Les îles de la mer d’Iroise

Au large du Finistère, la mer d’Iroise est parsemée d’un archipel d’îles et d’îlots qui constituent les terres les plus occidentales de notre territoire. Ces petits bouts de terre arrachés au continent sont des réservoirs de biodiversité, et représentent un condensé de Bretagne dans ce qu’elle a de plus authentique et de plus sauvage. Les trois plus grandes îles sont habitées, voici pourquoi il faut s’y rendre sans plus attendre…    

Ouessant, la Bretagne comme on l’aime

Ouessant est un petit bout de Finistère fiché dans l’océan, qui concentre le meilleur de la terre et de la mer de Bretagne. 

FINISTERE - Ile de Ouessant
Eglise de Lampaul

 

Un coup de sirène bref et puissant, et le Fromveur II, qui relie quotidiennement Brest à l’île d’Ouessant, s’éloigne du quai en provoquant de gros remous. Sur le pont, une brise marine fraîche et iodée picote les joues et donne un goût salé aux lèvres. On respire un grand coup, et c’est toute la Bretagne qui s’engouffre dans les poumons. Ah, le bon air ! Le bateau fend vaillamment la houle, accompagné de quelques goélands, et la crête écumeuse des vagues forme comme un immense troupeau de moutons gambadant sur la mer d’Iroise (*). Si le temps le permet, restez sur le pont, vous verrez peut-être les dos argentés et bombés d’une bande de dauphins, ou les museaux noirs et poilus des phoques qui ont élu domicile autour de l’archipel de Molène, où le bateau fait escale. Après deux heures et demie de cure d’iode, vous atteindrez le port du Stiff, où attendent plusieurs loueurs de vélos. Comme les voitures sont interdites (à part les taxis et celles des insulaires), c’est le meilleur moyen de découvrir Ouessant, une île relativement plate de 8 km sur 3 km, la plus grande du Finistère. Toutefois, comme les sentiers côtiers sont interdits au vélo, vous pouvez aussi opter pour la rando. Des balades en boucle balisées, d’une dizaine de km chacune, permettent de faire le tour de l’île par les sentiers côtiers. Si vous optez pour le vélo, depuis le débarcadère, vous aurez deux options : en partant sur votre gauche vous rejoindrez Porz Arlan, un port minuscule orienté au sud et dont la digue protège une belle plage de sable ; et en partant à droite, en quelques coups de pédales, vous atteindrez le phare du Stiff. Du haut de sa lanterne vous découvrirez une dentelle de rochers écumants où, à toutes les époques, sont venus s’empaler toutes sortes de navires. La faute aux puissants courants qui brassent entre les îles de la mer d’Iroise, tel le redoutable Fromveur, signalé par les phares de la Jument et celui du Kéréon. Mais cela ne décourage pas les pêcheurs, qui sortent leurs filets et leurs lignes dès que la mer en furie se calme tant soit peu. Il reste deux pêcheurs professionnels, et tous les anciens marins ont conservé un petite coque pour taquiner le bar ou piéger le homard aux beaux jours… Le nez au vent, vous roulerez sur les petites routes bordées de murets de pierres sèches, ou à pieds sur les sentiers qui sillonnent l’île jusque dans ses recoins les plus sauvages. C’est-à-dire les pointes recouvertes d’herbe rase, hérissées de rochers aux formes d’animaux fantastiques ; les cales verdies par le goémon, où se blottissent quelques barques esseulées ; les petites criques et les plages, justes assez grandes pour étendre sa serviette ; les landes impénétrables d’ajoncs et de bruyères, où des lapins détalent à votre passage… Les moutons prés-salés s’abritent derrière leur gwasked, un muret de terre ou de pierre, ou paissent tranquillement dans les champs. Il y en a autant que d’habitants, c’est-à-dire plus de mille ! Au printemps et durant l’été, les brebis sont attachées et s’occupent de leurs agneaux, mais le jour de la St-Michel, les moutons sont lâchés et vont brouter en liberté les landes herbeuses imprégnées d’embruns. C’est d’ailleurs pour cela qu’on les appelle les prés-salés ! Quelques moulins habilement restaurés offrent aux quatre vents leurs ailes en forme de râteaux. Juste pour la forme, car il y a longtemps qu’on ne cultive plus rien sur l’île… Ca et là, vous vous arrêterez pour admirer une maison ouessantine aux volets bleu outremer, une girouette originale, ou un jardinet fleuri. Musardez, flânez, humez l’air du large et la bonne odeur de tourbe qui s’échappe des cheminées, et n’ayez pas peur de vous perdre : tous les chemins mènent à Lampaul, ou vers son port ! Mais c’est certainement la faim qui vous ramènera au bourg. L’appétit aiguisé par l’effort et par l’air marin, vous vous régalerez de crêpes au froment ou d’un plateau de fruits de mer, à moins que vous n’ayez commandé la veille chez Jacky ou à La Duchesse Anne un buadenn, un ragoût d’agneau cuit sous les mottes, la spécialité de l’île. Si des devantures de magasins vous font des clins d’œil, n’hésitez pas à entrer pour voir la maquette de bateau ou les chaussons en laine qui vous font envie. Passez aussi à la boucherie pour faire provision de silzic, une saucisse fumée à la tourbe. En fin d’après-midi, rendez-vous à la pointe de Porz Doun pour voir le soleil peindre la mer en rouge, puis, lorsque le dernier rayon bascule, vous verrez s’allumer le phare du Créac’h, sur la pointe de Pern, en face, et plein d’autres petits feux aux quatre coins de l’horizon. Enfin, impossible de séjourner à Ouessant sans passer une soirée au pub « Ty Korn ». Certains soirs, de vieux loups de mer entonnent en chœur de poignantes chansons de marins, gaies ou tristes, qui feront chavirer le vôtre (de cœur…). Après de telles journées, saturées d’iode et d’émotions, le sommeil viendra facilement. Sinon, c’est l’endroit idéal pour compter les moutons !

(*) : L’origine du mot « iroise » n’est pas clairement établi. Certains historiens le font dériver de la dénomination bretonne vernaculaire hirwaz, pouvant signifier long chenal. Pour d’autres, il pourrait s’agir du mot breton ervoas qui signifie l’abîme, l’océan profond. Mais la référence étymologique la plus vraisemblable est tirée du dictionnaire universel français et latin de Trévoux, rédigé par les Jésuites au XVIIIème s. « Irois, oise » signifie occidental, et est employé pour qualifie les Irlandois, le peuple le plus occidental de l’Europe.   

Deux passionnants musées

Et s’il pleut ? Et bien vous aurez moins de scrupules à passer du temps dans les deux musées de l’île. L’écomusée du hameau Niou Uhella présente dans deux maisons traditionnelles en granit l’habitat et le mode de vie à Ouessant au siècle dernier. Les pièces minuscules sont occupées par les lits clos et les vaisseliers confectionnés avec du bois d’épaves. Vous découvrirez des coutumes étonnantes, comme celle de la demande en mariage : la jeune fille apportait un gâteau à son fiancé, et s’il le mangeait, il l’acceptait pour épouse. Le musée évoque aussi la tradition de la proëlla. Lorsqu’un marin disparaissait en mer, famille et amis se retrouvaient pour une veillée funèbre autour d’une croix de cire dite « croix de proëlla ». Le lendemain, après la cérémonie religieuse, la croix était transportée en procession au cimetière, près de l’église, et déposée dans un discret mausolée que l’on peut voir encore aujourd’hui.

C’est naturellement sur le site du phare du Créac’h, l’un des plus puissants du monde, que se trouve le musée des phares et balises. Vous découvrirez l’histoire héroïque des bâtisseurs de phares, les lentilles gigantesques et les techniques employées pour porter la lumière le plus loin possible. On comprend l’importance de ces signaux dans une île comme Ouessant, entourée d’écueils et de violents courants, qui était surnommée « l’île d’épouvante »… Un funeste dicton marin présageait même : « Qui voit Ouessant, voit son sang ! ». Mais on dit aussi « Qui voit Molène, voit sa peine » et « Qui voit Sein voit sa fin » ! Optimistes ces bretons, non ?

FINISTERE - Ile d'Ouessant
Au musée des phares et balises

 

Molène, le bol d’air

A mi-chemin entre le Conquet et Ouessant, Molène est un bout de caillou de 1,2 km sur 800 m. L’endroit a été classé réserve de biosphère par l’UNESCO. On y respire, dit-on, l’air le plus pur du monde…

FINISTERE - Ile de Molène

En breton, moal enez, dont on a fait Molène, signifie « île chauve ». C’est l’île principale d’un archipel, un semis d’îlots déserts, seulement fréquentés par une faune spécifique, et battus par les vents. Trois d’entre eux sont classés « réserve naturelle » : l’accès à Balaneg et Trielen est sévèrement réglementé, mais aller sur Banneg est interdit : il abrite la plus importante colonie de pétrels tempête de France. On peut circuler autour en bateau pour observer l’animal symbole de cette mer d’Iroise : le phoque moine. Ce petit monde est surveillé de près par la Maison de l’Environnement Insulaire. Vous y apprendrez tout sur la faune, la flore et le patrimoine de l’archipel. Dans l’église St-Renan, sont exposés les précieux objets cultuels offert par la Reine Victoria, et de curieux ex-voto. Regardez bien la goélette pendue à sa corde de chanvre : l’avant du bateau donnerait le sens des vents à venir…

Promenez-vous le long des chemins creux et des ribines, ces ruelles étroites exemptes de véhicules. Les brouettes sont les seules « voitures à une roue » de l’île ! A Molène, pas ou peu de culture : on cultive le plaisir du temps qui passe… Le soir, les Molénais viennent bavarder sur le port, près de l’abri du canot de sauvetage où des peintures murales racontent la petite histoire de l’île. Prenez le temps de visiter le petit musée communal qui est situé dans la cour de la mairie. Il vous racontera l’histoire poignante du naufrage du Drummond Castle, ce navire qui faisait la ligne entre l’Afrique du Sud et l’Angleterre, qui s’est perdu dans le brouillard et qui s’est fracassé sur un écueil en faisant 400 victimes… Il y a eu trois survivants, et la reine Victoria récompensa les îliens qui leur ont porté secours en offrant un ciboire et une horloge pour l’église, ainsi qu’une citerne pour récupérer l’eau de pluie. Il faut dire que l’eau est une denrée précieuse, ici. C’est peut-être pour cela que les vieux marins boivent autant de whisky !

 

Sein, une île de caractère

Aplatie sur l’horizon comme une galette, l’île de Sein a l’air d’un mirage, et semble pouvoir disparaître sous les flots au moindre coup de vent. Détrompez-vous, cette île a du caractère et de la résistance !

FINISTERE - Ile de Sein
FINISTERE – Ile de Sein

Naviguer vers l’île de Sein offre un grand privilège : longer les falaises du Cap Sizun, voir la pointe du Raz depuis la mer, et doubler le phare de la Vieille où tanguent les « lignards » d’Audierne venus taquiner le bar. Un spectacle qui ne dispense pas d’affronter ensuite le clapot qui chahute toujours cette zone considérée comme une des plus redoutable de la côte bretonne. La navette accoste au pied de Men Brial, le phare vert et blanc. Dès que vous avez posé le pied sur cette terre étroite et sans arbres, plate comme la main, le sentiment de débarquer dans un endroit spécial est très fort. Une sorte de bout du monde. Sur le quai des Paimpolais, la mode vient aux crépis colorés, mais il reste quelques maisons blanches aux volets bleus qui se serrent dans d’étroites ruelles que l’on dit suffisamment larges pour laisser passer les barriques… Au cœur du village, l’église a été construite avec du granit venu du continent. Nos lointains ancêtres, eux, ont pris celui de l’île pour ériger les « Causeurs », deux mégalithes encore debout. Vous irez marcher le long de la côte sauvage, aux rochers perclus de légendes, et vous flânerez sur la lande raclée par les vents, parfois submergée par les grandes marées. Au pied du Grand Phare, la petite chapelle saint Corentin résiste héroïquement aux éléments naturels. Mais c’est d’un autre héroïsme dont les îliens sont le plus fiers : en 1940, à l’appel du Général de Gaulle, les Sénans sont partis pour l’Angleterre. Ils représentaient le quart des volontaires de la France libre ! Le monument des Sénans Libres commémore cet acte de patriotisme : devant la croix de Lorraine, un marin que le temps a habillé de mousse jaune se tient debout face à l’océan. Cette histoire est évoquée dans l’ancien Abri du Marin, qui est maintenant réunie avec l’ancien Abri du Canot de Sauvetage en Mer pour former un musée d’histoire locale et d’arts et traditions populaires. L’unique occasion de voir, sur un mannequin, le costume et la coiffe de l’île que presque plus personne ne porte. Vous y découvrirez aussi de récurrentes et douloureuses histoires de naufrages. Souvenirs et vestiges sont conservés dans des vitrines. Dans l’entrée du musée sont alignés les bottes et le cirés des bénévoles toujours prêts à prendre la mer en cas de besoin. Il est vrai que dès que ça souffle, les lames viennent s’écraser sur la digue en projetant des geysers d’écume, et c’est très impressionnant…

Le peintre de la lumière et de la mer

Didier-Marie Le Bihan se dit peintre de la lumière. Dans son atelier ouvert sur la mer, il peint des tableaux en glacis selon la complexe technique du clair-obscur. Souvent, il intègre des paysages de l’île dans ses peintures. Travaillant « en transparence », il lui faut entre deux et six ans pour terminer une œuvre. A défaut d’être pointilliste, ce peintre pointilleux ne vend que par Internet, selon un savant jeu d’enchères. Mais,  « s’il n’y a pas d’émotion qui passe, ça ne sert à rien ! » affirme-t-il. Il ne vend donc qu’à ceux qui se sont donnés la peine de venir le voir un jour sur son île…

www.didierlebihan.com

 

PRATIQUE

Pour Ouessant

Y aller

Au départ de Brest, 2 h 30 de navigation ; du Conquet 1 h 15. www.pennarbed.fr    

Se loger

De l’hôtel au camping en passant par les chambres d’hôtes ou les locations à la semaine, vous aurez le choix pour passer la nuit à Ouessant. Belle vue sur la baie de Lampaul depuis l’hôtel 2* Roch Ar Mor. Chambres doubles à partir de 38 €. www.rocharmor.com

Se restaurer

Ty Korn, à Lampaul. Cuisine raffinée de poissons de ligne et de fruits de mer.

Crêperie du Stang, dans le bas du bourg de Lampaul.

A faire

Les plages de sable étant peu nombreuses à Ouessant, les activités sont tournées vers la mer. Vous pourrez pratiquer la voile, la planche à voile et le kayak de mer en vous adressant au centre nautique du Kornog, à Lampaul. Tél. : 06 56 88 21 29

Ondine Morin connaît son île comme sa poche et sait en parler. Guide interprète régional, elle propose de passionnantes balades-découvertes et des sorties nocturnes ou matinales très originales :  Tél : 06 07 06 29 02 et  www.kalon-eusa.com

 Artisanat

Pour se protéger du vent, les moutons d’Ouessant ont une toison épaisse, qui a toujours été utilisée pour fabriquer des vêtements en laine. Il reste quelques fileuses sur l’île qui utilisent la toison de leurs moutons, blancs ou marrons foncés, pour tricoter des pull-overs, des bonnets, ou des chaussettes en pure laine vierge. Ils sont mis en dépôt-vente dans les magasins de souvenirs du bourg. Allez par exemple à « l’Abri du Mouton », où Isabelle Patard a créé des souvenirs originaux (mobiles, objets décoratifs, cartes postales…) avec de minuscules moutons en fil de laine écrue ou teinte.

Se renseigner :  www.ot-ouessant.fr

 

Pour Molène

Y aller

Au départ de Brest, 1 h 45 de navigation ; du Conquet, 45 minutes. www.pennarbed.fr  

Se loger et se restaurer

L’Archipel : bar-restaurant proposant deux gîtes et trois chambres d’hôtes, tout vue mer. Spécialités de fruits de mer, ragoût de homard, et saucisse de Molène aux algues. www.archipelrestaurant.com

Artisanat : en haut de l’embarcadère, un atelier propose des cosmétiques biologiques marins aux algues de l’île Molène (gamme ALGALYS).

A faire : randonnées accompagnées en kayak de mer. Partez à la découverte des dauphins, loutres, phoques moines de l’archipel, avec Quentin Cuillandre. Breizh Kayal Evasion (06 56 74 65 84)

 Se renseigner :  www.molene.fr

 

Pour Sein

Y aller

Au départ d’Audierne, 1 h de traversée. www.pennarbed.fr  

Se loger, se restaurer

Hôtel-restaurant Ar Men : route du Phare. Chambre double à partir de 65 €, ½ pension à partir de 135 € pour deux personnes. Spécialités de poissons et ragoût de homard.  www.hotel-armen.net

Se renseigner  : www.mairie-iledesein.com

 

Irrésistible Cuba

Le mojito, le cigare, la langouste, les vieilles voitures américaines et les plages de rêve ? Oui, c’est ça Cuba, mais pas seulement. Cette grande île caribéenne séduit aussi par son architecture coloniale et par la gentillesse des Cubains, pour qui l’hospitalité c’est comme la salsa : une seconde nature !

CUBA Jolie cubaine

La Havane

A l’occasion de son 500ème anniversaire, La Havane s’est refait une beauté en restaurant certains bâtiments historiques de la vieille ville, inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco. Les peintures fraîches aux couleurs pastels des maisons coloniales s’accordent avec celles, plus flashy, des opulentes voitures américaines des années 50. Louez l’une de ces décapotables avec chauffeur pour faire un tour de la ville. Ces plantureuses limousines mille fois rafistolées empruntent les belles et larges avenues en ouvrant une faille spatio-temporelle (et pas avec une DeLorean mais avec une Cadillac ou une Chevrolet !) qui fait entrevoir le temps où La Havane était une ville cossue, symbolisant le rêve américain… Mais si l’on s’éloigne dans les ruelles adjacentes, on découvre une réalité moins flatteuse, avec des immeubles en ruine et une population très pauvre. Pas de problème pour entrer dans les magasins d’Etat aux trois-quarts vides, ni pour circuler entre les étals chargés de fruits et légumes des petits marchés, car on se sent en sécurité, et les Cubains font tout leur possible pour être agréables si vous leur adressez la parole. Notamment pour guider vos pas vers les bonnes adresses… A ce propos, pour boire un verre, évitez les bars du Floridita ou de la Bodeguita del Medio, surtout en pleine journée : ils sont cités dans tous les guides, et leur sur-fréquentation gâche tout le plaisir que l’on peut avoir à siroter un daïquiri ou un mojito en écoutant de la musique cubaine. Préférez le bar du Nacional, un hôtel mythique qui a accueilli tous les personnages célèbres passés par La Havane depuis les années 30, ou bien celui sous arcades d’El Patio, sur la place de la cathédrale, ou bien n’importe quel petit bar avec des musiciens ! Faites une promenade sur le Malecon, le boulevard maritime où la population aime se retrouver pour pêcher ou flâner. Là encore, si vous discutez avec les Cubains, ils vous conseilleront de délaisser le cabaret Tropicana (un spectacle flamboyant style Las Vegas) pour celui plus authentique du Copa Room (anciennement Palacio de la Salsa) dans l’hôtel Habana Riviera (quartier général des mafieux Lucky Luciano et Meyer Lansky dans les années 50 !), où se produisent les meilleurs groupes cubains. On vous proposera peut-être des cigares, tombés du camion, ou présentés comme une super-promotion, mais la plupart du temps, c’est une arnaque et ces cigares, aussi maquillés qu’une jinetera (littéralement cavaleuse, donc prostituée) de boîte de nuit, n’ont ni la saveur ni la qualité des cigares vendus dans les hôtels ou dans les boutiques spécialisées.

D’ailleurs, l’une des visites incontournables qu’il faut faire à La Havane, c’est celle de l’usine de cigares La Corona. Des centaines d’ouvriers et d’ouvrières s’activent lentement (on est à Cuba, quand même…) dans de grandes salles empestant le tabac froid, et un guide vous arrête d’atelier en atelier pour expliquer les différentes étapes de fabrication d’un cigare. Cette diversion touristique ne perturbe pas les torcedores, qui manient, coupent et roulent les larges feuilles marron en un barreau de chaise oblong qui, une fois pressé et manucuré, devient un puro Monte-Christo, ou un Roméo et Juliette qui se consumera un jour entre les doigts d’un amateur de havane… Si ces marques renommées portent le nom de livres célèbres, c’est parce qu’il est de tradition, dans ces usines de cigares, qu’un ouvrier fasse la lecture à haute voix, une ou deux fois par jour, soit avec la presse locale, soit avec des romans. Les plus appréciés ou les plus lus, ont fini par donner leur nom à certains cigares !

Les villes coloniales du centre de Cuba

A 4 h de route à l’ouest de La Havane, Cienfuegos est une ville portuaire dont le centre-ville, construit au début du XIXème s. par des Bordelais, regorge d’édifices coloniaux néoclassiques. Vous trouverez les plus beaux bâtiments autour du Parc Marti, tel qu’un arc de triomphe ou le musée provincial, inspiré du Capitole de La Havane, lui-même inspiré de celui de Washington… Il faut arpenter le paseo el Prado, c’est l’avenue principale, dont le terre-plein central permet d’admirer, de part et d’autre, les belles maisons de couleur pastel aux arcades supportées par d’élégantes colonnades. Tout au bout de cette rambla, arrêtez-vous pour prendre un verre au yachtclub (1924), dont la terrasse offre une belle vue sur la marina et la baie.

Un peu plus au nord, Santa Clara possède également un beau patrimoine architectural autour du Parc Vidal, mais on y vient surtout pour célébrer la mémoire de Che Guevara, qui a connu ici en 1958 sa plus belle victoire, lors de l’attaque d’un convoi de train blindé. Ce glorieux épisode a conduit à la prise du pouvoir de Fidel Castro et à l’indépendance du pays. Sur le site même de l’attaque, quelques wagons se visitent, dans lesquels une exposition succincte relate l’événement, et l’on se demande pourquoi un bulldozer est surélevé sur un terre-plein en béton : c’est celui qui a servi à faire dérailler le convoi ! Cette bataille est aussi représentée sous forme de fresque sur le site du Mémorial dédié au Che. Au milieu d’une immense place (de la Révolution, bien sûr) trône une monumentale statue en bronze du guérillero en tenue de combat, le bras gauche en écharpe, dont le piédestal porte gravée sa célèbre formule : « Hasta la victoria siempre » !

Encore une heure de route vers le nord et voici Sagua-la-Grande, ville fondée en 1812 par les Espagnols, pour servir de port d’exportation du sucre et de la mélasse. Comme c’était aussi un port de pêche dynamique, qui envoyait le poisson aux USA, la petite ville a connu une période de prospérité, ce qui explique la taille impressionnante de son église, et l’architecture néo-classique des bâtiments qui l’entourent. Sagua-la-Grande n’étant pas (encore) sur les circuits classiques des voyagistes, elle est très peu fréquentée par les touristes, et le voyageur qui la découvre aujourd’hui a un peu l’impression d’être le premier à fouler ces trottoirs éventrés, ces rues trop larges pour une circulation erratique, où les rares bagnoles américaines font vraiment leur âge, et où les vélos et triporteurs (avec ou sans frein !) transportent dans d’invraisemblables équilibres, bêtes, gens, victuailles et encombrants. Les Cubains vous dévisagent un peu plus qu’à l’accoutumée, mais sans insistance, et si l’on engage la conversation, ils veulent tout savoir de vous, votre nationalité, de quelle ville vous venez, et surtout ce que vous faites ici ! Il faut dire que l’animation est limitée, il n’y a guère qu’un bar ouvert le soir, et à priori pas grand-chose à visiter, à part un musée de la musique regroupant quelques vieux instruments. Il faut voir le pont en fer qui enjambe la Sagua, appelé immodestement « el Triunfo », et prendre un verre sur le toit-terrasse du seul hôtel correct de la ville, le Sagua. Lorsque la marina d’Isabela-de-Sagua, à une dizaine de km de la ville, sera fonctionnelle, et que les cayos situés au large seront accessibles, cette paisible bourgade coloniale constituera une halte non dénuée de charme et une alternative pertinente aux excursions plus lointaines vers le sud-est de l’île.    

Au sud de ces deux villes, Trinidad est un bijou de ville coloniale, qui n’a pas bougé ou presque depuis sa période de prospérité au milieu du XIXème s., lorsque l’industrie sucrière battait son plein. Conservé « dans son jus » (de canne), le centre-ville est si bien préservé qu’il est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco. Pour en avoir le meilleur aperçu, il faut monter au sommet de la tour du Palais Canterro, une superbe édifice aux immenses pièces ornées de peintures italiennes, réparties autour d’un patio rafraîchi par une grande fontaine (on dit que lors des réceptions, à la Belle Epoque, elle glougloutait du champagne !). Le palais abrite les collections hétéroclites et poussiéreuses du musée historique municipal, et l’on peut se contenter de monter directement au sommet de la tour pour avoir une vue panoramique sur la ville, dont les clochers blancs des églises se découpent sur les montagnes verdoyantes qui l’entourent. Baladez-vous ensuite dans les ruelles pavées bordées de maisons coloniales aux teintes pastel, vous découvrirez un Cuba provincial et paisible, où les habitants vous parleront de la douceur d’y vivre, tout en se balançant sur leur rocking-chair collé contre les grilles en fer forgé qui enserrent la plupart des fenêtres en rez-de-chaussée. Il y a des groupes de musiciens dans tous les bars et sur toutes les placettes. Au Cancanchara, goûtez au vieux cocktail cubain qui a donné son nom au bar, à base d’eau de vie de canne, de citron vert et de miel. Qui n’a pas siroté un cancanchara ou un mojito dans un bar de Trinidad, n’a pas la moindre idée du plaisir qu’on peut avoir à voyager à Cuba !

Et les plages ?

Toutes les plus belles plages de Cuba, facilement accessibles, se situent sur la côte nord, ourlées par les eaux chaudes et translucides de la mer des Caraïbes. En effet, la plupart des fleuves se dirigent vers le sud, déversant sur cette côte les sédiments qu’ils charrient. Les plages y sont donc moins belles… Le problème, c’est que les plages du nord sont presque toutes occupées par des zones hôtelières denses et sans charme, y compris celles qui sont situées sur des îlots, les cayos. Vouloir trouver une plage de rêve déserte à Cuba relève de la gageure, à moins de parler espagnol, de voyager en autonomie en utilisant les erratiques transports en commun locaux, et d’accepter de loger chez l’habitant dans des conditions de confort sommaires… Les plages situées dans les îlots au large de Sagua-la-Grande (notamment à cayo Esquivel) correspondent à ce profil, mais à l’heure actuelle, elles sont encore inaccessibles… Pour profiter des plages de sable blanc corallien et des lagons couleur émeraude, il faudra donc loger dans un resort « tout compris » de Varadero, de cayo Coco ou de cayo Santa Maria. Cette dernière île, accessible par une digue de 50 km de long, a conservé une plage ouverte aux Cubains, et une autre très peu fréquentée, qui est un petit bijou : la Perla Blanca…

Pratique

Trois compagnies desservent La Havane en 10 h de vol : Air France, Corsair et Air Caraïbes. A partir de 600 € A/R.

Havanatour et Sol Latino, les voyagistes spécialistes de Cuba, ont une offre complète de circuits, autotours et séjours. TUI propose un circuit accompagné « Terres Cubaines » d’une semaine, à partir de 1600 €/p.

Bonnes adresses

Elegancia Suites Habana : maison d’hôte de charme dans le quartier calme de Vedado, avec terrasse, jacuzzi et personnel parlant français. 3 fois par semaine, en fin d’après-midi, une cantatrice cubaine vient chanter a cappella pour les clients : l’opéra à l’apéro, c’est classe ! A partir de 120 €/ch en B&B.

CUBA – La Havane A l’Elegancia suite Habana, un hôtel E dans le Vedado

Nacional (5*), à La Havane : pour son ambiance surannée, son bar mythique, sa terrasse vue mer, et ses chambres historiques nommées d’après les personnalités qui y ont séjourné. A partir de 230 € la ch double, en B&B.

Hotel La Ronda, à Trinidad : Hôtel E (comme Encanto, enchantement) avec chambres confortables donnant sur un patio. A partir de 100 € la ch double en B&B.

Paladar Ceiba, à Trinidad : pour déguster une langouste grillée (spécialité de la maison) en terrasse, à l’ombre d’un énorme fromager. Compter 25 € le déjeuner.

CUBA – Trinidad Langouste grillée au restaurant Ceiba

La Casa del Habano, dans l’hôtel Melia Cohiba : c’est le meilleur endroit pour acheter des cigares : très grand choix, bons conseils, prix corrects. Propose également de vieux rhums.

A lire : Portraits de La Havane, de Valérie Collet (Hikari éditions), où 14 Havanais parlent de leur ville en donnant leurs adresses préférées.  

Destination Cuba : c’est un magazine gratuit consacré uniquement aux attraits touristiques de l’île. Il est distribué lors du Salon mondial du Tourisme, à la Porte de Versailles, à Paris (14-17 mars). On le trouve aussi à l’Ambassade de Cuba (14 rue Presles, 75015 Paris), à l’Office du tourisme Cubain (2 passage du Guesclin, 75015 Paris), ainsi que dans une centaine d’agences de voyage.

CUBA Rhum et coco, les deux mamelles de Cuba

La Thaïlande en tourisme durable

Très loin des plages et des îles du sud dénaturées par le tourisme de masse, voici un itinéraire dans les provinces du Nord de l’ancienne Siam, privilégiant la »green attitude » et le tourisme durable. Une Thaïlande authentique qui ravira les amateurs de nature et de culture.

Chiang Mai, la capitale du nord

Chiang Mai est la seconde ville de la Thaïlande. Elle s’étend dans une vallée verdoyante au cœur du Lan Na, un ancien royaume nourri d’influences birmanes et laotiennes, qui a doté la ville de nombreux temples où s’expriment le meilleur de l’architecture et des arts thaïes. Tel le wat Chet Yod, un temple du XVème s. dont les murs sont sculptés de superbes bas-reliefs de divinités hindoues. Sous son banian sacré, des fidèles prient devant des autels surchargés de statuettes de serpent, l’animal totémique du temple… Après en avoir visité plusieurs, vous comprendrez le rôle important que tient le bouddhisme dans la société thaïlandaise, et vous aurez vu l’incroyable diversité dans leur décoration, parfois kitsch, souvent baroque, toujours fastueuse. Le soir, après une halte dans un salon de massage pour harmoniser vos chakras et soulager vos courbatures, faites un tour au centre-ville pour goûter la « street-food » locale, telle que la soupe Tom Yum à la citronnelle (assez épicée), le pad thaï (nouilles de riz sautées aux crevettes) ou un curry au lait de coco… 

Trek dans la jungle

A 1 h de route de Chiang Mai, la capitale du nord, le parc national Doi Inthanon porte le nom du plus haut sommet du pays, qui culmine au-dessus des forêts de mousson à 2565 m d’altitude. C’est évidemment très humide, et de spectaculaires cascades grondent dans les replis d’un relief vigoureux. Mae Ya est la plus haute chute d’eau du parc, son voile blanc recouvre 250 m de rochers, et forme à ses pieds un brumisateur géant, très agréable en atténuant la chaleur ambiante. La marche d’approche permet d’admirer des orchidées épiphytes, poussant aux creux moussus des arbres, tandis que l’air est parfois zébré par l’éclair bleu d’un martin-pêcheur. Un guide local vous devancera dans la jungle, en s’arrêtant pour vous montrer ce qu’un œil non averti ne saurait déceler – un coléoptère gros comme la main, une plante carnivore, un papillon aux ailes comme un tableau – et pour décrypter les cris d’animaux émergeant de la canopée ou des taillis impénétrables… L’observation directe est rarement possible, mais savoir que des éléphants, des gibbons et des tigres vivent dans cette jungle, procure de vrais frissons d’aventure ! Le parc national de Mae Charim est lui à 1 h de route de la ville de Nan. Il est traversé par la rivière Wa, dont les rapides permettent de faire de belles descentes en rafting. Une autre façon de traverser ces magnifiques forêts aux milles nuances de vert, sous le regard intrigué des singes dans les frondaisons des arbres, et celui amusé des pêcheurs sur les rives…

Rencontres autochtones

Le principal intérêt de voyager hors des sentiers battus du tourisme, c’est de rencontrer des communautés autochtones aux us et coutumes préservées, sans être considéré comme un porte-monnaie à deux jambes. Dans les villages de montagne du nord de la Thaïlande vivent des Akhas, des Hmongs ou des Karens, dont le mode de vie n’a guère changé depuis des siècles, téléphone portable et télévision mis à part… Vivant dans des cases en tek sur pilotis, certains portent un costume traditionnel en coton, tissé et brodé de couleurs chatoyantes, et ne demandent en général pas d’argent si l’on souhaite les photographier. Au contraire des femmes-girafes Padaung, qui vivent dans des villages frontaliers avec la Birmanie, et qui monnayent l’image de leur cou déformé par des anneaux en laiton… Je ne les juge pas de fonctionner ainsi, je condamne plutôt les touristes qui achètent l’image de leur difformité… Je sais bien que pour cette minorité ethnique, c’est un critère esthétique ou une identité culturelle, mais cette « coutume » fait souffrir des femmes, dès l’âge de 5 ans. Pour information, en 2008, le HCR (Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés) a encouragé le boycott par les touristes des villages Kayans (ou Padaung), considérant que les femmes y sont exhibées comme dans un « zoo humain ».  A l’inverse, les villageois que j’ai rencontrés dans mon voyage hors des sentiers battus du tourisme, se montrent touchés par l’intérêt que leur porte le visiteur étranger, et ils acceptent donc de se faire prendre en photo avec un plaisir évident. Ainsi, à Ban Sobhad, un village entouré de rizières dans le parc Doi Inthanon, la tisseuse était visiblement ravie devant l’objectif, et son sourire arc-en-ciel s’harmonisait avec les couleurs de ses cotonnades… Et en plus, son sens inné de l’hospitalité lui a même commandé de nous offrir un thé ou un café ! Parfois, l’accueil est organisé, comme à Samkha, une sorte de village « modèle » qui vit en autosuffisance et qui protège sa forêt de la culture sur brûlis. Nunok, une jeune femme Karen parlant anglais, reçoit de petits groupes chez elle, et explique autour d’un savoureux repas préparé par sa tante, comment la reforestation et la construction de digues ont amélioré leurs récoltes de riz, d’ail et de piment. Assis en cercle sur une natte autour d’un assortiment de plats, chacun trempe des petites boulettes de riz gluant dans les sauces proposées, tout en bombardant Nunok de questions. Alors que son cousin (un jeune bonze) s’est mis à l’écart pour consulter discrètement son smartphone, Nunok résume les principales restrictions auxquelles doivent se plier les moines bouddhistes (il y en a 227 !), et nous explique pourquoi un jeune homme (ou une jeune femme, il y a des nonnes habillées de blanc qui servent dans les temples), accepte ces règles contraignantes dans la société contemporaine…  Un bel exemple de tourisme durable... Dans le même ordre d’idée, je citerai l’exemple du « Royal Project » du parc Doi Inthanon, situé à côté du village de Klunklang : dans le but d’inciter les tribus montagnardes à ne pas pratiquer la culture sur brûlis (ce qui aggrave la déforestation), ni la culture d’opium, le gouvernement thaïlandais a formé ces villageois à des techniques d’agriculture modernes et respectueuses de l’environnement, tout en leur fournissant l’équipement et les outils pour le faire. Le site est splendide et se visite, le tourisme étant une composante du projet, car une partie de ce qui est produit sur place est cuisiné et servi dans un restaurant sur pilotis surplombant les cultures ! C’est génial comme idée, et à la satisfaction de voir la population travailler dans des serres de culture hydroponiques, des champs de fraises ou de salade, ou dans une ferme piscicole, s’ajoute le plaisir de retrouver tous ces produits dans son assiette. On ne peut pas manger plus local, avec des saveurs thaïe épicées, c’est un régal, et en plus tout est bio !   

THAÏLANDE – Parc national Doi Inthanon Petite fille devant un champ de fraises bio

De fabuleux temples bouddhistes

La religion tient une place capitale dans la vie des Thaïlandais. Le bouddhisme, teinté d’animisme dans les tribus du nord, régit la vie de tous les jours. Devant chaque maison ou commerce, les gens se recueillent en joignant les mains près du menton devant de petits autels chargés d’offrandes aux esprits. Dans chaque région, les temples (wat) reflètent l’architecture et le style décoratif des civilisations qui les ont influencées : l’Inde du sud au wat Chet Yod de Chiang Mai ; la Birmanie au wat Si Rong Muang de Lampang, rouge et or jusque sur ses toitures étagées, surchargé de dorures, de verres colorés et d’innombrables statues de bouddhas au regard bienveillant, sur lesquelles les gens pieux collent de petites feuilles d’or… Le wat Phumin de Nan abrite des peintures murales extraordinaires, véritables BD racontant la vie de Bouddha. Une fresque est particulièrement célèbre, celle de ce couple d’amoureux coiffés et habillés à la mode thaïe Lue, où un homme tatoué susurre des mots doux à l’oreille d’une femme au sourire complice, qui lui effleure le genou. Cette scène osée pour l’époque, reprise par tous les peintres et illustrateurs du pays, montre le vrai visage de la Thaïlande : une civilisation raffinée et délicate, à mille lieues des turpitudes de Pattaya ou de Phuket…

THAÏLANDE – Nan Jeune bonze du wat Phra That Khao Noi

Prolongation balnéaire au sud de Bangkok

Pour ceux qui ne conçoivent pas de voyage en Asie sans profiter tant soit peu des plaisirs balnéaires, la Thaïlande du sud offre l’embarras du choix. Mais sans descendre jusqu’à Phuket, il est possible de s’arrêter à Hua Hin, une grande station balnéaire un peu chic, pas trop éloignée de Bangkok, fréquentée par le gratin de la capitale. Vous y trouverez de bons hôtels, des restaurants spécialisés en fruits de mer, installés sur la plage, et toute la palette habituelle d’activités nautiques… Les plages ne sont pas à tomber à la renverse, c’est pourquoi vous en profiterez pour faire quelques excursions sympas. Par exemple faire un safari au parc naturel national de Kuiburi. On s’installe à l’arrière d’un 4×4, qui sillonne à faible vitesse des pistes jalonnées de postes d’observation. Il pleuvait à verse pendant mon safari, mais nous avons quand même pu observer une troupe d’éléphants qui se baignaient dans une mare. Voir ces pachydermes insouciants dans leur élément naturel, s’aspergeant et prenant un plaisir visible à leur bain, c’est tout de même autre chose que de voir des éléphants piétiner dans un zoo, ou dressés à balader des touristes, quand ils ne sont pas asservis aux rudes travaux de débardage en tirant de lourdes grumes de bois… De plus, l’argent dépensé dans cette réserve revient intégralement aux paysans du coin, puisque ce sont eux les chauffeurs et les guides du safari ! Encore un bel exemple de tourisme durable. Par contre, je déconseille le Khao Deng canal boat trip, une excursion proposée dans tous les hôtels, consistant à faire un tour de bateau sur des canaux marécageux. Le cadre est superbe, avec ces falaises karstiques bordant la mangrove, mais le moteur pétaradant est si bruyant (et polluant !) qu’il gâche tout le plaisir de la balade, en plus de faire fuir toute la faune… Quand on pense qu’il suffirait d’un moteur électrique pour transformer cet attrape-touriste en balade merveilleuse… Enfin, il nous a été signalé, dans la région, une excursion à faire absolument, que je n’ai malheureusement pas eu le temps de faire : il s’agit de la grotte Phraya Nakhon, le joyau du parc national de Sam Roi Yot. Accessible à pieds après un petit trek, la grotte abrite une modeste construction érigée sur un tertre, un petit pavillon royal construit en 1890 à l’occasion de la visite du roi Rama V. Si votre guide a bien calculé son coup, vous devrez arriver au moment où les rayons de soleil éclairent quasi miraculeusement ce temple en passant par une ouverture au sommet de la grotte, et en le nimbant de lumière : il paraît que c’est magique ! (Je joins une photo prise sur google images…)

Mon voyage pratique

Y aller : La Thaï Airways a un vol direct quotidien Paris-Bangkok en A380, à partir de 839 € A/R. https://www.thaiairways.com/fr_FR/index.page?gclid=EAIaIQobChMIxafNiM6V3wIVTLvtCh0jVwo3EAAYASAAEgKpEPD_BwE

Voyagiste : Grâce à son réceptif local très réactif, Evaneos vous concoctera un itinéraire sur mesure en Thaïlande du nord, à partir de 900 €/p pour 7 nuits en B&B. www.evaneos.fr

Séjourner :

Au Rati Lanna de Chiang Mai, un somptueux 4* « éco-friendly », situé au bord de la rivière Ping. A partir de 250 €/ch en B&B.

THAÏLANDE – Chiang Mai Hôtel Rati Lanna Riverside

Coup de cœur pour le très « roots »  Giant Bamboo Hut, une maison tout en bambou en forme de bateau, au charme fou, au milieu des rizières de Doi Inthanon. Compter environ 80 € la nuit pour 2 en pension complète. Réservation sur Facebook.  https://www.facebook.com/Giant-Bamboo-Hut-356513381353632/

Nan Seasons boutique resort : 7 villas en tek noyées dans la verdure, surplombant les rizières. A partir de 70 €/ch en B&B.

Evason Hua Hin : situé à Pranburi, à l’écart de l’animation de Hua Hin, magnifique 5 * aux chambres spacieuses, donnant dans un jardin tropical. Idéal pour une cure de bien-être, grâce à la zénitude de sa piscine, et surtout grâce à son spa The Six Senses, l’un des plus réputés de Thaïlande. A partir de 250 €/ch double en B&B. 

THAÏLANDE – Pranburi A l’hôtel Evason

Onusa retreat, au sud de Hua Hin : superbes villas en tek abritées dans un jardin tropical, à deux pas de la mer. Le proprio est un australien qui s’appelle…Gary Cooper ! A partir de 150 €/ch en B&B.

Se restaurer :

Huean Hom, à Nan : juste à côté du wat Phumin, restaurant à la clientèle exclusivement thaïe, qui fait un délicieux khao soï, le plat du nord emblématique, avec des nouilles de blé au bouillon de coco, des épices et de la viande. Pas cher du tout…

Let’s SeaBeach, à Hua Hin : jolie terrasse vue mer pour ce restaurant de poissons à la cuisine raffinée. Compter 30 €/p.

Bien-être : Oasis Spa (Sam Lan Road), à Chiang Maï : un havre de paix et de douceur au cœur du bruyant centre-ville. Le traditionnel massage thaï de 2 h est à seulement 45 € !

THAÏLANDE – Nan

Se renseigner : http://www.tourismethaifr.com  

Mayotte, l’île aux parfums

Le 101ème département français est une destination touristique injustement méconnue, qui a tout pour séduire les métropolitains avides de soleil, d’exotisme et de sécurité. On y va en famille pour découvrir sa faune et sa flore étonnante, et pour profiter de ses plages de rêve aux doux effluves de vanille et d’ylang-ylang…

MAYOTTEBaie de Acoua
MAYOTTE Baie de Acoua

 

« Caribou » ! C’est ainsi qu’on est accueilli à l’aéroport de Dzaoudzi, et il ne faut pas s’en formaliser ni croire qu’après un long voyage, on a une tête d’ongulé nord-américain… Caribou, cela signifie bienvenue dans cette petite île nichée dans la partie orientale de l’archipel des Comores, devenue, le 31 mars 2011, département français d’outre-mer. L’aéroport étant situé à Petite-Terre, une île de 16 km² où se sont implantés les premiers colons, une grande barge la relie toutes les 30 ‘ à l’île principale, la Grande Terre. Mamoudzou, la capitale, est une ville administrative surpeuplée qui n’a guère d’intérêt. On flânera dans le quartier des belles maisons coloniales aux jardins débordant de bougainvillées, et à la descente de la barge, on fera un tour au marché pour se régaler de mangues ou de petites bananes délicieusement parfumées. Attention, les photos ne sont pas toujours les bienvenues. 95 % de la population est musulmane, et si vous ne demandez pas l’autorisation, vous risquez de vous faire sévèrement houspiller par des bouenis, des mamas au tempérament aussi vif que les couleurs de leur pagne…

C’est ce qu’expliquera votre guide ou le chauffeur de taxi sur la route qui vous mènera à votre hôtel. Les Mahorais pratiquent donc la religion musulmane, mais tout en intégrant un animisme proche des Tamouls. Il y a une forte influence culturelle malgache et indienne, d’ailleurs 40 % des Mahorais proviennent de Madagascar, la grande île voisine. Ici, le métissage intense se lit sur les visages, qui trahissent un mélange harmonieux entre des origines d’Afrique centrale ou de l’Est, du Moyen Orient, d’Europe ou d’Asie. D’un point de vue géographique, cet ancien volcan sans volcan est protégé par deux barrières de corail, ce qui fait de Mayotte l’un des plus grands lagons fermés du monde. La faune et la flore sont assez bien préservées, et l’île abrite de nombreuses espèces végétales ou animales endémiques, tels que le baobab ou le souïmanga, un petit oiseau proche du colibri. Au Jardin Maoré, l’une des meilleurs adresses hôtelières de Mayotte, occupant le bout d’une péninsule au sud de l’île, vous aurez aussi de grandes chances de pouvoir observer des tortues marines. En effet, sa plage est un lieu de ponte pour ces merveilleux animaux, et l’herbier qui descend en pente douce sert de pâturage aux tortues vertes et aux tortues imbriquées. Comme elles sont placides, vous pourrez les côtoyer sans crainte en ayant pied ou en nageant avec palmes, masque et tuba. De plus, l’hôtel organise des sorties en mer, avec ou sans plongée, lors desquelles il n’est pas rare de croiser la route d’une des six espèces de dauphins fréquentant le lagon, ou, entre juillet et octobre, des baleines à bosses de 30 tonnes, avec ou sans leurs baleineaux… En cette saison, nombreux sont ceux qui croient voir le panache de vapeur projeté par ces mégaptères. C’est souvent faux ! En fait, il se trouve que la barrière de corail du lagon est assez éloignée des côtes, et les déferlantes qui s’y écrasent provoquent des franges écumeuses à l’horizon, ressemblant fort à ces respirations de cétacés… Cerise sur le gâteau, ou plutôt meringue sur le lagon, le bateau accoste en général sur l’îlot de sable blanc (c’est son nom), un banc de brisures de corail formé par les courants. Totalement désert et vierge, cet îlot sert de robinsonnade aux touristes ravis, autant éblouis par la couleur irréelle du lagon, que par la blancheur immaculée du substrat corallien.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Le tour de l’île fait environ 175 km, il peut être fait en 2 jours. Parmi les excursions à ne pas manquer, il y a l’écomusée de Bandrélé. Ce petit musée du sel met en valeur le travail des « mamas shingos » (mamans du sel en mahorais). Ces femmes mettent en œuvre ici une technique unique de production de sel à partir de limon, une activité ancestrale d’origine bantou, transmise de génération en génération… Les mamas ne parlent pas trop français, mais des panneaux explicatifs viennent pallier les difficultés de communication… Les petits paquets de sel vendus à la boutique permettent à l’association de perdurer son action sociale, et c’est une bonne idée de cadeau ! Non loin de là, à Bambo Est, faites un arrêt à la Musicale plage, non pour écouter quelque groupe folklorique, mais pour voir l’un des plus gros baobabs de l’île : il faudrait une trentaine de personnes pour faire le tour de sa circonférence en se donnant la main ! Le centre et le nord de l’île sont verdoyants, on peut y faire des randonnées pédestres d’1/2 journée à 2 journées avec bivouac, accompagnées d’un guide, bien sûr. Il vous expliquera tous les secrets de la brousse et les utilisations des plantes dans la pharmacopée traditionnelle. Chemin faisant, vous rencontrerez certainement des groupes de makis, ces lémuriens au poil roux qui délaissent volontiers la recherche de fruits dans la forêt pour profiter des petites bananes que leur lancent des touristes au grand cœur. Ce qu’il ne faut pas faire, bien sûr, afin qu’ils conservent leur mode de vie forestier. Trop nombreux sont ceux qui ont renoncé à la vie sauvage, car certains hôtels ont comme pensionnaires ces facétieuses petites boules de poil, toujours promptes à sauter sur une table ou sur une épaule, s’il y a une friandise ou un fruit à glaner… Vous visiterez sans doute une petite unité de distillation de l’ylang-ylang, cet arbuste aux branches tortueuses et aux délicates fleurs blanches, dont le parfum envoûtant a une note déterminante dans le bouquet de certains parfums de Chanel ou de Guerlain… Vous ne verrez probablement pas la récolte des fleurs, car celle-ci se fait exclusivement le matin, de 5h30 à 9h. Les femmes cueillent les fleurs fraîches une à une, et elles partent tout de suite à la distillation, pour conserver au maximum leur puissance aromatique.

Des traditions intactes

Bien qu’il soit possible de visiter l’île en liberté (les routes sont correctes, et les principaux itinéraires sont côtiers), il est conseillé d’avoir un guide à ses côtés, afin de ne pas passer à côté d’une des richesses de Mayotte : ses particularismes culturels. Par exemple, vous ne remarquerez pas forcément, à la sortie des villages, ces petites cases décorées de peintures, de dessins ou de tags : votre guide vous expliquera que ce sont des bangas, des garçonnières dans lesquelles les garçons s’émancipent à l’adolescence, en y amenant leurs premières copines… Il pourra vous présenter aussi à un fundi (« celui qui sait ») , en général un vieil homme expert dans son domaine, mi-sorcier, mi-guérisseur… Il vous racontera comment se déroulent ici le mariage, très importante cérémonie qui dure 3 semaines, qui demande des mois de préparation et des années d’économie… Les femmes mahoraises sont expertes en soins de beauté. Très souvent, elles protègent la peau de leur visage de brûlures du soleil et des insectes en appliquant un masque blanc ou jaune, le tzinzano, fait à partir de bois de santal râpé et/ou de kaolin. Il est parfois additionné d’autres produits naturels selon l’effet recherché : avec de l’avocat pour éclaircir la peau, ou de l’huile de sésame pour son action anti-âge. Et lors des cérémonie, ou tout simplement pour paraître belle, le visage est peint de motifs astronomiques, floraux, géométriques, qui parent les joues et le front. Pour tout savoir sur cet art du maquillage traditionnel, il faut aller voir Taambati. Cette mama mahoraise tient table et chambre d’hôtes à Bouéni (Au Santal Logis), et c’est une figure locale incontournable. Très investie dans le développement de Mayotte, elle a créé l’association  » Ouzouri wa m’troumche  » qui veut dire  » la beauté de la femme « . En plus d’être une cuisinière hors pair, et d’avoir toujours le sourire, c’est une maquilleuse et masseuse professionnelle qui adore faire partager ses petits secrets de beauté aux voyageuses. Après avoir râpé du bois de santal, et étalé sur une feuille de bananier des fleurs de jasmin, d’ylang-ylang, des pétales de rose, du patchouli, du mimosa et du lait de coco, elle prépare devant vous ses potions et onguents dont elle se sert pour vous prodiguer des massages ou vous faire un véritable masque de beauté mahorais ! Et comme un bonheur ne vient jamais seul, vous pourrez après déguster le pilao, le plat national, une sorte de couscous à base de riz, ou du poisson cru mariné, ou un poulet coco… Si cela vous plaît, Taambati propose aussi des ateliers cuisine !

 

Pratique

Y aller : Corsair et Air Austral proposent des vols directs avec la métropole.

Sur place : Baobab Tour est la meilleure agence réceptive de l’île. Son responsable mahorais, Attoumani, est un ancien guide, et connaît l’île et ses sentiers comme sa poche. Baobab Tour

Séjourner :

* Le Jardin Maoré, à la Pointe N’Gouja : des bungalows confortables dans un jardin tropical, tout près de la plage, flanquée de baobabs centenaires. Le soir, une association naturaliste présente à la clientèle des conférences sur les tortues marines, qui viennent pondre directement sur la plage.  Jardin Maoré

* Le Sakouli, à Bandrélé : vastes bungalows climatisés face au lagon. Superbe piscine à débordement, jacuzzi, et son restaurant est l’une des meilleurs tables de l’île. Sakouli

* Le Santal Logis, à Bouéni : 5 chambres d’hôtes très propres mais au confort sommaire. On y va pour Taambati ! Moins de 30€/p en 1/2 pension. Tél : 02 69 62 60 13

Se renseignerMayotte tourisme

 

Les eaux-de-vie d’Alsace

En terme d’alcools, l’Alsace est surtout connue pour produire des vins blancs tranquilles et du crémant. Mais il ne faut pas oublier que la région produit aussi de délicieuses eaux-de-vie, à partir de fruits issus des vergers de ses verdoyantes vallées !

Allez, une p’tite poire, pour la route ? En fin de repas, c’est une proposition qui ne se refuse pas, surtout si l’on ne conduit pas après… Pourtant, cette habitude de prendre à la fin d’un repas une eau-de-vie digestive s’est perdue, et n’est plus pratiquée que par les personnes « d’un certain âge ». Cet ajout d’alcool à la fin d’un repas déjà bien arrosé par un apéritif et du vin, ne passe plus pour une population hantée par la peur d’un contrôle routier d’alcoolémie. Et par la prise de conscience qu’entre boire et conduire, il faut choisir. Il y a aussi ceux qui n’aiment pas ces alcools forts, ou qui ne les supportent que mélangés à un jus de fruit, ou à du café. Il est vrai que parfois, le tonton qui revient de la campagne sort une bouteille à la provenance douteuse qui a tout du tord-boyaux, et on suspecte ses rots d’être inflammables…  Je faisais moi-même partie de ceux qui n’aimait pas « la gnôle », jusqu’au jour où j’ai goûté une eau-de-vie de poire très parfumée, qui a concentré dans mon palais l’équivalent d’une cagette de poires Williams ! Je ne me souviens plus quelle était sa provenance, mais j’ai retrouvé en Alsace, lors de ce reportage, l’effet « waouh » provoqué par une eau-de-vie de qualité, non agressive, dont l’alcool n’est pas un but, mais un moyen de transmettre toutes les saveurs d’un fruit. Comme pour la framboise sauvage de Massenez : quand on trempe les lèvres dans ce divin breuvage, la saveur délicate de ce fruit explose en bouche, et plusieurs minutes après, on a toujours l’impression d’être dans un sous-bois, et d’avoir croqué une poignée de ce petit fruit rouge sauvage, si parfumé ! La distillation est vraiment le procédé qui permet le mieux d’extraire fidèlement toutes les composantes aromatiques d’un fruit, d’une plante, ou d’une épice.

Des eaux-de-vie au gingembre ou au poivron

Il y a en Alsace une forte tradition de distillation de fruits ou de céréales. Déjà, au XVIIème s., on distillait un peu partout le marc de raisin. Mais alors qu’ailleurs en France on distillait principalement un fruit (pomme pour le calvados, raisin pour l’armagnac…), en Alsace, la diversité des vergers a conduit les distillateurs à ne pas se spécialiser, et à proposer toute une gamme d’eaux-de-vie qui surprennent par leur diversité de goût : d’abord avec les prunes (mirabelle, quetsch, prunelle sauvage, prune), les fruits rouges (framboise, cerise, fraise, mûre, myrtille), les poires, coings et abricots, mais aussi avec toutes sortes de baies (sureau, sorbier, genévrier, baie de houx…), de plantes telle que la gentiane, le basilic ou le gingembre, et même avec des fruits tels que la noix, le melon, le citron, la banane ou l’ananas ! En fait, il n’y a pas grand-chose qui rebute les distillateurs, qui distilleraient même leur grand-mère s’ils le pouvaient. Par exemple, Philippe Traber, de la distillerie Metté, propose des eaux-de-vie aux bourgeons de sapin, au café, à la cannelle, au cumin, au cacao, aux fleurs de pissenlit, à l’asperge, au poivron et même au poivre ! Et cette liste est loin d’être exhaustive… Inutile de préciser qu’il est impossible de tout goûter quand on va dans sa boutique, il faut se lancer et choisir le ou les goûts qui vous plaisent le plus !

« Eau-de-vie », kezaco ?

Le principe de fabrication d’une eau-de-vie est assez simple, comme l’explique Lionel Meyer, distillateur à Hohwart : « Il faut de 8 à 10 kg de fruits pour faire un litre d’eau-de-vie. Les fruits à noyaux sont lavés, broyés et mis à fermenter 3 à 5 semaines, puis passés dans des alambics qui concentrent leurs arômes dans la vapeur. Pour les fruits à pépins, qui ne fermentent pas naturellement, il faut une macération préalable. En refroidissant, la vapeur se condense en donnant à la sortie de l’alambic une eau-de-vie titrant entre 65 et 75 ° d’alcool. Celle-ci est diluée avec de l’eau pour passer à 45 ° minimum, puis refroidie à 4 °C et filtrée. L’affinage en cuve inox (sauf pour les prunes mises en fût de chêne, d’où la couleur brune de son eau-de-vie) peut alors commencer. Il durera deux ans minimum pour les séries classiques, quatre ans pour les réserves, et vingt ans pour les gammes d’exception ».  Au fait, savez-vous pourquoi ces alcools sont appelés « eau-de-vie » ? L’aqua vitae est fabriquée à partir de fruits depuis le Moyen Âge par des alchimistes, qui prétendaient que c’était un élixir de longue vie. En effet, le fort degré d’alcool de ces boissons leur procurait des vertus antiseptiques, et l’on en administrait allègrement pour soigner tout un tas d’infections externes ou internes, allant de la blessure de guerre au choléra ou à la peste, en passant par les coliques… Ces alcools forts étaient aussi préconisés pour fortifier les enfants, et leur usage « pédiatrique » ne fut abandonné qu’au début du XXème s…  Une petite « goutte » dans le biberon des enfants ne pouvaient leur faire que du bien, croyait-on alors ! Réservons bien sûr l’eau-de-vie aux adultes, et avec modération, encore !

A la boutique Miss Massenez

La route des eaux-de-vie

De même qu’il existe une route des vins en Alsace, il existe une petite route des eaux-de-vie. Elle remonte le val de Villé (à 50 km au sud de Strasbourg), et relie trois distilleries incontournables de la région : Massenez à Dieffenbach-au-Val, Meyer à Hohwarth et Nusbaumer à Steige, cette dernière disposant d’un petit musée de la distillation dans sa boutique-caveau.  La particularité de Massenez est d’avoir ouvert une boutique proposant une façon originale de consommer des eaux-de-vie, crèmes et liqueurs, sous forme de cocktails. Une façon astucieuse de tenter de rajeunir l’âge moyen des consommateurs… Quant à Meyer, qui collectionne les médailles d’or au concours Général Agricole de Paris, cette distillerie produit aussi un excellent whisky pur malt élevé en fût de chêne. Pendant la visite de ces distilleries, n’hésitez pas à demander la provenance des fruits, ils ne proviennent pas tous d’Alsace, les céréales (principalement le maïs) et les vignes ayant réduit les autres cultures à peau de chagrin. La plupart des framboises sauvages proviennent d’Europe de l’Est, par exemple. Mais il reste des fournisseurs locaux, notamment pour la cerise, ce qui donne de délicieux kirschs…  Il faut savoir aussi que depuis 2015, cinq eaux-de-vie ont décroché l’IGP : le kirsch d’Alsace, la questch d’Alsace, la mirabelle d’Alsace, la framboise d’Alsace, et le whisky d’Alsace. Pour les quatre eaux-de-vie de fruits, ce label garantit que les fruits sont récoltés et distillés en Alsace (sauf pour la framboise), dans des alambics en cuivre, affinés 6 mois minimum (2 mois pour la framboise), et produisant une eau-de-vie finie à au moins 45 % vol.

Emblème de la distillerie Nusbaumer

Mes bonnes adresses

Voici 5 distilleries figurant parmi les meilleures d’Alsace :

– Massenez, à Villé : https://massenez.com/

– Metté, à Ribeauvillé : https://distillerie-mette.com/

– Meyer, à Hohwart : http://distilleriemeyer.fr/fr/

– Miclo, à Lapoutroie : https://www.distillerie-miclo.com/

– Nusbaumer, à Steige : https://www.jos-nusbaumer.com/

5 eaux-de-vie d’exception

La charcuterie corse

Hélas souvent galvaudée, la véritable charcuterie corse a le goût unique de son terroir. Pourquoi est-elle si savoureuse, et comment faire le tri entre l’authentique de caractère et la fade copie industrielle ? Existe-t-il un label de qualité auquel se fier ? Pour le savoir, il faut se rendre sur place et rencontrer des éleveurs et des producteurs, fiers de leurs salaisons et de leur savoir-faire.

Stéphane Paquet visite ses cochons Nustrale en compagnie d’un autre éleveur, Paul Casamarta

Le 4×4 de Stéphane Paquet cahote sur un chemin bosselé de Sampolu Giovicacci, au-dessus de Bains-de-Guitera, en Corse du Sud. A 1300 m d’altitude, sous les sommets enneigés de Punta di Forco d’Olmo, la châtaigneraie parée des couleurs d’automne s’étend à perte de vue. Stéphane (qui était alors président du syndicat de défense et de promotion des charcuteries de Corse) s’arrête au bord d’une parcelle, et s’avance dans le champs en compagnie de Paul Casamarta, un éleveur-producteur de charcuterie corse traditionnelle. Immédiatement, des cochons noirs et blanc sortent des frondaisons et s’approchent d’eux en grognant, curieux de cette visite impromptue. Constatant qu’on ne leur apporte rien de bon, les porcs reprennent vite, le groin à ras du sol, leur quête de châtaignes. Il faut dire qu’à cette période de l’année, c’est l’essentiel de leur nourriture, et c’est justement cela qui confère à leur viande son caractère, son gras et son goût si particulier. Cela, et la race des porcs. Stéphane Paquet explique : « En Corse, l’élevage de porcs relève d’une tradition pastorale ancestrale reposant sur l’utilisation du territoire montagnard par des animaux de race endémique connue sous le nom de « Nustrale » (la nôtre). C’est une race rustique à croissance lente, qui se distingue par sa capacité génétique à faire du gras avec en particulier un taux de persillé élevé. Leur élevage la plupart du temps en liberté suit le rythme des saisons : en été, on les monte en estive, au-dessus de 1200 m d’altitude, là où ils trouvent des herbes, racines, glands de hêtre, ainsi qu’un complément alimentaire tous les 3 à 4 jours. C’est l’époque où est programmée la mise bas des femelles, de manière à ce que l’année suivante, les porcs âgés de plus de 1 an soient « finis » aux fruits d’automne les 45 derniers jours de leur engraissement. En automne, quand les châtaignes sont prêtes à être récoltées, les cochons sont rentrés et chacun ramasse les plus belles châtaignes. 40 jours plus tard, les cochons sont relâchés dans la châtaigneraie, et c’est à eux de se goinfrer ! Quand les châtaignes sont épuisées, on les fait descendre dans des forêts de chênes verts, pour qu’ils se nourrissent de glands. De novembre à février, ces châtaignes et ces glands constituent le meilleur des festins, et donnent à leur viande un goût subtil de sous-bois et de noisette. Comme autrefois, l’abattage des porcs Nustrale, qui sont donc âgés d’un an et demie, a lieu exclusivement durant la période d’hiver. Contrairement aux autres porcs élevés en batterie sur le continent et utilisés pour la charcuterie soi-disant corse, abattus toute l’année au bout de 6 mois d’un engraissement intensif… »

La fabrication traditionnelle

Retour en plaine, à Murato, à l’atelier de charcuterie de Patrick Fiori. Alors qu’il embosse de gros saucissons, cet éleveur-producteur détaille les principaux éléments constituant la charcuterie corse : « Après l’abattage (a tumbera) réalisé en hiver encore parfois à la ferme, l’animal est dépecé et découpé, et la viande transformée. On le sait, tout est bon dans le cochon, et rien ne sera perdu, du sang aux entrailles en passant par la tête ou les pattes… En ce qui concerne la charcuterie, les deux pattes arrière sont parées et salées au sel sec, poivrées, puis mises à sécher de longs mois en cave pour se transformer en jambon sec (prisuttu) ; l’échine salée servira à faire la coppa embossée dans le caecum, qui sera ficelée, fumée et séchée ; le filet et le carré de côtes donnera le lunzu, préparé comme la coppa ; la poitrine servira à faire de la panzetta, et le reste, mixé plus ou moins gros, parfois fumé et séché, servira à confectionner différents types de saucissons poussés dans le suivant ou la rosette. Il ne faut pas oublier le figatellu, une fine saucisse fumée, en forme de U, à base de foie, qui se consomme rôtie au feu, quelques semaines après sa fabrication ! » C’est d’ailleurs pour cela qu’il est si rare d’en trouver, les connaisseurs se les arrachent, ou les réservent : un figatellu vendu après le mois d’avril a donc peu de chances d’être issu de la charcuterie corse traditionnelle… Après l’embossage des saucissons, le temps est venu de la maturation et du séchage des viandes, et ça prend du temps. Généralement, les saucissons et les jambons de qualité sont séchés et affinés à la ferme, au frais dans des pièces sombres et ventilées. Au cours de différents reportages en Corse, j’ai eu l’occasion de visiter plusieurs fermes qui produisent de la charcuterie haut de gamme, et ce qui m’a stupéfié, c’est de voir les conditions d’hygiène des pièces où étaient suspendus jambons et saucissons : caves aux murs moisis ouvertes aux courants d’air, toiles d’araignées partout, sol en terre battue… A 1000 lieues des salles blanches aseptisées, à l’hygrométrie contrôlée, dans lesquelles s’affinent les charcuteries du continent. Et pourtant, au goût comme en qualité, c’est le jour et la nuit ! La charcuterie traditionnelle est savoureuse et équilibrée, fondante et parfumée, tandis que la charcuterie industrielle est souvent trop salée ou fumée, pour donner l’illusion d’une puissance aromatique qui n’est pas apportée par la viande… Cette distinction m’a été confirmée par François Casabianca, ingénieur à l’INRA de Corte. Pour lui, il ne fait aucun doute que la race porcine corse, à croissance lente, a une incidence forte sur le plan organoleptique : la viande est bien rouge et persillée, et son gras, légèrement rosé, joue un rôle dans les arômes qui se développent au cours de la maturation du jambon. C’est lui qui m’a appris que certains fabricants de charcuterie corse, pour faire face à une demande saisonnière importante, utilisent sans le dire des carcasses d’animaux importés (porcs sur pied de Bretagne ou morceaux prédécoupés en provenance d’Espagne ou des Pays-Bas), et tentent de « corsifier » la viande en la fumant un peu ou en la ficelant ! Et parfois ils ajoutent du sucre et des ferments… Alors comment faire pour séparer le bon groin de l’ivraie ?

Le point sur les labels

Heureusement, les efforts de Stéphane Paquet et des défenseurs de la véritable charcuterie corse n’ont pas été vains, et l’INAO a accordé en 2011 l’AOC pour le prisuttu, la coppa et le lunzu. Ce label garantit que la charcuterie est obtenue à partir de porcs de race nustrale élevés en Corse, avec des porcelets nourris sous la mère (sans lait artificiel), bénéficiant d’un parcours avec densité maximum de 5 porcs par hectare, qui passent un minimum de 45 jours en engraissement naturel sous les chênes et les châtaigniers, et qui sont abattus en hiver à 12 mois minimum. Le jambon AOC devra perdre au moins 25 % de son poids au séchage, et être commercialisé avec un minimum de 12 mois. Le lunzu AOC doit être affiné au moins 2 mois et vendu à 3 mois minimum. La coppa AOC doit être affinée au moins 2 mois, et vendue à 5 mois d’âge minimum.

Là où ça se « corse », c’est qu’un consortium regroupant 11 entreprises charcutières familiales de Corse (qui revendique 75 % de la production de l’île), a obtenu l’indication géographique protégée (IGP) pour 7 de ses produits : lonzu, coppa, bulagna, panzetta, figatellu, saucisson sec et prisuttu. Des produits qui auront droit à l’appellation « Charcuterie de l’île de Beauté ». Or, ce label rivalise avec l’AOC, ce qui provoque la confusion chez le consommateur, car il ne sait plus à laquelle se fier ! En effet, l’IGP garantit des porcs d’origine 100% française et des produits transformés en Corse, mais sans exiger une race particulière ni une provenance des porcs, qui peuvent venir de Bretagne ou d’ailleurs en France (bonjour l’empreinte carbone !). Seule la charcuterie AOP garantit des porcs corses et une charcuterie transformée sur l’île, qui a de facto droit à l’appellation « charcuterie corse ».  Enfin, comme si la situation n’était pas assez compliquée, une charcuterie corse (l’Atelu Corsu) a obtenu en 2016 le Label Rouge pour ses saucissons, sa rosette et sa coppa. Si le Label Rouge garantit une fabrication contrôlée et une qualité générale du produit, il ne garantit pas la race des porcs, qui peuvent donc aussi provenir de Bretagne… Finalement, la meilleure façon de déterminer si une charcuterie corse est de qualité, c’est de la goûter ! Venez en Corse, demandez aux insulaires où ils achètent leur charcuterie, posez des questions dans les boutiques sur le mode de fabrication et la race des porcs, votre curiosité sera récompensée car vous éviterez ainsi qu’on vous traite comme « u pinsuttu » (un touriste à la voix pointue) à qui l’on peut vendre n’importe quoi, du moment que cela a l’apparence locale…   

Les bonnes adresses

Voici une liste de boutiques vendant de la charcuterie corse de haute qualité :

  • U Muntagnolu, 15 rue César Campinchi, à Bastia. https://www.umuntagnolu.com/
  • L’Orriu, cours Napoléon, à Porto Vecchio. https://www.lorriu.fr/
  • San Mighele, U Peru, à Murato
  • Atelu Corsu, route d’Alata, à Ajaccio
  • U Stazzu, 1 rue Bonaparte, à Ajaccio
  • Tempi Fa, 7 av Napoléon, à Propriano
L’Orriu, à Porto-Vecchio

Le Bleu d’Auvergne, un persillé de caractère

Dans la famille des fromages à pâte persillée au lait de vache, le Bleu d’Auvergne se distingue par une saveur puissante qui le rapproche du roquefort. Je me suis rendu sous le volcan du Puy de Sancy pour percer ses secrets de fabrication…

Au cœur du Massif Central, on raconte que c’est un fermier du Puy-de-Dôme, Antoine Roussel, qui a « inventé » le Bleu d’Auvergne au milieu du 19ème siècle. Il imagina ensemencer le lait de ses vaches avec la moisissure bleue qui se formait sur du pain de seigle rassis. Et il eut aussi l’idée géniale de faire des trous dans le fromage avec une aiguille à tricoter, ce qui l’aérait et permettait à la moisissure de se développer de façon homogène ! On ne sait pas si c’est vrai, mais l’Antoine a tout de même son buste qui trône fièrement devant l’église de Laqueuille, dans le Puy-de-Dôme…

Antoine Roussel, l’inventeur du Bleu d’Auvergne

Affinage et pâturage

Bienvenue au pays du Bleu d’Auvergne (dûment fléché par des pancartes sur les routes du département), ses paysages ondulés par les rondeurs volcaniques, ses vertes prairies, ses petits villages en pierre et ardoise, ses laiteries remplies de bons fromages… C’est dans l’une de ces petites laiteries artisanales que j’ai rendez-vous avec Dominique Vergnol, producteur de Bleu d’Auvergne à Avèze, un village situé à une quinzaine de km à vol d’oiseau du Puy de Sancy. D’emblée, il insiste sur le fait que ce fromage a obtenu en 1975 l’appellation d’origine contrôlée (AOC et AOP ). Cela garantit un ensemble de contraintes liées au terroir et à la méthode de fabrication qui assurent une certaine qualité au produit final. Dans ce cahier des charges, il est spécifié par exemple que les vaches doivent avoir un minimum de 150 jours de pâturage (ce qui exclu le lait des « usines » où les vaches ne sortent jamais de leur stabulation), et que les fromages doivent être affinés au minimum 4 semaines. « C’est important, car cela donne le temps au fromage de développer des arômes complexes et subtils à la fois » affirme Dominique.

Un bleu coiffé et piqué

Mais n’allons pas trop vite. Revenons à la prairie, où des vaches qui peuvent être de races variées (en général Prim’Holstein ou Montbéliarde) paissent tranquillement l’herbe grasse et les fleurs poussant sur ces fertiles terres volcaniques. Le Bleu d’Auvergne peut être fabriqué à la ferme (avec le lait d’un seul troupeau), ou en laiterie (avec un mélange des laits des fermes alentours). Tous les matins, dès l’arrivée du lait en cuve, des ferments lactiques sont ajoutés : c’est le fameux Penicillium roqueforti qui va permettre au « bleu » de se développer. Il en existe de nombreuses souches, et c’est à chaque fromager de choisir celle qui lui convient et qui contribue à donner sa touche personnelle au fromage. Le lait est remis à une température de 30-34°C, puis il est mis à cailler avec de la présure. Une fois le lait caillé, il est tranché pour obtenir des petits morceaux de la taille d’un gros grain de maïs. Ces grains de caillé sont alors brassés délicatement dans la cuve. Ce brassage favorise le développement d’une fine pellicule autour de chaque grain, les grains ainsi « coiffés » ne collant pas les uns aux autres. « Le coiffage des grains est fondamental dans la fabrication du Bleu d’Auvergne, car en empêchant aux grains de caillé de se souder entre eux, cela crée des interstices dans le fromage qui permettront au bleu de se développer harmonieusement » explique Dominique. Les grains de caillé sont ensuite séparés du petit lait (lactosérum) en les déversant sur un tapis d’égouttage, puis le caillé est réparti dans des moules cylindriques de 20 cm de diamètre percés de trous, qui sont retournés plusieurs fois afin que l’égouttage soit efficace et régulier. Après environ 48 h, le fromage est démoulé pour être salé manuellement : d’abord sur le tour et sur une face, puis à nouveau sur le pourtour et l’autre face. Le piquage est sans doute l’étape la plus originale dans la fabrication de ce fromage. Chaque pain de fromage doit en effet passer dans une piqueuse, une machine un peu effrayante où il se fait transpercer par une forêt de grandes aiguilles. On l’a vu, c’est pour apporter de l’oxygène à la moisissure bleu, qui en a besoin pour se développer. Enfin, les fromages sont placés dans une pièce fraîche et humide ou une cave pendant au minimum 4 semaines pour leur affinage.

La poudre bleue

Tout en vérifiant à l’aide d’un poinçon creux l’avancement de l’affinage de ses fromages, Dominique revient sur un point d’histoire intéressant. Autrefois, on l’a vu, Antoine Roussel faisait du bleu avec la moisissure qu’il avait récoltée sur du pain de seigle. Dès le fin de la Première Guerre mondiale, des entreprises du Cantal se mirent à fabriquer de la « poudre de bleu » pour fournir les laiteries qui désiraient fabriquer du fromage persillé. Du pain très cuit était alors entreposé dans des caves humides à 14 °C durant trois mois, et lorsque le pain était complètement moisi, on en extrayait la mie qui était séchée au four, puis broyée dans un moulin pour obtenir une « poudre de bleu ». Aujourd’hui, le Pénicillium roqueforti est cultivé en laboratoire et il n’est plus question de poudre bleu de perlim pain pain…

Dégustation

Arrivé au terme de son affinage, le Bleu d’Auvergne est recouvert d’une croûte grise bleutée et sa pâte couleur ivoire brillante est parsemée de moisissures bleues. Il est onctueux, et il développe des saveurs puissantes, avec des arômes de champignons sauvages, de crème et de sous-bois. Concurrent en goût au Roquefort, il est plus fort qu’un bleu de Bresse, un bleu de Gex ou une fourme d’Ambert. Il faut le conserver dans son emballage aluminium, au frais. S’il est à l’air libre, il se renforcera en goût, mais il risque de se dessécher. Le Bleu d’Auvergne a bien sûr sa place dans un plateau de fromage, mais on peut aussi l’apprécier en apéritif avec une salade d’endives aux noix, en brochette avec des tomates cerises, et même en dessert avec des poires bien mûres. Il s’accompagne à merveille d’un vin blanc doux, style Monbazillac ou Jurançon, voire même un vin de paille du Jura. Si vous préférez le vin rouge doux, optez pour un Banyuls, un Muscat Beaumes-de-Venise ou un Maury grenat. Enfin, au cours du repas, si vous avez utilisé le Bleu d’Auvergne pour faire une sauce, pourquoi ne pas ouvrir une bouteille de Saint-Pourçain ? Les mariages mets/vins issus d’une même région sont souvent réussis !

Note-Bene : Le Bleu d’Auvergne est à son maximum aromatique de mai à octobre, lorsque les vaches ont brouté l’herbe tendre des prairies.

Ce qu’il faut retenir sur le Bleu d’Auvergne AOP :

  • Fromage à pâte persillée, fabriqué au lait de vache, cru ou pasteurisé.
  • Il faut entre 20 et 30 l de lait pour fabriquer un fromage de 2 à 3 kg.
  • Zone de production : Puy-de-Dôme, Cantal + une partie de la Haute-Loire.
  • Affinage minimum de 28 jours, et 150 jours minimum de pâturage pour les vaches.
  • Le Bleu d’Auvergne est produit par 5 producteurs fermiers et 7 laiteries.

Bonnes adresses :

GAEC Croix de Chazelles, à Avèze (Puy-de-Dôme)

Société fromagère de Riom-ès-Montagnes (sous la marque « le Pont de la Pierre »), à Riom-ès-Montagnes (Cantal)

Société laitière de Laqueuille, à Saint-Julien-Puy-Lavèze (Puy-de-Dôme) https://www.fromages-laqueuille.fr/

Fromagerie Nivesse, 23 place Saint-Pierre, Clermont-Ferrand

A la fromagerie Nivesse

Retournons à Saint-Martin !

Plus d’un an après avoir été dévastée par l’ouragan Irma, cette île des Caraïbes a pansé ses plaies et accueille à nouveau les vacanciers dans de bonnes conditions. C’est le moment d’y aller pour encourager les prestataires qui sont restés, et qui ont investi dans la rénovation de leurs hôtels ou restaurants. L’île est redevenue une destination idéale à cette période de l’année ; en effet, vous pourrez profiter de ses superbes plages et de sa gastronomie réputée, tout en faisant vos achats de Noël, puisque c’est une île duty-free !

SAINT-MARTINPlage le long de la côte occidentale
SAINT-MARTIN Plage le long de la côte occidentale

Située au nord de l’arc antillais, Saint-Martin est une petite île assez vallonnée, au littoral ourlé de magnifiques plages de sable corallien, baignées par des eaux turquoises à 28 °C, et ombragées par des cocotiers balançant mollement leurs longues palmes sous les alizés. Bref, une île de rêve, comme Anguilla ou Saint-Barthélémy, ses voisines… L’île est partagée entre deux nations, la France et la Hollande : au sud de l’île, appartenant aux Antilles néerlandaises, on parle l’anglais ou le néerlandais, et la monnaie est officiellement le florin ; au nord, la partie francophone est une Collectivité d’Outre-Mer, et la monnaie est en principe l’euro. Mais en réalité, tous les locaux parlent anglais, et le dollar est la principale monnaie partout !

Durement frappée par l’ouragan Irma, l’île s’est en partie reconstruite, même si l’on voit çà et là les stigmates du désastre. En tous cas, la moitié environ des hôtels ont déjà rouverts leurs portes, certains entièrement rénovés, et les plages de rêve sont toujours là, déroulant leur tapis chaud et moelleux sous les douces vaguelettes d’une mer Caraïbes limpide dans laquelle on se sent aussi bien que dans un liquide amniotique… Dans ce cadre idyllique, un cocktail à la main, on a peine à imaginer que cet éden ait pu connaître un jour l’enfer…

SAINT-MARTINHôtel Radisson Plage de l'Anse Marcel, où se situe l'hôtel
SAINT-MARTIN Plage de l’Anse Marcel

 

A chacun sa plage de rêve

Fait rare sur une si petite île (comme l’île de Ré), Saint-Martin compte une trentaine de plages de sable blanc. L’Anse Marcel est une vaste baie bien abritée, mais ses plages sont réservés aux deux hôtels très haut de gamme qui sont actuellement en rénovation. Pour avoir un peu de tranquillité, vous irez à l’Anse Heureuse, une adorable petite plage quasi déserte, accessible en 10 minutes de marche depuis Grand-Case. La baie Orientale était un peu le St-Trop’ local, avec ses complexes hôteliers et ses paillotes de plage ; c’est là où venait bronzer la jet-set, avec une belle offre de sports nautiques. C’est beaucoup plus calme, les people se sont rabattus sur Saint-Barth’ car l’ouragan a tout rasé… Au moins, la baie a gagné en naturel ce qu’elle a perdu en animation. Les restaurants de plage se reconstruisent un peu plus en retrait (et en béton !), tel le Bikini Beach, très agréable avec sa terrasse en bois et ses transats ombragés de parasols vert pomme. Plus familiale, la plage de l’îlot Pinel, accessible en ferry depuis Cul-de-Sac, est une étonnante langue de sable qui s’étire en pente si douce qu’on la croirait posée sur un lagon. Ses deux restaurants ont été reconstruits, permettant de siroter un mojito ou déguster une langouste grillée entre deux séances de snorkeling… Pour vraiment s’isoler, il faut se rendre sur l’îlot Tintamarre, qui, comme son nom ne l’indique pas, est très calme car totalement inhabité. Inclus dans une réserve marine, ses fonds sont superbes, et ils ont été totalement épargnés par l’ouragan. A noter, pour les amateurs de sensations fortes, le carré de plage situé au bout de la piste d’atterrissage, du côté hollandais. Certains avions passent si près qu’on est fouetté par le souffle des réacteurs. Apparemment certains aiment ça, puisqu’il y a toujours du monde pour hurler de joie à chaque passage d’avion, en respirant à grands poumons des rafales de kérosène…

 

Une île duty-free

 L’île étant exemptée de taxes, St-Martin est comme un duty-free géant ! Si vous allez à Marigot, la capitale de la partie française, vous pourrez faire du lèche-vitrines devant les boutiques de mode de la rue Kennedy, avec ses ateliers de peintres et ses galeries d’art (celles qui n’ont pas fermé…). Juste à côté, s’étend le long du front de mer le plus grand marché de l’île. Il regorge d’épices, de tissus madras, et de très jolis objets artisanaux en bois, pierre volcanique, corne, écaille de tortue… Au West Indies Mall, un petit centre commercial situé à deux pas, vous trouverez chez Vanity First ou l’Occitane vos produits de beauté et parfums préférés. Il y a même une boutique Lacoste. Et tout est 10 à 40 % moins cher qu’en métropole ! Du côté hollandais, c’est à Philipsburg qu’il faut aller, pour flâner sur Beach Street, où se serrent les bijouteries, magasins d’équipement électronique, grandes enseignes de mode… En marchandant un certain temps (les vendeurs, la plupart indiens, sont coriaces !), vous arrivez à obtenir des prix très intéressants, surtout en payant en dollars. Attention, on est censé déclarer ces achats en douane en rentrant en France.

De grandes tables sous les cocotiers

Autre atout de Saint-Martin : c’est la capitale gastronomique des Caraïbes. Certes, il y a moins de restaurants qu’avant Irma. Mais les produits frais arrivent toujours quotidiennement de Rungis ou des USA, et permettent de réaliser des recettes d’inspiration française,  agrémentées d’épices locales. Alors que certains chefs récitent leur partition sur les pianos des grands hôtels, d’autres préfèrent opérer à Grand-Case, un charmant village lové le long d’une jolie plage, où l’on assiste à de fabuleux couchers de soleil. Cette zone a été particulièrement frappée par l’ouragan, de nombreux restaurants ont fermé, mais il en reste assez pour satisfaire les gastronomes les plus exigeants. Le Pressoir et le Barranco sont deux restaurants gastronomiques, mais il y en a pour tous les budgets, surtout si l’on s’attable devant un « lolo », gargote locale proposant des acras, des grillades de poisson, de lambis, ou des crabes farcis. Cerise sur le gâteau (de patate douce), l’addition est moins salée que l’eau de mer devant laquelle vous dînerez… En effet, même si les prix paraissent élevés, les restaurateurs acceptent la règle de parité entre l’euro et le dollar, ce qui est avantageux si vous payez en dollars : par exemple, un menu à 50 € ne vous reviendra en fait qu’à 45 €, si vous payez 50 $…. Cela paiera la bière que vous prendrez en sortant du resto dans un bar musical, où vous danserez la salsa et le zouk sur la plage !

SAINT-MARTINHôtel Radisson Plage de l'Anse Marcel, où se situe l'hôtel
SAINT-MARTIN Plage de l’Anse Marcel

Pratique

Y aller : 1 vol quotidien par Air France, et 3 vols par semaine par Air Caraïbes.

Durée du vol : environ 8 h

Décalage horaire : – 5 h

Climat : chaud et ensoleillé toute l’année, avec parfois quelques douches tropicales.

Se loger

  • Le Mercure Marina & Spa (3*) : situé sur une belle plage à 5 minutes de Marigot, cet hôtel de style créole est en train de monter en gamme. A la fin des travaux, ce sera un 4*…
  • Couleur Café : tout le charme des cases créoles dans ces chambres d’hôtes couleur locale, bien situées à 5 min de la baie d’Orient et de l’embarcadère pour l’îlet Pinel. A partir de 616 $ la semaine pour 2 p. Réservation sur Facebook.
  • La Plantation : des villas colorées de style colonial et des studios équipés (40 m²), dotés de terrasse dominant la baie Orientale. A partir de 277 €/nuit pour 2 en B&B en haute saison. http://www.la-plantation.com/
  • Locations : on peut trouver des studios en appartements ou bungalows, en bord de mer, à partir de 400 € la semaine. Réserver sur : www.abritel.fr ou www.iha.fr

Bonnes tables

Le Pressoir, à Grand-Case : authentique case créole de 1871 (reconstruite après Irma), où l’on déguste les mets les plus fins dans une ambiance intime. Compter 50 €/p (60 € avec la langouste). http://www.lepressoirsxm.com/?lang=fr

Sol e Luna, à Mont Vernon, sur les hauteurs de la Baie Orientale : à l’heure actuelle, la meilleure table de l’île. Compter environ 70 € le menu gastronomique, sans le vin… http://solelunarestaurant.com/

Se renseigner

https://www.st-martin.org/fr/

SAINT-MARTINHôtel Radisson La plus grande piscine des Antilles
SAINT-MARTIN L’ex-Radisson avait la plus grande piscine des Antilles

 

Nota-bene : Toutes les informations ci-dessus ont été vérifiées en novembre 2018, et mon texte original a été mis à jour en tenant compte du passage d’Irma. Les photos ont été faites avant l’ouragan, il est possible que certaines ne correspondent pas exactement à la réalité, mais n’ayez aucune crainte, les plages sont toujours aussi belles, à Saint-Martin ! Et la photo de l’avion à l’atterrissage a été « piquée » sur le site de l’office du tourisme, car je n’ai pas pu la faire sur place, et elle est assez spectaculaire…