALIE  -  Val d'AosteChâteau de Fénis
ITALIE – Val d’Aoste Château de Fénis

 

Courmayeur

La ville qui ferme la haute vallée d’Aoste, juste à la sortie du tunnel du Mont-Blanc, est Courmayeur. C’est une station alpine de luxe, fréquentée par la jet-set, qui vient y skier été comme hiver, grâce au magnifique domaine skiable du massif du Mont Blanc. C’est un plaisir de se promener via Roma, la principale rue commerçante, où se succèdent des boutiques chics de mode et des échoppes regorgeant de tous les bons produits valdotains (jambon de Bosses, lard d’Arnad, fromage Fontina…). En traversant la ville, on ne peut qu’admirer ses immenses chalets en bois, aux toits recouverts de lauzes, ces plaques d’ardoise gris-argenté qui donnent beaucoup de cachet aux chalets de la vallée. Sans doute pour tenter de faire concurrence avec le téléphérique de l’Aiguille du Midi, la vallée d’Aoste s’est dotée de son propre téléphérique, le Skyway, situé à Courmayeur. Ses cabines pivotantes entièrement vitrées amènent en quelques minutes sur une terrasse panoramique à 3466 m d’altitude, d’où l’on a une vue imprenable sur l’une des faces du Mont-Blanc. C’est magnifique, mais il faut reconnaître que le téléphérique de l’Aiguille du Midi amène plus haut (3842 m), et surplombe les glaciers de la vallée Blanche, ce qui est un spectacle grandiose.

 

Le val Veny et le val Ferret

De retour sur le plancher des vaches, vous pourrez explorer les deux petites vallées qui forment un « T » avec la vallée d’Aoste. Au fond du val Veny, vous devrez laisser votre véhicule au parking Freney, accolé à l’aire de pique-nique de Gabba. C’est un site très agréable, ombragé par des conifères, et un petit ruisseau serpente entre les tables en bois. De là, en une heure trente de marche, vous atteindrez les abords du lac du Miage. Un spectacle magnifique vous attend : vous êtes au pied d’un glacier, et par temps chaud, des pans entiers s’en détachent dans un grondement terrible, et vont fondre dans le lac. C’est pratique pour rafraîchir les bières !

ITALIE  -  Val d'AosteVal Veny Lac glaciaire du Miage
ITALIE – Val d’Aoste Val Veny Lac glaciaire du Miage

Le val Ferret est une vallée sauvage et bucolique qui suit un torrent aux eaux laiteuses et bondissantes. Allez jusqu’au bout de la route, à Arpnouva, et stationnez dès que vous trouverez une place au bord de la rivière. En 45 minutes de marche facile, vous serez au refuge Elena (2060 m). Depuis sa terrasse, vous pourrez déguster un cappuccino en contemplant un paysage majestueux de glaciers et de cascades.

 

La vallée du Grand Saint-Bernard

Axe de franchissement des Alpes connu depuis l’Antiquité (il reste d’ailleurs quelques vestiges de la route pavée romaine), cette vallée vous mènera d’Aoste au col du Grand Saint-Bernard, frontière entre l’Italie et la Suisse. D’innombrables lacets aux virages en épingle à cheveux permettent d’avaler un dénivelé de 2000 m ! En chemin, arrêtez-vous dans l’un des jolis villages qui jalonnent la montée, tel que Gignod, Etroubles ou Saint-Rhémy-en-Bosses, célèbre pour la production du jambon cru de Bosses. Passées les gorges profondes et boisées du bas de vallée, la dernière partie du trajet traverse un paysage ouvert de pentes herbeuses, de plus en plus pierreux et lunaire à mesure que l’on se rapproche du col. Il est vrai que plus grand chose ne pousse à 2500 m d’altitude… Au col, passez en Suisse et allez visiter l’hospice du Grand Saint-Bernard. Crée en 1050 par saint Bernard de Menthon, cet hospice avait pour fonction d’offrir l’hospitalité à ceux qui se risquaient à franchir ce col, voir même à les secourir pendant les huit mois de l’année où ce périlleux passage est sous la neige. Les religieux se faisaient aider de chiens, les fameux saint-bernard, qui étaient dressés pour découvrir les victimes des avalanches. L’hospice est tenu par des chanoines, et demeure un lieu d’accueil et de prière. Un chenil de saint-bernard est toujours là, plus pour le folklore que par besoin, ce qui justifie la quantité de produits dérivés à l’image de ce gros chien sympathique, que vendent les boutiques de souvenirs amassées au col. Ne manquez pas de visiter le musée, car il présente de belles collections de minéraux et d’archéologie, et retrace l’histoire passionnante de l’hospice, à l’aide d’objets anciens, de documents et de photos étonnantes.

 

Valpelline

En montant dans cette jolie vallée, faites un petit détour vers Ollomont pour visiter un immense saloir de fontine, où l’on apprend tout sur ce fromage d’alpage. Puis vous continuerez à remonter la vallée en suivant le torrent Buthier. A 1800 m, la route se heurte au barrage de Place Moulin, qui retient un lac artificiel. En laissant votre véhicule sur le parking au niveau supérieur du barrage, il y a une balade très facile à faire en longeant le lac : c’est presque plat, et le paysage est magnifique. En été, le rose des épilobes, associé au vert des conifères, se marient parfaitement avec le bleu azur du lac, dans lequel se reflètent les neiges éternelles. En une heure vous serez au refuge de Prarayer (2005 m), qui offre une vue splendide sur la vallée et sur les glaciers accrochés aux « plus de 4000 » fermant la vallée.

Valgrisenche

A partir de Leverogne, sur l’axe central de la vallée d’Aoste, s’ouvre une autre superbe vallée. La route s’enfonce dans une gorge étroite en suivant le cours d’une doire, et grimpe jusqu’à Valgrisenche, où il faut s’arrêter pour visiter la fabrique artisanale de vêtements et de draps en laine, où l’on voit fonctionner de vieux métiers à tisser. Un peu plus loin, la vallée est fermée par un grand barrage formant le lac de Beauregard, le bien nommé. Deux routes font le tour du lac, et celle de la rive droite (direction Bonne), en corniche, ménage de splendides paysages. Imaginez ce séduisant tableau : quelques vaches broutant dans une prairie d’alpage au milieu de laquelle coule un torrent alimenté par des cascades, un petit hameau avec sa chapelle en ruine, et en arrière-plan, des glaciers éblouissants…

Val de Rhêmes

A Introd, avant de partir à l’assaut du val de Rhêmes, rendez visite aux Amis du Bois, des artisans sculpteurs qui façonnent dans différentes essences de bois des jeux traditionnels, ainsi que la fameuse grolle, coupe en bois typique de l’artisanat valdotain. Comme ses voisines, cette vallée est magnifique, et l’on n’a que l’embarras du choix pour s’arrêter. A partir de Thumel, mille promenades s’offrent à vous, il suffit de suivre le torrent et de revenir à sa guise. Si vous êtes prêts à marcher deux heures, vous atteindrez le refuge Benevolo (2285 m) en passant devant deux majestueuses cascades, et en traversant des paysages très sauvages. Les marmottes sont aussi bien visibles du chemin !

Valsavarenche

En pénétrant dans cette vallée, vous entrerez au cœur du parc national de Gran Paradiso. Créée en 1922, c’est la plus ancienne et la plus prestigieuse aire protégée d’Italie, réputée pour la beauté de ses décors naturels, et pour ses chamois. Un centre de visite du parc est situé à Dégioz, il est conseillé d’y passer pour tout savoir sur la flore et la faune du parc, sur les excursions guidées, et sur l’architecture locale. A ce propos, ne manquez pas de faire un petit détour par Tignet, minuscule hameau constitué d’une vingtaine de chalets accrochés à un replat rocheux. La réhabilitation de ces chalets ruraux dont certains datent du XVe siècle, est exemplaire. C’est l’alliance parfaite, esthétique et fonctionnelle des trois matériaux naturels valdotains : la roche pour le socle, le mélèze, et la lauze sur le toit. Laissez votre véhicule à Pont. C’est le point de départ de nombreux sentiers balisés menant vers les sommets du massif de Gran Paradiso. Vous pourrez par exemple rejoindre le refuge Victor-Emmanuel II en deux heures de montée assez rude. A 2775 m, au pied des glaciers, vous jouirez d’un panorama exceptionnel sur le Gran Paradiso (4061 m), le sommet le plus élevé d’Italie.

ITALIE  -  Val d'AosteValsavarenche Toits en lauzes à Tignet
ITALIE – Val d’Aoste Valsavarenche Toits en lauzes à Tignet

Val de Cogne

A l’entrée de la vallée, ne manquez pas la pancarte indiquant le pont romain de Pondel. Cet impressionnant aqueduc construit dans un défilé rocheux, 56 m au-dessus d’un torrent tumultueux, est très impressionnant. A Cogne, la route se sépare en deux. Que vous alliez à gauche vers Lillaz ou à droite dans le Valnontey, vous trouverez au bout un parking, et les deux options permettent de faire de très belles balades au sein du parc de Gran Paradiso. La plus facile consiste à marcher dix minutes pour aller au pied des cascades de Lillaz, cadre enchanteur pour un pique-nique rafraîchissant. L’excursion qui mène de Valnontey au refuge Victor Sella est la plus connue et la plus fréquentée du parc. Certes, c’est une randonnée de 5 h (A/R), mais l’effort est largement récompensé par la beauté du parcours. Ceux qui ne désirent pas aller jusqu’au bout pourront s’arrêter au départ du sentier, dans un superbe jardin botanique, Paradisia, où l’essentiel de la flore alpine est présentée dans ses milieux naturels. Le sentier suit tout du long le torrent du Gran Loson, qu’il franchit souvent en donnant autant d’occasions de se reposer et de se rafraîchir. Après les forêts de mélèzes et d’épicéas, vous serpenterez dans des prairies alpines où sifflent les marmottes. Les derniers lacets laissent apparaître les glaciers, sur lesquels se détachent les silhouettes ramassées de cabanes de berger en pierre. Au refuge, ne redescendez pas tout de suite. Si vous marchez encore vingt minutes en direction du fond de la vallée glaciaire, très sauvage, vous serez à peu près sûrs de voir des chamois ! Mais pour avoir plus de chances de voir des bouquetins, il faut monter tôt le matin ou redescendre en fin d’après-midi, après le gros des promeneurs…

Valtournenche

Prévoyez plusieurs jours à Valtournenche, tant cette vallée présente d’attraits. Arrêtez-vous au premier village rencontré, Antey-Saint-André, pour s’approvisionner au marché des produits locaux (charcuterie, beurre, fontine…). Puis, avec votre panier bien garni, vous pourrez aller pique-niquer à Chamois, la plus haute commune du val d’Aoste, perchée à 1800 m, qui n’est accessible qu’à pieds ou en téléphérique ! C’est un bonheur de se promener dans ce village aux beaux chalets en bois, sans entendre ni sentir le moindre moteur à explosion. On perçoit juste le cliquetis régulier du petit télésiège qui mène au lac de Lod, parfait pour se reposer au pied d’un sapin en écoutant le silence cristallin des montagnes. Cheneil est un autre village isolé, encore plus haut (2100 m) et plus tranquille. On y accède après une rude mais courte montée en escalier. Une poignée de chalets en mélèze accueillent les amateurs de calme et de nature sauvage. Les chamois ne s’y trompent pas, qui ont élu domicile dans ce verrou glaciaire peu fréquenté. Ambiance bien différente à Breuil-Cervinia, le village situé à l’extrémité de la vallée. Cette station de ski réputée, s’étalant au pied du Mont Cervin (4478 m), attire une foule cosmopolite d’alpinistes, de sportifs de tout poil, de familles et de nouveaux riches (attirés par le golf, les discothèques et le ski d’été), qui remplissent le soir venu cafés et restaurants. Un peu avant l’entrée de la station, le lac Bleu est une vraie boîte à bijoux : le matin c’est un diamant qui brille des mille feux lancés par le glacier du Cervin, durant la journée c’est un lapis-lazuli qui reflète le ciel ou une émeraude sertie dans son écrin de verdure, et il devient rubis au coucher du soleil… Vous pourrez vous approchez du mythique Cervin grâce aux téléphériques qui mènent en plusieurs tronçons au plateau Rosa, où se pratique le ski d’été (à 3500 m d’altitude). Marcher ou skier sur un glacier en tee-shirt, c’est génial !

Val d’Ayas et val de Greyssoney

Bien que le val d’Ayas commence à Verrès, on peut aussi y accéder par Saint-Vincent en passant par le col de Joux. Le paysage est superbe, surtout au col qui offre une vue plongeante sur toute la vallée d’Aoste. Les promenades sont innombrables au val d’Ayas et dans la vallée voisine de Greyssoney, qui offrent toutes deux des vues splendides sur les sommets et les glaciers du Mont Rosa, même en bas de vallée. A Ayas, prendre la route qui s’élève à flanc de montagne en passant par une succession de jolis villages, tel Bisous ou Antagnod. Dans ce dernier, jetez un coup d’œil à l’église au chœur baroque, puis allez jusqu’au petit parking de Barmasc. De là, vous accèderez à une balade facile et bucolique consistant à suivre un ru, le Cortot. En lisière de forêt, il ménage de belles vues sur les prairies, toujours coiffées des sommets enneigés du Mont Rose. A Champoluc, laissez votre véhicule au parking et montez à Crest en téléphérique. De là, suivez le chemin muletier qui mène à Cuneaz, l’un des villages les plus élevés d’Europe (2032 m). Ce village isolé, mais habité toute l’année,  a beaucoup de charme. Certains de ses rascards, robustes chalets en mélèze aux énormes poutres imbriquées, posés sur des « champignons » (pied en bois, tête en pierre) qui isolent le grenier des rongeurs, ont été construits à l’époque médiévale !

ITALIE  -  Val d'AosteVal d'Ayas Hameau de Cuneaz
ITALIE – Val d’Aoste Val d’Ayas Hameau de Cuneaz

La dernière vallée importante, le val de Greyssoney, a une particularité. En effet, une population d’origine germanique, les Walser, s’y est installé au XIIIe siècle, apportant leur culture qu’on retrouve encore dans l’architecture des maisons et dans le dialecte proche de l’allemand. Si vous avez parcouru toutes les autres, celle-ci n’est pas indispensable.

Une vallée bien fortifiée

Erigés sur les promontoires des bords de la Doire Baltée, plus de cent châteaux veillent sur la vallée d’Aoste comme des sentinelles. Ils témoignent d’une vie féodale riche et intense, et leurs silhouettes, se découpant sur les cimes enneigées, font partie intégrante du paysage valdotain. Parmi ceux qui sont ouverts au public, voici les « incontournables » :

Le château de Fénis : extraordinaire château-fort du XIIe, remanié plusieurs fois. Sa double enceinte de murs à créneaux et ses nombreuses tours lui donnent fière allure ! Superbe cour entourée de galeries en bois et décorée de fresques.

Le château d’Issogne : il ne paie pas de mine vu de l’extérieur, mais sa visite est passionnante. A l’entrée, un portail gothique donne sur une cour, dont les arcades sont décorées avec des fresques représentant des scènes de la vie quotidienne au XVe siècle.

Le château de Sarre : cette forteresse du XIIIe siècle, mainte fois remaniée, fut achetée en 1869 par le roi Emmanuel II pour en faire une confortable résidence de chasse. C’est donc un palais magnifiquement décoré et meublé qu’on visite, dont la galerie et le salon des Trophées sont ornés de centaines de cornes de bouquetins et de chamois.

 

La gastronomie valdotaine

On ne s’étonnera pas que les produits typiques du Val d’Aoste soient des produits de montagne. Côté fromages, il y a la célèbre fontine, la tome et aussi le salignon, à la saveur plus piquante. En charcuterie, citons le jambon de Bosses, la mocetta (saucisson de chamois et de bœuf), et le lard d’Arnad, tout blanc, servi en très fines tranches. Le miel est réputé, surtout celui de rhododendron. Parmi les spécialités culinaires, goûtez à la polenta à la fontine, et à la carbonade, un ragoût de viande cuit au vin. La région produit d’excellents vins, issus des vignes parmi les plus hautes d’Europe, tels que le Blanc de Morgex et de La Salle, le Fumin (rouge) ou le Nus Malvoisie Flétry (vin de dessert).

Pratique

Cartes : A se procurer absolument les trois cartes Kompass au 1 :50 000 (N° 85, 86 et 87), sur lesquelles sont aussi tracés les sentiers de randonnée.

Circuit : Pour avoir le temps de visiter toutes les vallées, il faut compter au moins trois semaines, en comptant les randonnées. Les distances ne sont pas grandes : la vallée principale fait environ 80 km, et les vallées adjacentes sont comprises entre 20 et 30 km.

Se renseigner :  Tourisme Vallée dAoste    

http://www.italia.it/fr/home.html