Le pâté de Chartres

Ce pâté en croûte est né du mariage improbable entre le monde de la pâtisserie et celui de la chasse. Constitué à l’origine avec de la viande de gibier, ce pâté de luxe est enrobé d’une coque de pâte brisée et contient du foie gras.

Un pâté pour Henri IV ?

Selon la légende, les premiers pâtés de Chartres ont été réalisés à la fin du XVIème s., à l’occasion du sacre d’Henri IV. Mythe ou réalité ? Quoiqu’il en soit, la première mention de cette préparation charcutière de la bonne ville de Chartres remonte au XVIIème s., dans les vers d’un poète épicurien, amateur de bonne chère. Mais c’est au XIXème siècle que le pâté de Chartres obtient ses lettres de noblesse, notamment grâce à certains grands noms de l’époque qui en ont fait mention dans leurs œuvres, tel Alexandre Dumas dans son Dictionnaire de la cuisine, Victor Hugo ou encore Anatole France. Il obtient également une reconnaissance nationale en 1885 lorsque le pâtissier Voisin reçoit, lors d’un concours culinaire à Paris, une médaille d’or pour l’excellence de ses pâtés de Chartres. C’est lui qui en fige la recette, qui est d’ailleurs celle que prône la confrérie de « l’authentique Pâté de Chartres » fondée en 2005, afin de promouvoir cette spécialité culinaire incontournable d’Eure-et-Loir. Depuis 2011, le pâté de Chartres est même inscrit à l’inventaire du patrimoine culinaire, reconnu patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO.  

Un pâté royal au goût de terroir

« Ce n’est pas exactement la même recette ! » précise Patrice Millet, membre de la confrérie et artisan-charcutier, l’un des 4 ou 5 derniers à confectionner toute l’année cette longue préparation charcutière. « Car à l’origine, les charcutiers chartrains ne faisaient ce pâté qu’en période de chasse, avec du pluvier guignard, un oiseau migrateur qui abondait en Beauce, ou avec de l’alouette. Le premier est devenu une espèce protégée, l’autre est rarement chassée, c’est pourquoi on utilise de nos jours plutôt du faisan, du perdreau, de la perdrix ou plus souvent du canard. Mais toujours avec du foie gras ! » insiste Patrice. En effet, c’est l’ajout de foie gras frais, au cœur du pâté, qui lui confère son prestige et son côté « royal ».  Ce jour-là, Patrice a réussi à avoir un faisan, mais s’il n’en a pas, il utilise la viande d’un canard de Barbarie. « C’est une préparation assez longue« , prévient-il, « qui se déroule sur quatre jours ! D’abord on mélange toutes les viandes et on laisse mariner deux jours avec des épices et des condiments. Le 2ème jour on prépare la pâte brisée qui doit rester au frais une nuit, et le lendemain on garnit le moule de pâte, et on ajoute la farce. Après cuisson, le pâté doit attendre encore un jour avant d’être consommé. » Patrice garde jalousement secret le détail de sa recette, tout au plus lâchera-t-il qu’il aromatise le pâté avec une pointe de coriandre et du cognac…

Jacky Charreau, un autre charcutier réputé pour son pâté de Chartres, est plus disert quant à sa fabrication. Dans son atelier de Le Coudray, situé au sud de Chartres, il n’hésite pas à me montrer le déroulé de sa recette : « D’abord j’émince au couteau de la gorge de porc, du filet mignon de veau, du magret de canard, et du foie gras frais en plus gros morceaux. Je mélange les viandes, en gardant le foie gras de côté, avec une compotée d’oignons, du sel, du poivre, un peu de madère et de porto, du laurier et des épices. » Quelles épices ? « Ah non, ça, je le garde pour moi ! » sourit l’artisan, qui précise : « De toutes façons, c’est au goût de chacun, si vous aimez telle ou telle épice, vous l’ajoutez ! » En effet, certains charcutiers ajoutent du cumin, des pistaches, d’autres de la truffe… Après avoir laissé mariner sa farce, Jacky beurre ses moules et les tapisse de pâte. « Il faut garnir la moitié du moule, mettre un médaillon de foie gras, puis recouvrir du reste de viande et d’un peu de bouillon fait à base d’os et de carottes, qui se transformera en gelée. Il ne reste plus qu’à fermer avec un chapeau de pâte crénelé comme une couronne, dorer au jaune d’œuf, et percer un trou pour laisser la vapeur s’échapper pendant la cuisson. Après 1 h à 160 °C et 45 minutes à 120 °C, c’est cuit ! »

Jacky Charreau

Une explosion de saveurs

Jacky ne propose pas toujours son pâté de Chartres dans ces petits moules cylindriques traditionnels de 15 cm de haut. Il prépare aussi une version allongée en terrine, plus pratique pour la vente en charcuterie au détail. Si vous voulez déguster un authentique pâté de Chartres servi à l’assiette, rendez-vous au Grand Monarque, une institution étoilée à Chartres. Ici, le chef Benoît Cellot concocte pour la brasserie « La Cour » un pâté de Chartres à l’ancienne, servi au guéridon avec tout son cérémonial. « Certains ajoutent du fumet de gibier dans leur pâté, ici, on n’utilise que du canard sauvage, c’est ce qui donne au pâté son goût de terroir. La compotée d’oignons et d’échalotes apporte de la rondeur à la farce.  Nous le servons avec des cerises noires ou au vinaigre, c’est sublime ! » A l’ouverture du pâté, une explosion de parfums appétissants font saliver, des saveurs carnées et pâtissières qui font se retourner les voisins de table…  Effectivement, c’est délicieux, le foie gras apporte du fondant et avec les cerises noires, la croûte donne l’impression d’être déjà au dessert ! Pour accompagner ce pâté en croûte (14 € à la carte), les amateurs de vin rouge se laisseront tenter par un Saumur-Champigny ou un Chinon, et en vin blanc, un Vouvray fera l’affaire.

Benoît Cellot
Le pâté de Chartres du Grand Monarque

La recette

(donnée par  Benoît Cellot, chef au Grand Monarque)

Pour la chair à pâtée

1 kg de canard (si possible sauvage)

250 g de veau

750 g de gorge de porc

100 g de foie gras

5 cl de cognac et 5 cl de porto

1 œuf

1 oignon et 1 échalote

Sel, poivre, thym et laurier

Pour la pâte

2 œufs

500 g de farine

180 g de beurre

125 g d’eau

+ un sachet de gelée, et un pot de cerises au vinaigre

Déroulé

– le 1er jour, découper les viandes en gros morceaux et faire mariner une nuit dans le cognac, le porto, le thym et le laurier.

– le 2ème jour, faire confire l’oignon et l’échalote, et ajouter à la viande qu’il faut découper en petits dés. Saler, poivrer, éventuellement ajouter une autre épice, et lier avec un œuf. Réserver 2 jours au frigo.

– le 3ème jour, préparer la pâte en mélangeant la farine, l’eau et les œufs. Ajouter le beurre bouillant en dernier. Faire une boule et réserver au frais.

– le 4ème jour, mettre la pâte à température ambiante. Beurrer un moule (moule à terrine si vous n’avez pas de moule à pâté de Chartres !). Abaisser la pâte et en garnir le moule, en gardant de la pâte pour le couvercle. Remplir à mi-hauteur de farce, déposer une couche de foie gras et recouvrir du reste de viande jusqu’en haut du moule. Mettre de la gelée maison si vous en avez. Sinon, Couvrir avec de la pâte, en pinçant les bords pour les souder. Décorer avec les chutes de pâte. Dorer au jaune d’œuf battu à l’aide d’un pinceau. Faire un trou au centre pour faire office de cheminée. Réfrigérer 1 h, puis enfourner pour une heure et demie à deux heures, à 150 °C. Une fois le pâté cuit et froid, préparer votre gelée en sachet, et l’introduire avec un entonnoir par le trou de cheminée. Mettre 12 h au frais, et déguster avec des cerises au vinaigre.

Bonnes adresses

Le pâté de Chartres est vendu entre 30 et 40 €/kg, selon les charcutiers.

La Grange du Coudray (chez Jacky Charreau), 124 rue de Voves à Le Coudray. (36 €/kg ) www.lagrangeducoudray.fr

Aux Délices de Saint-Antoine (chez Patrice Millet), 58 rue Pannard à Courville-sur-Eure. (34 €/kg)  www.charcuterie-traiteur-28.fr

Le Grand Monarque, 22 place des Epars, Chartres    www.bw-grand-monarque.com

Patrice Millet
Jacky Charreau
Benoît Cellot, chef au Grand Monarque

GUYANE, l’Amazonie française

La forêt amazonienne vue d’ULM, à Mana

Etant couverte à 97 % d’une dense forêt équatoriale, la Guyane, vue d’avion, ressemble à un vaste champ de brocolis, irrigué par des fleuves déroulant leurs méandres à la façon des anacondas. Cette jungle recèle une faune et une flore extraordinaires, que des réceptifs locaux font découvrir aux rares touristes venant de métropole. Ceux-ci ont donc la chance pouvoir observer dans leur élément naturel les animaux qu’on ne voit d’habitude que dans les documentaires à la télé. Singes de toutes sortes, caïmans, jaguars, toucans, sont ici chez eux, mais vous aussi, puisque c’est la France ! On se pince pour y croire, quand on descend en pirogue une rivière dont les eaux sombres sont hantées par des piranhas et des crocodiles, et qu’on aperçoit sur ses berges des capibaras (plus gros rongeur au monde) ou des loutres géantes… Pour ressentir le grand frisson de la jungle amazonienne, il faut s’engager dans la forêt avec un guide, et passer la nuit en hamac (avec moustiquaire…) dans un carbet aménagé, un abri sommaire ouvert sur l’extérieur. Ce qui permet de bien profiter du bruissement de la jungle, et d’être réveillé par les chants matinaux des oiseaux… ou des singes-hurleurs. Il est même possible de passer la nuit dans une cabane arboricole construite à 10 m du sol, et de grimper en rappel dans les arbres pour atteindre des plateformes d’observation, dont l’une est dans la canopée, à 42 m du sol ! Moins physique, et accessible à tous, la nuit passée dans un carbet flottant, sur les marais de Kaw. Pendant la sortie de l’après-midi en pirogue, Ricky, le guide et piroguier émérite, se charge de débusquer les animaux dissimulés dans les hautes herbes de la savane inondée, ou dans les branches du rideau d’arbres formant rempart au bord du marais. A 200 m, il repère le dos d’un paresseux, là où vous ne voyez qu’une grosse branche, devine où se trouvent les oiseaux (qu’il appelle les zozos, tout en étant capable de donner leur nom latin…), et détaille le mode de vie et les habitudes alimentaires de toute cette faune inféodée au marais. Il faut dire qu’il est né à Kaw, un village du bout du monde isolé en plein marais, où l’on s’arrête pour boire un verre, et où il est interdit de prendre les gens en photo… Pendant la sortie nocturne, Ricky montre toute l’étendue de son talent de guide en repérant les caïmans à la très faible lueur que leurs yeux réfléchissent sous le faisceau d’une torche. Il ne se fait pas prier pour attraper un (petit) caïman à la main, et sous les yeux ébahis des passagers, il le retourne sur le dos, et le fait tomber en léthargie, en lui frottant doucement le ventre ! Hallucinant ! En janvier, lors de mon séjour, il y avait un énorme caïman qui barbotait à quelques mètres du carbet flottant de JAL Voyages. Ricky, notre guide, a beau jurer qu’il n’est pas nourri par les cuisiniers, on a du mal à croire que ce monstre squatte les alentours du bateau uniquement pour avoir le plaisir de se faire photographier par les touristes à bord…

En pirogue sur les marais de Kaw
Le carbet flottant de JAL Voyages
Activités sur les marais de Kaw
Chouette locale dans les marais de Kaw
Grandes aigrettes dans les marais de Kaw
Paresseux sur sa branche
Marais de Kaw
Monument aux morts du village de Kaw
Evelyn, piroguier brésilien
Francisco, cuisinier et piroguier du carbet flottant de JAL
Ricky, piroguier et guide du carbet flottant de JAL Voyages
Ricky « endort » le caïman
Les touristes peuvent tenir le caïman
Gros caïman du marais de Kaw

Si vous n’êtes pas vraiment enclins à vous immerger dans la forêt amazonienne, il vous restera trois possibilités pour espérer voir un peu de faune en toute sécurité. La première consiste à parcourir les différents sentiers balisés autour des villes. A 5 minutes du centre-ville de Cayenne, sur le sentier du Rorota, il est fréquent de voir des paresseux, des singes ou des perroquets. Idem sur le circuit de la Montagne des Singes, à Kourou. Autre alternative, faire une excursion en bateau jusqu’à l’îlet la Mère, où réside une colonie de singes-écureuils facétieux, prompts à vous grimper sur le dos pour voir si vous n’avez pas quelque fruit ou friandise dans votre sac… Le tour de cette petite île est très agréable à faire, on y croise de magnifiques fromagers aux racines géantes, on peut observer les singes-écureuils qui cherchent leur nourriture, qui jouent ou qui se battent, et il y a même une petite plage de sable pour se baigner en attendant la navette du bateau. Et au retour, il est possible d’observer des ibis rouges sur l’estran vaseux de l’embouchure du fleuve Mahury. Enfin, si vous n’avez pas eu de chance dans vos balades, pourquoi ne pas faire un tour au zoo de Matoury ? Vous pourrez y observer tranquillement les animaux vivant en Guyane, dans un cadre proche de leur élément naturel !

Sentier de la Montagne des Singes, à Kourou
Sentier de la Montagne des Singes, à Kourou
Arbre de l’îlet La Mère
Singe-écureuil à l’îlet La Mère
Singe-écureuil à l’îlet La Mère
Singe-écureuil peu farouche, à l’îlet La Mère
Capibara
Singe hurleur
Ibis rouge
Tooucan
Tamarin empereur
Panthère

Les bagnes de Guyane

L’aspect culturel n’est pas absent d’un voyage en Guyane. D’abord pour visiter les vestiges des bagnes où la France envoyait ses indésirables. De 1795 à 1948, date à laquelle ferma le dernier bagne, la Guyane compta une trentaine d’établissements pénitenciers ou de camps forestiers où devaient travailler les bagnards. Les ruines restantes sont visibles dans les îles du Salut (dont l’île du Diable, où Dreyfus a été retenu), accessibles par catamaran en excursion d’une journée. Saint-Laurent-du-Maroni, à l’ouest du département, détient aussi le « camp de la transportation », un vaste bagne dont la visite guidée permet de se rendre compte des conditions inhumaines dans lesquelles étaient détenus les prisonniers. Sandrine, la guide de l’Office du Tourisme, émaille sa visite d’anecdotes et de faits réels émouvants, et n’hésite pas dans les cellules étroites à se mettre de lourdes chaînes aux pieds pour bien montrer l’horreur de la détention des bagnards. 

Saint-Laurent-du-Maroni

Au bagne de Saint-Laurent-du Maroni
Cellule collective au bagne de Saint-Laurent-du Maroni
Cellule du camp de la Transportation, au bagne de Saint-Laurent-du Maroni
Statuettes contre l’esclavage à Saint-Laurent-du Maroni
Pirogues traversant le Maroni pour aller au Surinam
Jeffrey, amérindien du village Balaté de Saint-Laurent-du Maroni
Jeffrey, amérindien du village Balaté de Saint-Laurent-du Maroni
Eglise d’Iracoubo
Eglise d’Iracoubo
Sandrine, guide au bagne de Saint-Laurent-du-Maroni
Rudiza, stagiaire à l’OT de Saint-Laurent-du-Maroni

Le Centre Spatial Guyanais de Kourou

Longtemps, la Guyane évoqua le bagne pour beaucoup de Français, mais depuis qu’en 1964, le général De Gaulle choisit Kourou pour y installer une base spatiale, la Guyane peut s’enorgueillir de posséder aujourd’hui l’une des meilleures bases de lancement de fusée du monde, lançant chaque année 50 % des satellites commerciaux, grâce à ses trois lanceurs européens  : Ariane 5, Vega et Soyouz. La visite du Centre Spatial Guyanais est fascinante, car elle permet d’entrer dans ce site ultra-sécurisé et d’apprendre presque tout sur le lancement d’une fusée. D’abord, comme le site fait 650 km², on se rend en bus devant les trois sites de lancement, ce qui permet de voir de près les gigantesques fosses où s’effectuent les mises à feu. Puis on pénètre dans le saint des saints, la salle Jupiter, là où se situe le « bocal », le centre de commandement des lancements, là où les ingénieurs et les opérateurs s’assurent que tous les paramètres sont réunis pour lancer la fusée, et où s’effectue le décompte final : 5, 4, 3, 2, 1… Après 30 minutes de vol, la fusée envoie un ou plusieurs satellites en orbite, pour un coût compris entre 20 000 et 25 000 €/kg ! Un musée complète la visite, où tout est dit sur le lancement d’une fusée, sa vitesse, la composition des carburants, le fonctionnement des moteurs et de la propulsion cryogénique… Pas-sion-nant vous dis-je !

Devant le musée de l’Espace
Fosse de lancement des fusées Soyouz
Les différentes fusées lancées à Kourou
La salle de lancement des fusées

Les communautés amérindiennes

La Guyane compte environ 200 000 habitants, dont 10 000 Amérindiens répartis en six groupes (les Arawak, Kali’na, Palikur, Teko, Wayana et Wayãpi). Ces communautés autochtones, qui étaient donc là avant la colonisation, vivent dans des petits villages le long des fleuves ou sur la côte, voire en forêt, et tentent tant bien que mal de concilier leurs propres coutumes et traditions sociales, économiques et culturelles, avec le mode de vie occidental. Malheureusement, le voyageur curieux de leur identité culturelle n’a pas souvent l’occasion de les approcher, tant il y a une méfiance, voire une défiance, vis-à-vis de ces Blancs qui les ont privés de leurs terres, qui polluent leurs forêts et leur rivières, et qui les considèrent bien souvent comme des citoyens de second ordre… Au nord-ouest du département, au-dessus de Mana, la communauté Kali’na de Awala-Yalimapo se montre un peu plus conciliant, et il est possible de visiter leur village et de rencontrer ses habitants grâce au concours de l’un des leurs, Olivier Auguste, devenu en quelque sorte le guide officiel du village. Malheureusement, le jour de ma visite, il y a eu un décès au village, et selon la coutume, toute activité s’arrête pour rendre hommage au défunt, et le chef du village ne pouvait pas se permettre de recevoir un journaliste ! Je n’ai donc pu rencontrer personne, si ce n’est la famille de mon guide. Pierre et Lucia (son père et sa mère) épluchaient des tubercules de manioc amer, sa femme préparait le repas du soir, et sa fille était vautrée dans un canapé, vissée à son téléphone portable, comme tous les ados de Guyane et d’ailleurs… Olivier m’a montré son très beau tambour peint, dont il se sert lors des fêtes, mais qu’il ne pouvait pas faire chanter ce jour-là. Dans d’autres circonstances, je suis sûr que j’aurais passé une journée passionnante dans ce village, qui possède en outre une très belle plage. Notez aussi qu’une Française s’est installée à Awala-Yalimapo (Marie-Line Janot), et qu’elle fait de délicieuses confitures locales avec son mari guyanais.

Plage de Yalimapo
Préparation du manioc amer
Lucia Auguste
Pierre Auguste
Olivier Auguste, guide amérindien à Awala-Yalimapo

Cet imprévu a au moins eu le mérite de me faire passer plus de temps à Mana, très agréable petite ville située au bord du fleuve éponyme, non loin de l’embouchure du Maroni. La population mananaise est composée d’un melting pot de communautés (créole, hmong, amérindienne, chinoise, brésilienne, haïtienne, indienne, bushinengué…), et cette diversité se retrouve autour de la place centrale, devant l’église. Elle est bien expliquée dans la formidable visite audio-guidée de Mana, nommée « koutémana », une balade sonore dans les ruelles qu’il faut faire en suivant un plan disponible à l’office de tourisme. Cet audioblog (disponible sur Arteradio) centré sur Mana, permet de comprendre pas mal de choses importantes concernant la Guyane… Et si vous voulez voir Mana d’en haut, un pilote d’ULM est installé au bord du fleuve, et propose des vols découverte à partir de 40 € (Marc Dabrigeon, 0694 42 79 18). La forêt vue du ciel, c’est très beau, et il vous fera aussi survoler la plus grande ferme d’élevage bovin de France !

https://audioblog.arteradio.com/blog/97400/podcast/108367/koutemana

Marc Dabrigeon, à Mana
Dans l’ULM de Marc Dabrigeon, à Mana
Shelsanne, de l’OT de Mana
Ronda, de l’OT de Mana

Enfin, lorsque vous ferez la route entre Cayenne et Kourou, vous passerez par Macouria, où deux communautés amérindiennes ont installé des carbets où ils vendent leurs objets artisanaux. Que ce soit au marché artisanal du village de Kamuyeneh (au bord de la N1), ou à celui de Norino (le long de la D5, en direction du zoo), des membres de la communauté palikur fabriquent de la vannerie, des calebasses gravées, des colliers de perle, des chapeaux de paille, etc…

Village Norino, à Macouria
Azane Ipparra, amérindienne Palikur, fabrique de la vannerie sous son carbet
Village Norino, à Macouria
Amérindienne gravant une calebasse
Village Norino, à Macouria
Amérindienne Palikur vendant des calebasses gravées
Village Norino, à Macouria
Loïc Batista, amérindien Palikur

Une journée à Cacao

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, on ne va pas à Cacao pour visiter une fabrique de chocolat. Ce village situé à 1h30 de route de Cayenne a la particularité d’être habité par une importante communauté Hmong, qui tient chaque dimanche un marché très couru par les expatriés et les touristes. Il est vrai que ce marché donne vraiment l’impression de se trouver au Laos ou en Thaïlande ! Tous les marchands sont d’origine asiatique, et si les étals sont chargés de fruits et légumes locaux, on en trouve aussi beaucoup spécifiques à l’Asie, et les stands de restauration proposent tous un assortiment de plats, nems et rouleaux de printemps que l’on trouve dans les restaurants asiatiques. C’est en 1977 que la France décida d’accueillir sur le site abandonné d’un ancien bagne, des réfugiés Hmong fuyant la guerre civile au Laos. Cette communauté a prospéré dans l’agriculture (Cacao est devenu le principal fournisseur de produits maraîchers de Guyane), s’est agrandie, constituant aujourd’hui un village authentiquement Hmong, avec ses fêtes et ses traditions… Juste en face du marché, il faut visiter le musée des Insectes, tenu par l’association Le Planeur Bleu, dont le fondateur, Philippe Soler, est un ancien instit passionné par les insectes en général et les papillons en particulier. Vous y verrez une fabuleuse collections de papillons (dont les superbes morphos) et d’insectes de Guyane, certains que l’on n’aimerait pas croiser dans la nature, tels que les matoutous (mygales), les mouches rhinocéros de la taille d’une main ou les Titanus giganteus (plus gros coléoptères du monde, mesurant jusqu’à 16 cm)… Une petite serre permet aussi de voir évoluer en liberté quelques beaux papillons.  

A propos d’insectes, faisons un petit point sur les petites bêtes qui risquent d’émailler votre séjour de frayeurs et de désagréments divers. Les serpents, araignées et autres scorpions, d’abord : certes, leur rencontre n’est pas exclue lorsque vous vous baladez en forêt. Mais ces bêtes-là ne vous sautent pas dessus, si vous en voyez, restez à distance respectable et observez-les sans crainte. Il faut juste prendre l’habitude, si vous dormez dans un carbet dans la jungle, de vérifier qu’il n’y a rien dans vos chaussures avant de les enfiler le matin… A moins d’être arachnophobe, je dirais même que découvrir au détour d’un chemin ou sur une charpente une matoutou (surnom guyanais d’une mygale au bout des pattes orange) noire bien velue, est une chance, et cela procure un frisson d’aventure à la Indiana Jones… Moins plaisant en revanche est la rencontre avec les moustiques. Il y en a 200 espèces en Guyane, de toutes sortes, de toutes tailles, mais heureusement, toutes ne transmettent pas le paludisme ou le chikungunia ou la dengue, tel que le moustique tigre. Mais il vaut mieux prendre toutes ses précautions, c’est-à-dire couvrir ses bras et ses jambes en fin d’après-midi, et s’asperger de répulsif anti-moustiques. Curieusement, je n’ai pas été embêté par les moustiques lorsque j’ai randonné dans la jungle, ni lorsque j’ai dormi à l’air libre (sans moustiquaire) sur le carbet flottant des marais de Kaw, car il paraît qu’il y a tellement de prédateurs naturels que les moustiques ne peuvent pas pulluler. Par contre, il est de notoriété publique que la zone d’Awala-Yalimapo (au nord de Mana) est infestée de moustiques, et qu’un séjour même bref au bord de la plage peut se transformer en cauchemar. Effectivement, j’ai eu le malheur d’arrêter ma voiture près d’un petit bois à Yalimapo, et un véritable nuage de moustiques s’est engouffré dans la voiture sans que j’ai eu le temps de réagir, et j’ai eu toutes les peines du monde à m’en débarrasser, glanant au passage des dizaines de piqûres assez désagréables… En conclusion, les insectes et autres petites bêtes effrayantes ne devraient pas vous décourager de venir en Guyane, surtout si vous prenez toutes les précautions d’usage et que vous emmenez des lotions contenant au moins 30% de DEET (molécule très efficace), telles que Insect Ecran ou Cinq sur Cinq…

Matoutou (mygale) à Kourou
Marché de Cacao
Au marché de Cacao
Vendeuse Hmong au marché de Cacao
Vendeuse Hmong au marché de Cacao
Vendeuse Hmong au marché de Cacao
Au musée des Insectes de Cacao, Philippe Soler fait des visites animées
Au musée des Insectes de Cacao
Au musée des Insectes de Cacao
Au musée des Insectes de Cacao
Morpho au musée des Insectes de Cacao
Au musée des Insectes de Cacao
Au musée des Insectes de Cacao

PRATIQUE

Y aller : Air Caraïbes propose des vols quotidiens pour Cayenne (9h de vol), à partir de 600 € A/R. Pour environ 400 € de plus, la classe Caraïbes (premium economy) apporte un vrai plus en terme de confort et de services. https://www.aircaraibes.com/

Forfait : Evaneos propose des circuits complets de 8-10 j avec location de voiture, pour environ 1000 €/p. https://www.evaneos.fr/guyane/

Séjourner :

L’Ebène Verte, à Cayenne : au calme, dans un jardin tropical verdoyant. Idéal avant un départ ou à l’arrivée. 80 €/ch.

La Tentiaire, à St-Laurent-du-Maroni : bien situé, avec piscine. 80 €/ch.

Rour’Attitude, à Roura : coup de cœur pour ce gîte dont les charmants bungalows en bois (avec kitchenette) surplombent la rivière Oyak. Joëlle, la propriétaire, fait aussi table d’hôte (25 € le repas avec boisson), et c’est un cordon-bleu ! A partir de 205 € pour 2 nuits. Demandez, s’il est disponible, le bungalow qui est le plus proche de la rivière, c’est aussi le plus calme. Pour les petits budgets, il est possible de dormir dans un hamac sous un carbet, pour 22 €/nuit.

Se restaurer :

A Cayenne : La Marinière, restaurant de l’hôtel Belova. Grand choix de blaffs, de colombos, de plats de crevettes, de moules et de poissons grillés tels que le croupia, l’acoupa ou le jammengouté, délicieusement boucané. Menu à 28,90 € ou à la carte.

A Kourou : La Marina, avec sa terrasse bien aérée donnant sur le fleuve. (25 €)

A Cacao : Le Degrad de Cacao, tenu par des Hmongs (10 à 15 € le plat).

A Roura : Waiki Village, cuisine guyanaise à déguster sur une terrasse ombragée au-dessus d’une rivière. (25 €). L’établissement propose également des prestations touristiques et excursions, tel que la location de canoë, balades en forêt, promenades en pirogue…

A Saint-Laurent-du-Maroni : Le Toucan, bar-resto très agréable qui réussit la prouesse de proposer à la fois des pizzas, des kebabs, avec des plats élaborés (gigot de 9 h) entièrement faits maison. Compter de 25 à 30 €.

A Mana : Chez Lili, jeune couple sympathique proposant une cuisine fusion guyanaise/française/asiatique, dans une salle climatisée. (20 €)

A ramener : La Cabresse, rhum local ; confitures de fruits tropicaux ; artisanat des communautés amérindiennes…

Pour les amateurs de costumes de carnaval, l’Atelier Marly, à Matoury, est tenu par Marie-Line Brachet-Cesto (0694 23 35 28), une couturière et styliste passionnée de carnaval, qui loue ou vend des centaines de costumes ou accessoires. Elle vous expliquera l’étonnant concept du touloulou, ce personnage typique de la culture créole guyanaise qui représente en général une femme bourgeoise du 18ème ou 19ème siècle. D’autres touloulous peuvent être zombie, diable, boeuf, zarab… On peut retrouver tous ces personnages lors du carnaval de Guyane, qui a lieu pendant 7 semaines et demie, de l’Epiphanie au mercredi des Cendres.

 Se renseigner : https://www.guyane-amazonie.fr/

La Dominique, naturellement vôtre

Cette île anglophone située entre la Guadeloupe et la Martinique recèle une nature intacte, sur terre comme dans la mer, ce qui en fait une destination idéale pour pratiquer la randonnée et la plongée.

Saviez-vous que beaucoup de scènes de « Pirates des Caraïbes » 2 et 3 ont été tournées à La Dominique ? Ce choix s’explique parce que l’île dispose de criques et de plages désertes, d’une jungle épaisse, et de montagnes embrumées… Vue de la mer, La Dominique est telle que l’a découverte Christophe Colomb, un dimanche de 1493, d’où son nom. Pour voir l’île comme ses découvreurs, commencez par remonter l’Indian river à Portsmouth. Votre piroguier à dread locks (il y a une forte communauté rasta dans l’île) vous conduira dans les méandres de cette rivière s’enfonçant dans la mangrove, où les iguanes, opossums, crabes et perroquets font très « Nouveau Monde »…

Aza, guide sur l’Indian River
Rasta man
Aza, rameur et guide sur l’Indian River
Sur l’Indian River
Cabane vue dans Pirates des Caraïbes, sur l’Indian River
Batibou Beach
Baie de Portsmouth

Pour voir des indiens Caraïbes, les premiers habitants de l’île, il faut rejoindre le territoire des Kalinagos dans l’est de l’île, où la population amérindienne autochtone s’est réfugiée lorsqu’elle a été pourchassée par les colons européens. Sur place, un petit musée retrace leur histoire, et des membres de cette communauté assurent un spectacle de chants et de danses folkloriques, qui a le mérite de les aider à perpétuer leur langue et leur culture.   

Dans la hutte sacrée Kalinagos
Maquillage d’une danseuse Kalinagos
Maquillage d’une danseuse Kalinagos
Chef Kalinagos
Masque Kalinagos en pierre de lave
Mère et fille, membres de la troupe de danseurs Kalinagos
Danseur et musicien Kalinagos
Jeune danseuse Kalinagos
Pause détente chez les Kalinagos
Sculpteur de masques Kalinagos

Cascades et bassins chauds

Le centre montagneux de l’île abrite plusieurs parcs nationaux, dont celui de Morne Trois Pitons, classé au Patrimoine mondial par l’Unesco. La vallée qui débouche à Roseau, la capitale, permet d’accéder facilement aux merveilles naturelles cachées dans les forêts drapant d’un vert sombre tout le relief. Telles Trafalgar Falls, deux majestueuses cascades s’écoulant de part et d’autre d’un piton rocheux. Plus intime, Emerald Pool est un petit bassin creusé par une modeste chute d’eau, dans un site enchanteur. Lorsque le soleil darde ses rayons dans le bassin, il prend la couleur d’une émeraude, sertie dans son écrin verdoyant de mousses et de fougères. A Wotton Waven, suivez les panneaux « Ti Kwen Glo Cho ». Il ne s’agit pas d’un resto chinois, mais d’un « petit coin d’eau chaude » en créole ! Vous y trouverez un bassin alimenté par une eau de source chaude sulfurée, réputée pour ses bienfaits pour le corps. C’est un spa naturel idéal pour se relaxer après une journée passer à randonner dans la jungle. Il y a en effet de nombreux sentiers pédestres dans cette magnifique « rainforest« , et, avec un guide, les plus sportifs pourront grimper jusqu’au Boiling Lake, un lac rendu bouillonnant par l’activité volcanique !   

Emerald Pool
Emerald Pool
Dominicaines à l’Emerald Pool
Morne Trois Pitons National Park
Devant les Titou Gorge
Trafalgar Falls
Trafalgar Falls
Trafalgar Falls
Source d’eau sulfureuse à Wooten Waven
Bassins et baignade à Ti Kwen Glo Cho
Bassin chaud à Ti Kwen Glo Cho
Bassins et baignade à Ti Kwen Glo Cho

Merveilles sous-marines

Les fonds sous-marins sont à l’image des forêts  : intacts, foisonnants et recelant une incroyable biodiversité. C’est pourquoi l’île compte de nombreux centres de plongée, répartis sur la côte ouest, baignée par les eaux calmes de la mer des Caraïbes. A Portsmouth, vous pourrez faire une croisière pour observer des cétacés, une vingtaine de cachalots ayant élu domicile dans la baie, où s’ébattent déjà des bancs de dauphins. En plongée, les barracudas, mérous, tortues et poissons-perroquets se laissent approcher facilement, car ils sont très peu chassés. De même que la myriade de petits poissons coralliens qui circulent sans crainte autour des éponges-barriques, des coraux flashy, des gorgones et anémones aux formes étranges… Si vous êtes chanceux, vous pourrez même observer un hippocampe ! A quelques mètres du rivage, avec un simple masque et un tuba, il est également possible d’admirer cette étonnante faune et flore sous-marine, et à Champagne Beach, d’innombrables colonnes de bulles s’échappant du fond donnent l’impression de se baigner dans un aquarium géant !

Le mystère du poisson-lion et du mérou

Au centre de plongée de Soufrière, Simon Walsh est intarissable sur le poisson-lion, cet étrange et magnifique poisson venimeux que le plongeur pourchasse sans relâche. Pourquoi un amoureux et défenseur des fonds sous-marins part toujours en plongée avec un fusil-harpon pour tuer quelques poissons-lions, en incitant même les autres plongeurs à le faire ? Et pourquoi propose-t-il dans son petit snack des sandwichs au poisson-lion (délicieux au demeurant) ? « Parce que c’est le seul poisson que tu peux manger en faisant du bien à l’océan ! » répond le plongeur avec un grand sourire. En effet, c’est une espèce invasive venu de Guadeloupe, qui n’a pas de prédateur, et qui décime tous les autres poissons : « Lorsqu’il s’installe sur un spot, en 6 mois, il peut tuer 80 % de la biodiversité ! De plus, il est extrêmement prolifique », assure-t-il. Ce qui est fascinant, c’est que selon Simon, les mérous auraient compris que leur salut passe par les plongeurs, car ils inciteraient les plongeurs à les suivre avec une curieuse danse, pour les mener directement vers un poisson-lion ! Incroyable… 

Poisson-lion (photo prise sur Wiki photos)

Pratique

Y aller : Air Caraïbes propose des vols A/R vers la Dominique à partir de 852 euros (incluant le ferry depuis Pointe-à-Pitre). aircaraibes.com

Se loger : Fort Young Hotel, à Roseau (fortyounghotel.com), à partir de 175 € la ch double ; Picard Beach Cottages, à Portsmouth (picardbeachcottages.dm), à partir de 100 € la ch double.

Fort Young
Fort Young
Picard Beach cottage

Se restaurer :

Madiba beach Cafe, à Portsmouth : posé sur la plage, bar très sympa tenu par une Française, Sandrine, où tout est cuisiné « maison ».

Madiba beach Cafe

Islet View est un honorable boui-boui tenu par Rudy, qui vaut surtout pour le déjeuner, car sa terrasse offre une vue splendide sur Castle Bruce et St-David Bay. A noter aussi une incroyable collection de rhums arrangés chelous…

Castle Bruce
Rudy, derrière le bar de l’Islet View

Le Petit Paradis, à Wotten Waven, meilleur restaurant du coin avec une délicieuse cuisine locale.

Boire un verre :

Bush Bar, sur l’Indian River. Pour goûter au rhum coco ou pistaches, et surtout au Dynamite, un rhum local arrangé aux épices et aux fruits. Omar, le serveur, est très cool…

Omar au Bush Bar

Café Mon Plézi, vers Laudat, tenu par Patricia qui propose après une rando éprouvante son « mix magic », un cocktail revigorant à base de fruits de la passion, sorel (fruit local) et pamplemousse.

Patricia, du Café Mon Plézi

Plonger :

Au nord, Cabrits Dive (cabritsdive.com), le seul centre de plongée PADI 5 tenu par un très sympathique couple de Français, Virginie et Rémi. 92 € les 2 plongées.

Au sud, Nature Island Dive (natureislanddive.dm) situé à Soufrière, l’un des plus beaux spots de plongée de l’île, avec un tombant de 500 m près du bord.

Se faire guider : Il est nécessaire de choisir un bon guide pour les randonnées les plus longues (Waitukubuli trail ou Boiling Lake par exemple, car les récents ouragans ont ravagé les sentiers et le balisage n’est pas encore refait partout), et il est très agréable de se faire accompagner dans le centre de l’île par un guide qui vous conduira aux bonnes adresses et aux bons endroits, en fonction de la météo et d’autres considérations qui échappent au touriste lambda, mais qui font partie d’une certaine logique dominicaine (heures d’ouverture, temps de trajet, etc…) Mon guide pour ce reportage a été Marvin Philbert, il est compétent, drôle, et efficace. Vous pourrez le contacter à travers Discover Dominica, par Facebook, ou directement sur place : 1 767-295-0877

Se renseigner : discoverdominica.com/fr

Les perles d’Inde du Nord

Qu’y a-t-il de plus follement exotique qu’un voyage en Inde du Nord ? Rares sont les destinations qui suscitent autant de sensations, d’émotions, de passions. La province du Rajasthan symbolise à elle seule la fascination qu’exercent les « Indes » mythiques, celles des livres d’images où se mêlent somptueux palais de marbre et d’or, maharadjas à dos d’éléphant, fakirs et sortilèges ! Certes, aujourd’hui la réalité est autre : la misère sévit dans les grandes villes surpeuplées, certains palais sont décrépis, et les maharadjas sont devenus des hôteliers… Mais le charme agit toujours ! Les femmes ont une élégance naturelle dans leurs saris colorés, et les hommes en turban sont dignes et beaux. Même décrépis, les forts et demeures princières ont fière allure. Les « palais d’hôtes » sont décorés avec du mobilier d’époque et dans un style indo-européen qui allie le raffinement oriental au confort occidental. Et puis il y a le Taj Mahal. A l’instar du Macchu Pichu, au Pérou, la découverte de « la Lumineuse Perle de l’Inde » justifie à elle seul ce voyage, qui peut être par ailleurs perturbant pour les âmes sensibles et pour les intestins fragiles…

Delhi

New Delhi. Quel choc ! Ce qui frappe, d’abord, c’est la foule. On n’en revient pas de voir, dès la sortie de l’aéroport, une telle concentration humaine. L’impression est la même dans les rues grouillantes de Old Delhi, où le minibus a bien du mal à se frayer un passage dans le flot anarchique et ininterrompu des piétons, des vendeurs de journaux, des mendiants, des cyclistes et des rickshaw (taxis collectifs) bondés et imprévisibles. Un capharnaüm assourdissant qui n’a pas l’air de gêner les vaches indolentes qui se reposent sur la chaussée, indifférentes à toute cette agitation infernale… Sur les trottoirs encombrés de bâches en plastique servant d’abris aux sans-logis, gisent des êtres hagards et faméliques, des enfants pouilleux, des vieillards en loques sur des grabats, et cette misère est choquante. Mais il faut se garder des jugements péremptoires, et tenter de comprendre la structuration de la société indienne, comme le conseille Célia, notre guide indienne, dans le calme du jardin de l’hôtel Oberoi Maidens. Sous un immense banian résonnant de cris d’oiseaux inconnus, elle nous parle des castes, de la démographie galopante, de l’exode rural… Au moment où arrivent les plats, servis par des maîtres d’hôtel en gants blancs, on comprend qu’il va falloir s’habituer au contraste dérangeant entre le luxe des prestations touristiques, et la misère étalée dans les rues… La visite de Delhi permet de jeter les bases d’une première approche culturelle et historique de l’Inde. Le Fort Rouge montre la puissance de l’empereur moghol qui édifia au 17ème siècle cette forteresse inexpugnable, renfermant de merveilleux palais sertis de pierres précieuses ; le très haut Qutub Minar symbolise la forte présence de l’Islam ; et les quartiers cossus de New Delhi évoquent le passé colonial et l’empreinte britannique dans ce pays.

INDE du NORD – Old Dehli Salle d’audience Diwan-I-Khas au Fort Rouge

Les merveilles du Rajasthan

C’est avec soulagement que l’on quitte la capitale indienne pour pénétrer dans le Rajasthan. L’état des routes et les habitudes locales en terme de conduite peuvent rendre nerveux, surtout lorsque votre chauffeur, aussi bon soit-il, appuie sur le champignon et martyrise le klaxon alors qu’un camion Tata surchargé fait de même juste devant pour doubler des chameaux ! Ceux qui ne ferment pas les yeux à ce moment verront qu’à la dernière seconde le chauffeur empiète sur le bas-côté, heureusement dénué d’hommes ou de bêtes… Il faut aussi s’habituer à cela, ou bien mettre le masque occultant distribué dans l’avion. Mais cela serait dommage de ne pas voir ces champs de blé ou de colza, piqués des saris rose, vert ou jaune des femmes ; ces étendues arides où émergent des huttes en paille, ces arbres du désert avec leurs moignons étranges… Même les épouvantails sont élégants, car ils sont habillés de saris flottant au vent ! Au fur et à mesure que l’on s’éloigne de Delhi, le paysage se désertifie et devient infiniment plat. Célia égraine les siècles, les chiffres et les légendes, en émaillant ses récits d’anecdotes pour mieux faire comprendre son pays. « Saviez-vous que pyjama, palanquin, jungle, bungalow, véranda, shampoing, nabab, calicot, sont des mots d’origine indienne ? », nous demande-t-elle fièrement. Elle peut s’enorgueillir avec raison de la grandeur de son pays lorsqu’elle nous fait visiter le complexe de palais de Fatehpur Sikri. C’est une ancienne capitale de l’empire moghol du 16ème s., construite en grès rouge, et tout est un régal pour l’œil et l’esprit : ses volutes de pierre sculptées comme du bois, ses dentelles de marbre blanc, ses colonnes majestueuses, ses clochetons et ses tours… Il faut visiter Fatehpur Sikri à l’ouverture, il y a moins de monde, et cela renforce son côté « ville fantôme ».

INDE du NORD – Rajasthan Vieux sikh à Mandawa

Jaïpur est une autre halte incontournable, au Rajasthan. Les couleurs des bâtiments de la « ville rose » sont un peu passées, mais elle contient des merveilles architecturales qui forcent l’admiration. Tel le Palais des Vents, immense façade pyramidale percée de près de mille fenêtres ajourées, ou encore l’Observatoire, qui regroupe à ciel ouvert, c’est le cas de le dire, des instruments astronomiques colossaux du 18ème siècle, ressemblant à des sculptures contemporaines. Le fort d’Amber impressionne par la puissance de ses murailles de grès rouge, par la magnificence et le raffinement de ses palais de marbre, par l’harmonie de ses pièces d’eau. Si vous n’êtes pas opposés au travail des animaux, vous pourrez vous y rendre à dos d’éléphant. J’aimerais bien avoir la patience de ces animaux pour résister aux sollicitations pressantes et incessantes des petits vendeurs de souvenirs. Gentils, mais collants ! Ils ne vous lâchent que lorsque vous êtes assis dans le minibus, les portes fermées, et encore…

Ville d’artisanat par excellence, Jaïpur regorge de quartiers, appelés bazars, ayant chacun sa spécialité : le bazar aux pantoufles en soie brodées, celui des bois laqués, des cuivres ou des bijoutiers… Ne manquez pas d’aller à Bapu Bazar, où l’on trouve les cotonnades imprimées au tampon. C’est une technique fort ancienne au Rajasthan, où des villages entiers se consacrent à cet artisanat. Certaines échoppes ont leur propre atelier et font des démonstrations : vous verrez des ouvriers manipuler avec dextérité des pochoirs en tek sculpté, trempés dans six couleurs de base : bleu indigo, jaune safran, rouge rubis, vert épinard, noir oxyde de fer et blanc calcaire. Les motifs sont innombrables, et vous n’aurez que l’embarras du choix quant au support (sari, nappe, rideau…), à la qualité (coton simple ou en soie mélangée), à la taille, et aux couleurs… En marchandant ferme, vous ramènerez de superbes « indiennes » pour un prix très modique. Et dans certaines échoppes, ils offrent même un dépliant pour apprendre à porter un sari !

Les splendeurs passées du Shekhawati

Le Shekhawati est une région désertique située à la croisée des grandes routes caravanières, où de riches commerçants ont bâti de vastes demeures décorées de peintures murales. Dans des petits villages ruraux, animés mais pas surpeuplés, on peut se promener tranquillement en admirant ces havelis, certaines délabrées, mais ennoblies par ces  fresques, reflétant aussi bien la mythologie indienne que des scènes de vie quotidienne. Dans cette région, rien n’a vraiment changé depuis deux siècles : on tire toujours les charrettes avec des dromadaires, les potiers façonnent l’argile avec la même technique, et les pauvres se chauffent toujours avec de la bouse de vache séchée sur le toit des maisons… Ici, l’étranger est encore considéré comme un voyageur, et pas comme un portefeuille ambulant. Si vous semblez chercher quelque chose dans la rue, un « chic sikh » très élégant avec sa barbe peignée et son beau turban coloré viendra s’enquérir si vous voulez de l’aide, dans un anglais à l’accent british-hindou très craquant. Si vous séjournez dans cette région, il faut absolument réserver au Samode Palace, un somptueux palais de maharadja reconverti en hôtel. Ses chambres, toutes différentes, allient le raffinement oriental au confort occidental. Pendant le dîner, on assiste à un spectacle folklorique où se succèdent des montreurs de marionnettes et de très jolies danseuses issues de tribus nomades.  Au fait, saviez-vous que nirvana était aussi un mot indien ?

Inoubliable Taj Mahal

La plus belle des photos ne rendra jamais l’émotion que l’on ressent en découvrant le Taj Mahal pour la première fois. Surtout au lever du soleil, lorsqu’il émerge de la nuit en imprimant sur le ciel pâlissant la silhouette majestueuse de son bulbe parfait et de ses tours. On est subjugué par cette alliance de puissance, de grâce et de pureté qui se dégage de cette merveille du monde. Ce fabuleux palais en marbre blanc, incrusté de pierres précieuses, est bien plus qu’une merveille architecturale : c’est le symbole même de l’Amour. Celui d’un maharadja qui mit 22 ans et son immense fortune pour ériger en l’honneur de sa femme le plus beau des mausolées qui aient jamais été construits. Il se dégage un tel romantisme de ce monument que des couples du monde entier éprouvent le besoin de s’embrasser devant « la Lumineuse Perle de l’Inde »…

Pour profiter de la magie et de la poésie du site au petit matin, il faut y être avant 7 heures, lorsque la foule n’est pas encore là, et que le marbre rosit aux premières lueurs de l’aube. Il vous restera alors le reste de la journée pour visiter Agra, qui ne manque pas d’intérêt. Ne serait-ce que le fort d’Akbar, entourant de ses hautes murailles de somptueux palais de marbre incrusté de pierres semi-précieuses. Et par les fenêtres ou les baies ajourées de certaines pièces, vous apercevrez le Taj Mahal, qui éclate de blancheur de l’autre côté du fleuve Yamuna…

Pratique

Quand partir ? De novembre à mars, le ciel est toujours bleu, et les températures douces. Prévoir un pull, les nuits sont fraîches !

Formalités : passeport en cours de validité, et visa à obtenir en ligne avant de partir.

Circuit : cet article ne concerne qu’une partie du Rajasthan (Agra, Jaïpur, Fatehpur Sikri, Shekhawati). Le circuit classique comporte aussi les visites d’Udaïpur, Jodhpur, Jaisalmer et Bikaner. Mais il faudra prévoir alors au moins 15 jours… TUI propose un circuit d’une semaine à partir de 900 € vols compris, et un autre plus complet de 12 nuits à partir de 1200 €.

A lire : Lonely Planet « Inde du Nord et Rajasthan »

Se renseigner : www.incredibleindia-tourism.org

Les charmes du lac d’Annecy

Venez profiter de l’arrière-saison dans les eaux limpides et chaudes du lac d’Annecy, véritable perle lapis-lazuli enchâssée dans son écrin verdoyant de montagnes.

Il faut le voir pour le croire : à la fin de l’été, la température de l’eau du lac est comparable à celle de la Méditerranée ! A 27 °C, on y entre d’autant plus facilement que l’eau est claire et propre, Annecy pouvant se targuer d’avoir le lac en zone habitée aux eaux les plus pures d’Europe. Lorsque l’on navigue sur le lac (en pédalo, en bateau-croisière, en paddle ou en kayak…), sa clarté est telle qu’on peut voir le fond jusqu’à 5 m ! Pas étonnant qu’il y ait tant d’activités nautiques à pratiquer sur et sous l’eau… D’ailleurs, vers Angon, on peut essayer une toute nouvelle activité très fun : le e-foil ! C’est une planche qui vole au-dessus de l’eau grâce un moteur électrique placé sur le foil immergé. Le surf sans les vagues, quoi…  L’accès au lac est aisé sur presque toutes ses rives. En plus de la dizaine de plages officielles (certaines payantes, d’autres gratuites) réparties tout autour, il y a une multitude de spots où l’on peut poser sa serviette sur un coin d’herbe ou une plagette de galets. Certains utilisent les pontons des riverains comme plongeoirs pour piquer une tête dans le lac couleur lagon, et pour nager dans la plus grande piscine naturelle des Alpes !

A voir et à longer

Pour profiter des plus belles vues sur le lac, il faut prendre de l’altitude. Au col de la Forclaz (1150 m), un belvédère permet de voir le lac dans son intégralité. Vous aurez une vue encore plus chouette en faisant un baptême de parapente ! Par beau temps, une nuée de parapentistes tournoient au-dessus du lac, tels des papillons colorés butinant le nectar du ciel… Autre alternative, rejoindre à vélo l’Ermitage de St-Germain-sur-Talloires, dont le parvis offre un superbe panorama sur la langue bleue-vert du lac et la montagne du Semnoz. Comme il est situé à 700 m d’altitude, une assistance électrique ne sera pas de trop ! En ne comptant que sur la force de vos mollets, vous pourrez voir le lac sous tous ses angles en pédalant sur les pistes cyclables qui en font presque le tour. C’est à pieds que vous rejoindrez le belvédère du Roc de Chère (625 m d’altitude), en traversant la forêt de cette réserve naturelle à la végétation méditerranéenne. La plate-forme de grès et de sable située en haut des falaises, est un site idéal pour le pique-nique ! Enfin, ne manquez pas de faire la balade qui mène à la cascade d’Angon. Encastrée au fond d’un ravin, celle-ci tombe dans une grande faille, et on a du mal à la voir dans son ensemble. Mais le sentier pour y accéder, creusé dans la roche, et ménageant de superbes vues sur le lac, vaut à lui seul le détour !   

Le vieil Annecy (à ne pas confondre avec Annecy-le-Vieux…)

Traversé par la rivière Thiou et par des portions de canaux apparaissant et disparaissant sous les maisons, le centre historique d’Annecy est formé d’un lacis de ruelles pavées, reliées par des traboules (passages couverts) et par de petits ponts juste assez larges pour y faire passer une charrette. Ce quartier piétonnier au caractère médiéval a aussi une indéniable touche italienne, apportée par ses nombreuses églises, sa multitude de glaciers, et son romantique canal de Vassé qui  s’ouvre sur le lac au niveau du pont des Amours… D’ailleurs, Annecy n’est-elle pas surnommée la « Venise des Alpes » ? Grimpez l’une des rampes qui mènent au château, ancienne résidence des comtes de Genève et de Savoie. Son logis du XVème s. abrite un musée consacré aux 4 principaux lacs alpins, riche d’enseignements scientifiques, et non dénué d’humour, puisqu’il présente la vraie-fausse découverte des hydropithèques (singes d’eau), appelés aussi « sirènes d’Annecy »…       

Mes bonnes adresses

Séjourner

Boutik hotel, à Annecy : ancien hôtel particulier situé près du lac, avec terrasse et jardin ombragé, dont presque toute la déco peut s’acheter… A partir de 240 € la ch double avec petit déj. www.leboutikhotel.com

Camping 3 * de la Chapelle-Saint-Claude, à Talloires : au bord du lac, ombragé et calme, mobil-homes à partir de 490 €/sem pour 4 p. www.lachapellesaintclaude.com

Savourer

Black Bass, à Sévrier : nouvel hôtel 5 * au design contemporain, dont le restaurant « bistronomique » propose une formule midi abordable, avec vue sur le lac, à 29 €. Le soir, formule à 49 €. www.blackbasshotel-annecy.com

Le 1903, à Talloires : c’est le bistrot du chef étoilé Jean Sulpice, avec terrasse surplombant le lac. Incontournable ! Menus à partir de 38 €. www.perebise.com/bistrot-le-1903/

Les Trésoms, 15 bd de la Corniche, à Annecy : très bonne table gastronomique avec vue lac, dont le chef bordelais, Eric Prowalski, a concocté en association avec le vice-champion du monde d’apnée local (Stéphane Tourreau), un étonnant menu détox, faible en calories ! C’est assez cher (environ 90 €) mais c’est bluffant : féra en ceviche aux algues marines, risotto d’épeautre au charbon végétal et écrevisse, et myrtilles au lait d’amande, sirop de coco et graines de chia (donc sans sucre ajouté)… www.lestresoms.com

Kamouraska, passage de la Cathédrale : table commune + épicerie + cave, tenu par une Québécoise. Très convivial !

Les Palettes, square de l’Evêché : concept store original qui permet de grignoter le midi tout en faisant son shopping (vêtements, bijoux, sacs à main). Idéale entre copines.

Fromager Gay, rue Carnot : Pierre Gay est Meilleur Ouvrier de France, sa fromagerie est à se damner si l’on aime le fromage. Petit plus : au fond, le sol vitré permet de voir la cave d’affinage.

Pâtisserie Rigollot, pl. Georges Volland : également tenu par un MOF. Sa pâtisserie signature est « Mr. Smith », une tarte pomme Granny étonnante…

Rouge, rue du lac : encore une pâtisserie renommée, cette fois surtout pour sa brioche à la praline et son gâteau de Savoie, léger comme un nuage au-dessus du lac…

Le Palais des Glaces, rue Perrière : le meilleur glacier de la ville (dixit ma guide Anaïs qui les a tous testés  😉 )

Pédaler

Location à Mobilboard, place aux Bois (à 50 m du Boutik Hotel, et donc du lac).

Abricyclette : pour prendre un verre sur la piste cyclable. Desserts maison, glaces artisanales…

Guide très sympa et compétent : John Goldsmith  (john@duckstore-productions.com)

Pour info, le tour intégral du lac à vélo sur piste cyclable dédiée ne sera possible qu’en 2021, il reste une portion de route entre Veyrier-du-Lac et Menthon. Si vous voulez le faire tout de même, faites-le dans le sens des aiguilles d’une montre, sinon, il faudra affronter une rude montée à Talloires.

John Goldsmith

Se baigner

Mes plages gratuites et bons plans : la plage de Veyrier (à côté de l’hôtel Les Bords du Lac) ; plage d’Albigny, à Annecy-le-Vieux (douches et WC) ; plage de Duingt (ombragée) ; plage de St-Jorioz (parking gratuit et grande pelouse au bord du lac, juste à côté de la plage payante !) ; petites plages gratuites à Glière ; bon plan baignade le long de la piste cyclable entre Talloires et Balmettes ; les pontons de Menthon (vers Le Palace).

Visiter

Le château de Menthon : forteresse du 12ème s. transformée à partir du 15ème en résidence. Chaque siècle lui a apporté son lot d’amélioration en terme de confort et d’architecture. Ainsi, au 19ème s., le château fut agrémenté d’une galerie à colombage, de tourelles et de clochetons néo-gothiques…et du chauffage central ! Il appartient à la même famille depuis 23 générations, et l’un des châtelains a même creusé dans le château un tunnel avec wagonnet pour passer les plats de la cuisine à la salle à manger ! Superbe bibliothèque de 12000 livres, tous datant d’avant la Révolution. Emouvante chambre de la comtesse, où rien n’a bougé ou presque depuis sa mort (1983). Quelques beaux meubles et tableaux, dont un superbe primitif italien du 14ème s.  

A ne pas manquer

La Fête du Lac, le 1er samedi du mois d’août, avec le plus grand spectacle pyrotechnique d’Europe. Pensez à réserver pour l’année prochaine !

Se renseigner

www.lac-annecy.com

Les îles anglo-normandes

Ces deux îles dépendantes de la couronne britannique ne sont plus des paradis fiscaux. Mais leurs immenses plages de sable fin et leurs côtes sauvages aux landes fleuries, leur confèrent le statut de paradis photo !

Jersey, un petit air normand

Située à une vingtaine de kilomètres des côtes du Cotentin, Jersey possède une évidente parenté normande. Un bocage verdoyant, des prairies où paissent de petites vaches jersiaises aux yeux si doux, des valleuses entaillant des bois denses et rejoignant la mer par de grandes baies sableuses… En flânant dans les rues piétonnes de St-Hélier, la capitale de l’île, vous constaterez qu’il y a beaucoup de joailliers et de boutiques de luxe ou branchées. Pour des achats moins onéreux, faites un tour au pittoresque marché couvert, pour faire emplettes de souvenirs, de fleurs ou des produits frais locaux, telles que les huîtres locales, ou les savoureuses pommes de terre immodestement nommées « royal » … Dans les faubourgs de la ville, le manoir de Samarès est une ancienne demeure seigneuriale normande appartenant à la même famille depuis le Moyen Âge. Elle est entourée d’un superbe parc paysager riche d’essences botaniques rares, avec jardin japonais, potager, jardin d’herbes et de plantes médicinales…

Continuez par la Hougue Bie, l’un des plus grands tombeaux à couloirs mais aussi l’un des mieux conservés en Europe. Entièrement recouvert par un tertre herbeux (coiffé au sommet par une chapelle du XIIème s.), ce tumulus néolithique datant de 4000 ans avant notre ère, est l’une des 10 plus vieilles constructions au monde ! En se pliant en deux, il est possible d’entrer par le couloir jusqu’à la chambre principale (claustrophobes s’abstenir !), où devaient se dérouler les cérémonies rituelles. Un musée archéologique attenant présente l’histoire du peuplement de Jersey, ainsi que sa géologie, et à l’extérieur, une maison néolithique est reconstituée, et des volontaires se relaient pour présenter aux visiteurs les techniques de construction et de vie de nos lointains ancêtres : c’est passionnant !

Rejoignez la côte à Gorey pour visiter le château de Mont-Orgueil, une forteresse médiévale juchée sur un promontoire au-dessus d’un ravissant petit port aux maisons couleurs d’arc en ciel. La visite libre est géniale, car elle permet d’explorer ce vieux château labyrinthique en passant de tour en tour, d’escalier en escalier, de pièce en pièce, chacune ayant quelque chose à voir : un tableau, une collection de monnaies ou de bijoux anciens, un fabricant d’armes médiévales, etc… Montez au sommet des tours, la vue est superbe sur le port et sur toute la côte.

Le littoral nord de Jersey est rocheux et sauvage, il se prête parfaitement à la randonnée. Un réseau de sentiers balisés sillonne cette zone côtière, qu’il est possible de parcourir en entier, par tronçons, ou par des boucles (se procurer la brochure gratuite « North coast walking guide »). Les paysages marins sont plus beaux les uns que les autres, et font furieusement penser à la Bretagne. Parfois un petit port de pêcheurs échancre ces falaises, un bar surplombe une crique, ce qui permet de faire une pause bière, thé ou fish & chips, tout en contemplant  la mer…  Tel l’adorable port de poche de Rozel Bay, dont les cabanes de pêcheurs serrées sur la jetée, peintes en rouge vif, forment un tableau plaisant en se découpant sur l’azur, tandis que dansent en contrebas les petits bateaux encordés à la digue… Devil’s Hole est un creux ménagé dans la falaise. Il n’est guère spectaculaire, mais le chemin qui y mène permet d’avoir de jolis vues. Quant au diable, il n’est pas là où on l’attend ! A l’extrême nord-ouest, poussez jusqu’à la pointe de Grosnez, c’est une sorte de pointe du Raz jersiaise, comportant les ruines d’un château du XIVème s. faisant corps avec le granit des falaises.  

Enfin, ne quittez pas Jersey sans voir le site de Corbière, au sud-ouest, une pointe rocheuse avancée dans l’océan, prolongée par un chapelet d’écueils. Tout au bout, accessible par une chaussée à marée basse, un îlot est occupé par un phare tout blanc, construit en 1874. Le site est très photogénique, que ce soit au coucher de soleil, ou le matin tôt, quand une douce lumière expose parfaitement cette aquarelle marine… 

Jersey – Phare de Corbière
Jersey – Pointe de Corbière

Une plage pour chaque jour de la semaine

Si vous restez une semaine à Jersey, et que vous avez une voiture, vous aurez le privilège de pouvoir choisir votre plage du jour, tout en ayant l’embarras du choix ! La plus grande, c’est celle de Saint-Ouen, une immense et large langue de sable, qui occupe presque toute la façade ouest de l’île. Exposée à la houle et au vent, elle attire les surfeurs et les amateurs de sports nautiques. Au sud, la plage de la baie de St-Aubin est aussi idéale pour s’amuser dans l’eau (planche à voile, ski nautique, scooter des mers…), mais elle ourle une rive très urbanisée, car proche de St-Hélier. Préférez la plage abritée de Ouainé Bay, qui fait face à St-Brelade, elle est plus tranquille, et dispose aussi d’un petit centre nautique. Juste à côté, l’intime crique de Beauport est idéale pour se baigner avec des enfants, car elle glisse en pente douce sous le clapotis des vaguelettes. Egalement au sud, coup de cœur pour Portelet Bay, dont les eaux turquoises encerclent un îlot surmonté d’une tour ronde. On y accède par un escalier plongeant à travers les dunes, dont les flancs sont couverts par une peste végétale (sea grass) qui se caractérise par une explosion de fleurs au début de l’été. Enfin, si vous recherchez vraiment la tranquillité, rejoignez au nord-ouest les belles plages de Plémont Bay (avec grotte et cascade) ou de Grève de Lecq. Comme ce sont les plus éloignées de la capitale, ce sont aussi les moins fréquentées, et vous y serez à votre aise, même au mois d’août !  

Jersey – Portelet Bay

Guernesey

Plus petite que Jersey, Guernesey est aussi plus tranquille, et à part St-Peter Port, autour duquel gravite l’essentiel de l’activité économique, le reste de l’île est une campagne calme et verdoyante dont les pimpantes maisons fleuries ont cette inimitable touche de coquetterie britannique. Parfois, elles sont devancées par un présentoir où les habitants disposent des légumes ou des fleurs, confiants dans le fait que l’acheteur n’oubliera pas de laisser l’argent dans la tirelire ! Victor Hugo, qui s’était installé à Guernesey après avoir passé trois ans à Jersey, aimait vraiment ces îles, qu’il décrivait ainsi : « On passe d’un bois à un groupe de rochers, d’un jardin à un écueil, d’une prairie à la mer »… Après avoir visité sa maison (lire ci-dessous) à St-Peter Port, faites le tour de l’île par la route côtière en vous arrêtant sur les parkings disposés au plus près de la mer. A chaque fois vous découvrirez un beau paysage marin, surveillé parfois une tour de défense napoléonienne ou un fort allemand de la Seconde Guerre mondiale. Au nord-est, arrêtez-vous au dolmen de Déhus et pénétrez dans son couloir jusqu’à la chambre principale : l’éclairage permet de révéler, en regardant la dalle du plafond, le Gardien du Tombeau, un visage d’homme probablement gravé par les premiers occupants de l’île, au néolithique. Selon vos envies, vous pourrez « privatiser » une crique sauvage ; randonner le long des falaises ; ou tout simplement vous reposer sur le sable rosé d’une plage de rêve. Comme la toponymie locale comporte beaucoup de noms français, il est amusant de s’arrêter pour boire un verre à Port-Soif ou Bordeaux Harbour, de faire du kayak à Petit Bot, de savourer la vue de Chouet Bay, et de quitter à regret celle de Crève-Coeur !

Guernesey – Petit Bot Bay

Herm

Accessible depuis St-Peter-Port en 20 minutes de bateau, l’île d’Herm est presque plate et fait 2 km de long pour un peu moins d’1 km de large. Le tour complet prend deux heures de marche, mais on peut y rester la journée si l’on prend le temps de se baigner sur la magnifique plage de Shell, d’observer les oiseaux marins et la flore des dunes… Au nord, vous pourrez prendre un verre devant Belvoir Bay, et dans le bourg près du débarcadère, l’auberge Mermaid Tavern propose des fish & chips très corrects. Il y a aussi un hôtel (le White House) pour passer la nuit sur place, afin de profiter de l’île en exclusivité, le matin et le soir, sans un seul touriste à l’horizon pour gâcher la vue !

Fish & chips de Mermaid Tavern, à Herm

Trois visites incontournables

A Jersey

Les Jersey War Tunnels sont des souterrains creusés par les Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale. A partir d’objets, de lettres, de photos et vidéos d’époque, ce musée retrace l’histoire poignante des Jersiais qui durent subir l’occupation allemande de 1941 à1944. A la fin de la visite, des panneaux montrent la photo et expliquent l’histoire de tous les îliens arrêtés, déportés, persécutés, échappés, et même ceux qui ont fraternisé avec l’ennemi !

A Guernesey

La maison Hauteville de Victor Hugo se trouve dans un quartier calme de St-Hélier. Récemment rénovée, cette maison fascinante est empreinte du sol au plafond du génie de l’écrivain, qui y vécut en exil de 1856 à 1870. La visite (sur réservation) est faite en français par des guides qui vous expliqueront tous les symboles explicites ou non laissés par Victor Hugo dans sa maison, où il termina les Misérables et écrivit, dans sa véranda vitrée sur le toit, « Les Travailleurs de la Mer », un roman inspiré par les îliens, qu’il ne faut pas oublier de glisser dans sa valise ! 

La Petite Chapelle (au centre de l’île, dans la paroisse de St-André-de-la-Pommeraie) : en 1914, un prêtre français eut l’idée de construire une réplique en miniature de la basilique et de la grotte de Lourdes. Ce monument est étonnant, car le Frère le décora de cailloux, de coquillages et de morceaux de faïence ou de porcelaine de couleur. Un bel exemple d’art brut !

Pratique

Y aller

Par ferry depuis St-Malo : 1h30 de traversée pour Jersey, et 2h le retour par Guernesey. 76 €/p A/R. www.condorferries.fr

Location de voiture : il est préférable de louer une voiture plutôt que d’amener la sienne en ferry, car la conduite à gauche sur ces petites routes est plus pratique avec un volant à droite !

Se loger

St-Magloire, à St-Aubin (Jersey) : guesthouse très bien située sur le petit port de St-Aubin. Compter 120 € la chambre double, en B&B. 

St-Brelade’s Bay Hotel (Jersey) : idéalement situé devant une belle plage, très bel hôtel d’esprit Victorien, où le client est reçu avec beaucoup d’égard. Vastes chambres vue mer, à partir de 350 €/j. 

La Frégate, à St-Peter Port (Guernesey) : boutique-hôtel très agréable, situé sur les hauteurs du port. Chambres doubles à partir de 170 €, en B&B.

La Frégate, à St-Peter Port

Se restaurer

Oyster Box, à St-Brelade (Jersey) : pour se régaler de poissons et fruits de mer, avec vue sur l’une des plus belles plages de l’île.

La Belle Gourmande, à St-Aubin (Jersey) : plats maison, cuisine familiale et produits de terroir à emporter.

Sophie Huelin, gérante de La Belle Gourmande, à St-Aubin

Le Nautique, à St-Peter Port (Guernesey) : la meilleure et la plus ancienne adresse de l’île pour déguster poissons et fruits de mer.

Vendeur de homard, à Jersey

A ramener

De Guernesey : de la gache (prononcez gosh) de chez Senners, une brioche fourrée aux raisins secs ; du gin de la distillerie Wheadon’s (hôtel Bella Luce) ; un véritable jersey (pull marin) du Tricoteur, entreprise artisanale située à la pointe sud-ouest de l’île ; des bijoux en or ou en argent de Catherine Best, une créatrice s’inspirant de la nature.

Bon guide : Agnès Perry  agnestourguide@gmail.com

Se renseigner

www.jersey.com

www.visitguernsey.com 

Balades en Géorgie

Coincé entre la Russie et la Turquie, ce petit pays s’est forgé une culture originale, étonnante fusion du monde occidental et oriental. Venez découvrir ses pittoresques villages et ses églises orthodoxes au fil d’excursions à pieds ou en 4×4 dans les montagnes du Grand Caucase.

GEORGIE – Tbilissi Pope sur la forteresse Narikala

Tbilissi, une découverte capitale

La capitale géorgienne est une première étape idéale pour comprendre ce pays, car elle dévoile deux mille ans d’histoire dans un saisissant contraste : la forteresse Narikala défendant la ville depuis le IVème s. surplombe la tour futuriste de l’hôtel Biltmore ; dans la vieille ville, des églises de style roman voisinent avec des bains turcs et d’anciens caravansérails persans ; et l’avenue Roustavéli (les Champs-Elysées géorgiens), construite par les Russes au XIXème s., évoque les fastes de Saint-Pétersbourg tout en jouxtant de sinistres immeubles d’architecture stalinienne. C’est une ville très animée, et ses bars et clubs les plus branchés se trouvent autour de la rue Jean Chardin (un bijoutier du shah de Perse), dans le quartier… français ! Oui, vous constaterez que les Géorgiens sont assez francophiles, à défaut d’être francophones. Il faut dire que la ville a été prise ou attaquée 40 fois, mais jamais par la France… Commencez votre découverte de la ville en accédant à la forteresse par le funiculaire : son départ se trouve à côté de deux énormes tubes en acier évasés, qui s’avèrent abriter une salle de concert ! Du haut des remparts, vous aurez une vue d’ensemble sur toute la ville, et vous pourrez embrasser du regard cette étonnante juxtaposition de styles architecturaux de toutes époques. Il ne reste plus grand-chose du IVème siècle, car la forteresse a servi de garnison aux soldats russes, pas particulièrement respectueux des vieilles pierres, et elle a aussi subi de gros dégâts lors d’une explosion de munitions en 1824. Au sommet trône une statue monumentale en aluminium de « La mère de la Patrie », qui semble veiller sur la ville en tenant d’une main une coupe de vin (pour accueillir ses amis) et de l’autre une épée (pour ses ennemis)… Redescendez à pieds par les petites rues bordées de belles maisons aux balcons en bois, aux jardinets embaumant le lilas et le jasmin. Quelle surprise de se retrouver dans le quartier des bains turcs « Abanotubani », dont les coupoles en pierre au sommet ajouré laissent passer des vapeurs d’eau sulfureuse ! Juste à côté, voici la mosquée Juma, dont la façade recouverte de mosaïques bleues aux motifs orientaux évoque un palais turquoise d’Ispahan… Vous aurez bien d’autres occasions de visiter des églises, en Géorgie, mais faites quand même un tour à l’église Methéki et la cathédrale Sioni, où les offices sont souvent chantés par des chœurs masculins ou féminins. Ces intérieurs sombres où des icônes apparaissent dans le faible halo des bougies, sont imprégnés d’une vibrante spiritualité, et l’on se fige d’émotion en écoutant un moine psalmodier dans sa barbe des prières hiératiques d’une voix grave et monocorde, tandis que s’élève, comme entonné par des anges, le chant mélodieux d’un chœur de femmes cachées par un pilier… Ne quittez pas Tbilissi sans avoir visité le Musée National, exposant une magnifique collection d’art oriental, une expo sur la biodiversité du Caucase, et dont la section archéologique dévoile une fascinante collection de crânes et d’os datant de l’âge de pierre. On y apprend notamment que la Géorgie est l’un des berceaux de l’humanité !

D’extraordinaires églises et monastères

La chaîne du Grand Caucase, dont les sommets culminent entre 4000 et plus de 5000 m d’altitude, relie la mer Noire à la mer Caspienne. Ses vallées et ses alpages sont propices à une multitude de randonnées, où le grandiose le dispute au merveilleux. En rejoignant ces montagnes, vous ferez d’abord étape à Mtskheta, l’ancienne capitale du royaume d’Ibérie, pour visiter deux lieux de culte : le monastère de Jvari, juché sur une colline, dont la croix sacrée est surveillée par des moines pas commodes (qui n’hésitent pas à vous expulser si vous tentez de sortir un appareil photo !) , et la cathédrale Svetiskhoveli. Vénérée par les chrétiens orthodoxes, elle est fréquentée par une foule de croyants et de dévots pèlerins qui affluent ici depuis le IVème s., car le Saint-Suaire y serait enterré… On resterait des heures à déambuler autour des énormes piliers de cette immense cathédrale à trois nefs, pour admirer ses fresques et ses icônes, ses fonds baptismaux du IVème s., et son imposant fauteuil en bois sculpté, qui ne déparerait pas dans « Game of Thrones »…

Plus au nord, en empruntant la route « militaire » (surnommée ainsi pour rappeler l’invasion russe en 1921), vous découvrirez le superbe monastère fortifié d’Ananouri, citadelle du XVIè s. construite en surplomb d’une rivière. Son parking est envahi de boutiques d’artisanat, pas toujours local, mais où l’on peut toujours dénicher de jolies icônes et faire un selfie marrant avec une pittoresque tuque en laine de mouton… L’ascension du col de Jvari (2379 m) est pénible, car la route serpentine est encombrée d’énormes camions s’arrachant à l’apesanteur en expulsant dans l’atmosphère de sombres nuages asphyxiants… Cela laisse le temps d’observer le paysage. Manque de chance, il est enlaidi par l’hideuse station de ski de Goudaouri ! Cela n’arrivera plus dans ce périple, où l’on sera toujours séduit par le caractère bucolique et agricole des paysages. 4 km après Goudaouri, un étrange monument attire l’attention : posé sur un tertre au bord d’une falaise, un gigantesque arc de cercle en béton est recouvert d’une fresque très colorée. Construit en 1983 pour célébrer l’amitié entre la Géorgie et la Russie, il donnera l’occasion à votre guide de faire le point sur la délicate question russe, et les sentiments mitigés qu’elle suscite chez les Géorgiens : un mélange de rancœur, de bravade et d’admiration…

L’un des plus beaux sites de Géorgie se trouve de l’autre côté du col de Jvari, plus bas dans la vallée, à Guerguéti. Ce village sans charme particulier est dominé par un nid d’aigle au sommet duquel est posée la petite église de la Trinité, aux murs de grès rose gravés d’animaux étranges, entre caméléon et dinosaure…. Il faut une heure pour grimper là-haut, mais l’effort est récompensé par une vue splendide sur les glaciers étincelants du mont Kazbegi (5047 m). Une fois sur place, on n’a plus trop envie de redescendre au village, d’ailleurs beaucoup de randonneurs campent dans la prairie attenante, afin de passer plus de temps à contempler ce paysage de couverture de magazine…

Non loin de là, au bout de la vallée de Sno, voici Juta, l’un des plus hauts villages de Géorgie (2165 m). C’est le point de départ d’un magnifique et facile randonnée, à travers les alpages en compagnie des troupeaux de moutons et de vaches, et de leurs bergers. Sous les pentes rocheuses du mont Chaukhebi (3842 m), vous cheminerez le long des rhododendrons jusqu’à de charmants lacs, et les plus sportifs pourront même faire l’ascension du mont Têtu (3210 m). Chemin faisant, à noter le superbe refuge 5th Season, dont les chambres ont un mur vitré offrant une vue splendide et imprenable sur le versant opposé de cette vallée encaissée. Comme il n’est qu’à une trentaine de minutes de marche de Juta, beaucoup de Géorgiens viennent ici uniquement pour passer quelques heures dans des transats, à profiter du calme et admirer le paysage en buvant une bière, sans aller plus loin !

Les trésors de la Kakhéty 

Retour dans la plaine fertile de Kakhéty (prononcez Karéty), au nord-est de Tbilissi. C’est un peu le grenier de la Géorgie, et aussi le principal terroir viticole du pays. Les Géorgiens prétendent même que c’est là qu’aurait été fabriqué le premier vin du monde ! En effet, des recherches archéologiques ont montré que la viticulture dans cette petite république du Caucase remonte à 7 000 avant J.C., bien avant qu’elle ne soit cultivée en Europe par les Romains ou les Grecs ! RDV à Telavi, chef-lieu de la région, chez Zaza Kabulaschvili, un viticulteur-potier, pour en savoir plus sur la très particulière technique de vinification locale. Zaza nous conduit directement dans sa cave sombre et fraîche, où d’énormes jarres de la taille d’un homme se dessinent dans la pénombre. Ca sent l’argile, et c’est normal car c’est avec cette terre imperméable qu’il façonne ces jarres de plus de 2 m de haut, d’une contenance de 2000 litres ! Il lui faut trois mois pour en faire 10, en les agrandissant de 10 cm tous les 2 ou 3 jours. Une fois façonnées, il les introduit dans un énorme four à bois alimenté jour et nuit, et elles cuisent une semaine à 1300 °C ! Une fois refroidies, ces jarres géantes, qu’on appelle qvevri (comme le vin qu’elles vont contenir) sont livrées au viticulteur qui les a commandées, et sont enterrées dans sa cave, où elles peuvent servir à faire du vin pendant des siècles ! Cette technique de vinification traditionnelle, inscrite au Patrimoine immatériel de l’Humanité par l’Unesco, consiste à mettre à vieillir ensemble le jus, la peau des raisins et des rafles de vigne, ce qui confère un caractère tannique et minéral au vin, une grande longueur en bouche, avec des arômes d’amande pour le vin blanc, dont la couleur tire vers le jaune-orangé. Très fier de son vin et de ses jarres (il ne sont que trois en Kakhéty à savoir faire de si grandes jarres), Zaza prétend même qu’il serait excellent pour la santé (particulièrement contre le cholestérol), et l’on se sent d’autant plus disposé à le croire qu’il nous ressert de son délicieux jaja (prononcez chacha), une eau-de-vie très fruitée à 50 ° d’alcool…  Tout tourne autour du vin dans cette région, et même lorsque l’on visite la maison transformée en musée d’un noble Géorgien, à Tsinandali (celle d’Alexandre Chavchavadze, savant, prince et poète), on s’aperçoit que son domaine est viticole, et la visite se termine dans le cellier, où une grande marani (cave) permet de déguster ses différents crus. Intéressante expérience, qui permet de comparer des vins issus des deux méthodes employées en Géorgie : la traditionnelle, avec vinification dans des jarres enterrées, et la vinification à l’européenne, méthode d’ailleurs importée en Géorgie par cette famille. Goûtez en particulier le blanc sec 2016, de type Bourgogne, et le khikhvi (à boire plutôt qu’à prononcer) élevé en jarre, du nom d’un cépage très ancien donnant un vin blanc très parfumé, proche de la palette aromatique d’un vin hongrois de Tokay… Cette maison ayant servi de résidence d’été aux monarques russes, elle est richement meublée, avec du mobilier français et russe, et l’on peut même y admirer un tableau de Dali et un autre de Picasso ! Elle est posée au cœur d’un très beau parc de 12 ha planté de pins parasols, de cèdres, de palmiers et de bambous, et de gigantesques magnolias, à l’ombre desquels on peut s’asseoir pour regarder passer les Géorgiens endimanchés, venus retrouver là un faste révolu, et un peu de leur splendeur passée…  

Si vous êtes vraiment intéressés par le vin et la méthode traditionnelle qvevri, rejoignez Vélistsikhe et arrêtez-vous chez la famille Nodari pour voir sa cave vieille de 3 siècles. Le vigneron madré ne se fait pas prier pour soulever le couvercle posé sur le col des jarres enterrées dans le sol, et y retirer au pichet un vin rouge sucré et parfumé qu’il fait déguster aux amateurs. Normal, il en a fait son gagne-pain ! Vous aurez de la chance si vous pouvez discuter tranquillement avec lui sans qu’un bus entier d’Allemands viennent abréger votre visite en envahissant la cave, en se prévalant de la prééminence de leur nombre et de l’importance de leur timing…

GEORGIE M. Nodari, viticulteur à Velitsikhe, dans sa cave avec jarres enterrées (qvevri)

A 20 km au nord de Telavi, entourée de vigne et d’oliviers, la cathédrale Saint-Georges d’Alaverdi érige sa haute tour ronde dans la zone fertile entourant l’Alazani, le grand fleuve alimenté par les montagnes du Caucase. Datant du XIème s., c’est l’une des trois grandes cathédrales géorgiennes, l’un des trois piliers de la religion catholique orthodoxe dans ce pays. Pourtant son nom signifie « Don d’Allah », en vieux perse, ce qui en dit long sur les influences musulmanes agissantes dans cette région située aux confins de la chrétienté. Dès l’entrée, on est impressionné par ses proportions harmonieuses malgré sa hauteur (50 m). Les 16 fenêtres en meurtrière de sa tour sommitale projettent des faisceaux lumineux transperçant la pénombre, comme autant de paroles divines… On y admire de très belles fresques, dont « Saint-Georges tuant le dragon », ou une superbe « Vierge à l’Enfant » au-dessus de l’autel. A l’extérieur, il n’est pas permis de s’écarter de l’allée menant à l’église, car le complexe monastique est toujours habité par des moines, exigeant le calme et la discrétion. Si l’on traverse le fleuve et que l’on continue vers les montagnes du nord, on se trouve sur l’unique route qui mène à la Touchétie. Et quelle route ! (lire plus loin)     

Si au contraire vous restez dans la plaine, continuez jusqu’à atteindre Sighnaghi (dire « sirnari »). C’est l’une des plus jolies villes du pays, perchée sur une colline à 750 m au-dessus de la vallée de l’Alazani, et faisant face aux neiges éternelles des monts du Daguestan. Il faut se promener à pieds dans le dédale de ses ruelles en pente pour savourer le charme de ses maisons aux balcons en encorbellement, surchargés de fleurs et de plantes vertes… Sur les placettes, des marchands ambulants proposent toutes sortes de produits artisanaux, parmi lesquels les fameuses churchkhella (éternuez quelque chose comme tchourchréla), longues friandises très sucrées en forme de saucisse boudinée, à base de jus de raisin, de grenade, de noix ou d’abricot… Prévoyez de finir votre balade à proximité des remparts, et empruntez le chemin de ronde jusqu’au « Castle restaurant » : il dispose d’une grande terrasse offrant une vue sublime sur la plaine et les montagnes du Caucase. Au coucher de soleil, c’est encore mieux, et la maison prévoit même des couvertures pour ceux qui désirent rester jusqu’à ce que s’allument les étoiles…

Le fabuleux site monastique de David Gareja

A l’Est de Tbilissi, peu après Sagarejo, une route oblique vers la droite en indiquant « Udabno ». Traversant d’abord des champs d’amandiers à perte de vue, la route se dégrade à mesure qu’elle s’avance dans des steppes herbeuses, dont nul arbre ou nulle construction humaine ne vient rompre la douce ondulation des courbes. Très vite, le 4×4 s’avère nécessaire, et malgré la dextérité du chauffeur, on n’est pas à l’abri de devoir descendre pour le laisser s’extirper des profondes ornières creusées par le passage des bus ou des camions. Au bout de cette route se trouve un extraordinaire complexe monastique troglodyte, très spectaculaire, évidemment inscrit au patrimoine mondial de L’UNESCO. Les premiers monastères chrétiens ont été construits ici dès le IVème siècle, creusés directement dans le calcaire jaune-ocre, ou à flanc de falaise. On imagine que les moines recherchaient l’isolement, ils ne devaient pas être déçus dans ces steppes désertiques du bout du monde, battues aux quatre vents, à des jours de marche de la moindre tentation ou distraction… David, c’est le nom d’un des 13 pères syriens qui a fondé ici le premier monastère, avec  l’une des trois pierres saintes de Jérusalem, ce qui explique que ce site devint un haut lieu de pèlerinage de la chrétienté orientale. Et Gareja, c’est tout simplement le nom de cette région steppique. Au fil des siècles, le site abrita une vingtaine de monastères, et devint un grand centre de savoir, possédant une école réputée de peintures murales, une école de philosophie, une autre de traduction de livres liturgiques… Mais les lieux saints n’arrêtent pas les vandales : les monastères furent ravagés au XIème s. par les Turcs seldjoukides ; deux siècles plus tard par les Mongols ; puis en 1615 par le shah d’Iran, qui tua 7000 moines ! Le coup de grâce fut donné par l’armée soviétique, qui utilisa le site comme terrain d’entraînement militaire, sans égard pour le patrimoine religieux, les chars n’hésitant pas à prendre pour cible des bâtiments historiques… Aujourd’hui les moines ont réinvesti certains monastères, et des travaux de restauration sont en cours. Certes, les échafaudages gâchent un peu la beauté des lieux, mais au moins trois monastères sont ouverts à la visite. Celui de Lavra (le plus proche du parking) est fortifié, et dispose de deux églises, l’une troglodyte, l’autre pas. Sa cour donne accès aux grottes aménagées par les premiers moines. Il est émouvant de voir ces niches de pierre, certaines ouvertes à l’air libre, dans lesquelles vivaient des moines dans des conditions proches du dénuement des premiers hommes des cavernes… Pour accéder à l’autre monastère, il faut ressortir, et grimper la colline sur une sente poussiéreuse dont le tracé traverse plusieurs fois la frontière avec l’Azerbaïdjan. Depuis le sommet de cette croupe herbeuse, on ne voit que la steppe à perte de vue, et en observant cette immobilité qui semble pourtant en mouvement grâce aux ombres galopantes projetées par les nuages, la spiritualité émanant de ce lieu saint a provoqué chez moi des questions métaphysiques et/ou existentielles, telles que l’impermanence de la vie (il n’existe rien de constant si ce n’est le changement, comme disait Bouddha), la relativité du temps, ou la futilité des désirs humains… Sans réponse probante, j’ai suivi l’étroit sentier qui s’accroche à flanc de falaise, pour accéder aux grottes du monastère d’Oudabno. Certaines sont ornées de magnifiques fresques rupestres du Xème au XIIIème s., mais comme elles sont exposées à l’air libre, certaines sont presque effacées, alors que d’autres sont incroyablement bien conservées. Il faut crapahuter un peu pour aller de grotte en grotte, et leur accès difficile rend leur surveillance impossible, ce qui engendre des comportements stupides : certains gravent leur nom ou font des dessins obscènes à côté des images pieuses, d’autres touchent les parois de leurs mains huileuses pour vérifier si les peintures de s’effacent pas, et lors de mon passage, un groupe de touristes allemands (encore eux) a trouvé normal de « privatiser » la plus belle grotte (celle de la fresque de la Cène du XIème s.) pour pique-niquer, en se souciant comme d’une guigne des autres voyageurs, qui devaient patienter qu’ils aient fini de déjeuner pour profiter en silence de la beauté des lieux. Cet épisode a confirmé ma conviction que l’homo touristicus, lorsqu’il vit en bande, est la branche la moins évoluée de l’espèce humaine !  

Les villages perdus de Touchétie

Disons-le sans ambages, l’excursion consistant à se rendre en Touchétie est à déconseiller aux personnes sujettes au vertige. En effet, l’unique route qui mène à cette région enclavée est constamment en balcon (sans rambarde de sécurité) sur d’impressionnants précipices ! Et il n’y a pas que quelques passages critiques, ça dure des heures ! Vraiment insoutenable pour quelqu’un qui aurait peur en voiture, ou que le vide effraie. Je reconnais que je n’en menais pas large, lorsque les roues du minibus 4×4 se rapprochaient de l’abîme, et j’avais les mains blanches à force de m’agripper à la portière, parce qu’en plus cela secoue pas mal à l’arrière… J’aurais pu casser un kilo de noix dans cette voiture, et sans les mains ! Mais en évitant de regarder en contrebas, on se délecte de paysages montagneux d’une beauté sauvage à couper le souffle. Lorsque le chauffeur fait une dernière pause à l’Abano pass (2860 m), le col battu par des vents glaciaux qui donne accès à la Touchétie, le plus dur est fait, et l’on se détend un peu en photographiant la très esthétique vallée qui s’ouvre au regard, piquetée de fleurs blanches qui s’avèrent être des moutons. Sans ces pylônes datant de l’époque soviétique, Spielberg pourrait y tourner le prochain Jurassic Park… Au loin, on distingue quelques-uns des 29 glaciers de Touchétie, qui possède aussi le plus haut sommet du Caucase, le mont Tébulo, culminant à 4493 m !

Le col étant pris par la neige une grande partie de l’hiver et du printemps, les rares résidents permanents de Touchétie (une vingtaine de personnes) passent 7 mois coupés du reste du monde. On n’imagine pas ce qu’ils doivent endurer, sachant que même en été, lorsque le sol dégelé veut bien donner des pommes de terre, des oignons et quelques chous, tout vient par la route ! Cette région est si isolée que le tourisme est la principale source de revenu des habitants. Presque toutes les maisons d’Omalo, le village principal, sont des guesthouses ! Le centre du bourg est occupé par tous les minibus 4×4 qui déposent ici les randonneurs. En effet, si l’on brave les dangers de la route pour venir en Touchétie, c’est pour faire des treks dans un cadre somptueux et une nature intacte. Le guide ne l’a pas dit tout de suite, mais il y a des loups et des ours dans ces montagnes ! En France aussi, cela dit, mais sans doute pas autant, et vu le caractère rugueux des Touches, je n’ose pas imaginer celui des ours… Ce qui fascine d’emblée, en arrivant à Omalo, ce sont ces étranges tours juchées sur un tertre, qui coiffent le village. Comme notre guide a choisi la seule guesthouse installée dans une tour située au cœur du hameau, je ne tarderai pas à tout savoir sur leur origine et leur fonction. Au Moyen Âge (et c’est en partie toujours le cas aujourd’hui…), les bergers n’avaient qu’une richesse : leurs troupeaux. Pour les protéger des razzias des tribus tchétchènes, ils ont construit ces tours défensives avec ce qu’ils avaient sous la main : des pierres sèches. La technique architecturale est inspirée de celle des bâtisseurs du Daghestan voisin, mais leur génie empirique a été d’arriver à élever ces colonnes de pierre légèrement pyramidales sur plusieurs étages (entre 3 et 7), jusqu’à 20 m de haut, et de faire en sorte qu’elles résistent au climat particulièrement rude de ces montagnes. En bas se tassaient les animaux, et la famille se répartissait suivant un ordre établi, les femmes après les bêtes, puis les frères et sœurs, le chef de famille se réservant la chambre la plus élevée (mais aussi la plus étroite et la plus ventée)… Cette société très patriarcale a conservé ses caractéristiques, et il n’est pas rare de voir une pancarte ou un pictogramme « interdit aux femmes » devant certains lieux tel que le cimetière, une brasserie, ou un autel religieux. Mais ces règles venues d’un autre âge sont moins strictes vis-à-vis des touristes de sexe féminin, qui peuvent toujours prétendre qu’elles ignorent cette interdiction. Dans la famille qui nous accueille, les femmes sont effectivement en cuisine, et servent les hommes qui discutent les pieds sous la table en buvant un coup et en les regardant s’activer sans bouger un doigt pour les aider. Mais Tsiala Idoidze, la femme de notre aubergiste, ne semble pas vouloir remettre en cause cette répartition des tâches, elle est même fière de sa culture, et lorsque j’ai proposé de faire son portrait, elle a choisi de poser avec une photo N&B où l’on voit le grand-père de son mari poser en tenue d’apparat avec quelques cosaques patibulaires mais presque, qui seraient certainement peu favorables au mouvement « me too »…  

Les treks consistent à relier à pieds, entre 2000 et 3000 m d’altitude, les rares villages de Touchétie. Pour éviter les boucles, pas toujours possibles, les randonneurs sont récupérés en minibus en fin de journée. Chemin faisant, on se régale de framboises sauvages en traversant les forêts, et de myrtilles sur les crêtes herbeuses. Ces balades bucoliques réservent parfois de belles surprises, comme ces tours fantomatiques qui émergent de la brume, ou comme à Shenako, un hameau dont les maisons sont à moitié enfouies dans la pente de la montagne, et où un improbable panneau annonce en lettres rouge : FAST-FOOD ! L’une des plus belles randonnées consiste à remonter la vallée Pirikiti, le long du torrent Alazani. Elle permet de visiter de très beaux villages tels que Dartlo et ses maisons carrées, cerclées de balcons en bois à balustrades, et aux tours en très bon état, et d’autres plus modestes, plutôt des hameaux, tels que Kvavlo et Dano. Dans ce dernier, j’ai vu un curieux petit autel extérieur en pierres sèches, surmonté de cornes et de crânes de mouflons, avec une petite niche dans laquelle se trouvaient de nombreuses pièces de monnaie, quelques bougies, et des cartouches vides de fusil ! Dans ces villages si isolés, loin de toute église, la religion est largement teintée d’animisme… Mais lorsqu’on leur en parle, les Touches jurent qu’ils sont bien catholiques orthodoxes, et qu’ils respectent au plus haut point les moines. Touche pas à mon pope !

Essayez d’atteindre Parsma, l’un des derniers villages situés au bout de la vallée Pirikiti. Perché sur un replat herbeux surplombant d’une centaine de mètres le torrent, c’est le symbole même de l’isolement et de la persévérance humaine. En amont, deux hautes tours en pierre semblent surveiller l’envahisseur venu du Nord. De maigres vaches vous ignorent, se dépêchant de brouter toute l’herbe disponible avant les premières neiges, qui arrivent en octobre, par ici. Avec si peu à offrir et tant à redouter, la nature, si belle soit-elle, est plutôt hostile aux humains, et l’on devine, en passant le long des cabanes en pierre couvertes de lauzes, dont les étroites ouvertures ne laissent passer qu’un jour famélique, et les pierres disjointes des courants d’air glaciaux, que la vie est un combat, dans ces montagnes coupées de tout. Ils sont tellement isolés du reste du pays que les bergers jettent la laine de leurs moutons, car cela leur coûterait trop cher en transport… Pourtant, les habitants n’ont pas renoncé à leur hospitalité légendaire, et si vous rencontrez un Touche dans ces villages austères, il vous invitera spontanément à partager le peu qu’il a – pain, fromage de brebis, tomates, viande de mouton (on ne mange pas de porc en Touchétie) – et tentera de communiquer avec le peu de notion d’anglais qu’il a acquis au contact des randonneurs. C’est l’une de ces rencontres fortuites qui restera le meilleur souvenir de mon voyage en Géorgie. Ce jour-là, comme je ne pouvais pas suivre le reste du groupe pour cause de cheville fragile, Jamari, le chauffeur du 4×4, m’avait déposé à Dano, un hameau quasi désert. Assis contre un muret, j’admirais la majesté des montagnes alentour, lorsque Jamari m’a hélé en faisant de grands gestes. Ayant rejoint trois potes à lui, bergers évidemment, il me proposait de partager leur repas. Ne voulant vexer personne, j’ai accepté. Mais la communication a vite trouvé ses limites, et que fait-on dans ce cas ? Eh bien on trinque, et on chante. Je sais maintenant dire parfaitement « santé » en géorgien, « gaumarjos« , d’autant plus qu’il est rigoureusement impossible de refuser de boire lorsqu’ils proposent un toast. Chaque toast est porté en l’honneur d’une entité à qui il ne s’agirait pas de manquer de respect : à Dieu, à son père, à sa mère, au pope, et toute la famille y passe jusqu’aux amis ! Si je n’ai pas roulé sous la table, c’est parce qu’à la fin, je ne faisais que tremper mes lèvres dans le verre de jaja… Mais j’étais stupéfait de constater que le chauffeur, lui, ne faisait pas semblant de boire ! Entre chaque entrechocage viril de verres, l’un ou l’autre agrippait une mandoline et entonnait un chant rugueux et mélancolique, que j’imaginais raconter la vie âpre d’un berger de Touchétie… Des moments d’humanité inoubliables, vraiment… touchants !

Pratique

Y aller : Georgian Airways, vol direct Paris/Tbilissi en 4h30.

Circuit : L’UCPA propose un séjour intitulé « Trek dans le Grand Caucase », mixant découvertes culturelles et randonnées, à partir 2090 € tout compris (vols, hébergement 12 nuits, pension complète, matériel et encadrement) :  www.ucpa.com

Bonnes adresses

Hotel KMM à Tbilissi : pour sa terrasse offrant la belle vue sur la vieille ville. A partir de 80 € la ch double.

Old Armazi, à Mtskheta : restaurant à la terrasse située au-dessus d’une rivière, proposant une multitude de mezze délicieux et de plats maison. Compter 15 €/p.

Tamuna guesthouse, à Sighnaghi : pension très propre et calme, tenue par M. Genadi et sa femme, très accueillants. 20 €/p en B&B.

Gareja guesthouse, à Udabno : pension familiale de 5 ch très correctes, située au village le plus proche des monastères. Nelly, la patronne, vous fera un petit festin pour 5 €/p !!

Touchétie Tower, à Omalo : l’auberge dans la tour en pierres sèches de Nziala et Nugzar. Le confort est très « roots », mais accueil chaleureux et sincère. Avec le peu de moyens et de victuailles dont elle dispose, Nziala arrive à concocter de délicieux repas, et ses khatchapouri au fromage fondant (sortes de nan indiens), ses rouleaux d’aubergines aux noix ou ses beignets farcis à la viande de mouton, ne restent pas longtemps sur la table ! Compter 25 €/p en 1/2 pension.

A lire : Le Petit Futé « Géorgie »

Les îles de la mer d’Iroise

Au large du Finistère, la mer d’Iroise est parsemée d’un archipel d’îles et d’îlots qui constituent les terres les plus occidentales de notre territoire. Ces petits bouts de terre arrachés au continent sont des réservoirs de biodiversité, et représentent un condensé de Bretagne dans ce qu’elle a de plus authentique et de plus sauvage. Les trois plus grandes îles sont habitées, voici pourquoi il faut s’y rendre sans plus attendre…    

Ouessant, la Bretagne comme on l’aime

Ouessant est un petit bout de Finistère fiché dans l’océan, qui concentre le meilleur de la terre et de la mer de Bretagne. 

FINISTERE - Ile de Ouessant
Eglise de Lampaul

 

Un coup de sirène bref et puissant, et le Fromveur II, qui relie quotidiennement Brest à l’île d’Ouessant, s’éloigne du quai en provoquant de gros remous. Sur le pont, une brise marine fraîche et iodée picote les joues et donne un goût salé aux lèvres. On respire un grand coup, et c’est toute la Bretagne qui s’engouffre dans les poumons. Ah, le bon air ! Le bateau fend vaillamment la houle, accompagné de quelques goélands, et la crête écumeuse des vagues forme comme un immense troupeau de moutons gambadant sur la mer d’Iroise (*). Si le temps le permet, restez sur le pont, vous verrez peut-être les dos argentés et bombés d’une bande de dauphins, ou les museaux noirs et poilus des phoques qui ont élu domicile autour de l’archipel de Molène, où le bateau fait escale. Après deux heures et demie de cure d’iode, vous atteindrez le port du Stiff, où attendent plusieurs loueurs de vélos. Comme les voitures sont interdites (à part les taxis et celles des insulaires), c’est le meilleur moyen de découvrir Ouessant, une île relativement plate de 8 km sur 3 km, la plus grande du Finistère. Toutefois, comme les sentiers côtiers sont interdits au vélo, vous pouvez aussi opter pour la rando. Des balades en boucle balisées, d’une dizaine de km chacune, permettent de faire le tour de l’île par les sentiers côtiers. Si vous optez pour le vélo, depuis le débarcadère, vous aurez deux options : en partant sur votre gauche vous rejoindrez Porz Arlan, un port minuscule orienté au sud et dont la digue protège une belle plage de sable ; et en partant à droite, en quelques coups de pédales, vous atteindrez le phare du Stiff. Du haut de sa lanterne vous découvrirez une dentelle de rochers écumants où, à toutes les époques, sont venus s’empaler toutes sortes de navires. La faute aux puissants courants qui brassent entre les îles de la mer d’Iroise, tel le redoutable Fromveur, signalé par les phares de la Jument et celui du Kéréon. Mais cela ne décourage pas les pêcheurs, qui sortent leurs filets et leurs lignes dès que la mer en furie se calme tant soit peu. Il reste deux pêcheurs professionnels, et tous les anciens marins ont conservé un petite coque pour taquiner le bar ou piéger le homard aux beaux jours… Le nez au vent, vous roulerez sur les petites routes bordées de murets de pierres sèches, ou à pieds sur les sentiers qui sillonnent l’île jusque dans ses recoins les plus sauvages. C’est-à-dire les pointes recouvertes d’herbe rase, hérissées de rochers aux formes d’animaux fantastiques ; les cales verdies par le goémon, où se blottissent quelques barques esseulées ; les petites criques et les plages, justes assez grandes pour étendre sa serviette ; les landes impénétrables d’ajoncs et de bruyères, où des lapins détalent à votre passage… Les moutons prés-salés s’abritent derrière leur gwasked, un muret de terre ou de pierre, ou paissent tranquillement dans les champs. Il y en a autant que d’habitants, c’est-à-dire plus de mille ! Au printemps et durant l’été, les brebis sont attachées et s’occupent de leurs agneaux, mais le jour de la St-Michel, les moutons sont lâchés et vont brouter en liberté les landes herbeuses imprégnées d’embruns. C’est d’ailleurs pour cela qu’on les appelle les prés-salés ! Quelques moulins habilement restaurés offrent aux quatre vents leurs ailes en forme de râteaux. Juste pour la forme, car il y a longtemps qu’on ne cultive plus rien sur l’île… Ca et là, vous vous arrêterez pour admirer une maison ouessantine aux volets bleu outremer, une girouette originale, ou un jardinet fleuri. Musardez, flânez, humez l’air du large et la bonne odeur de tourbe qui s’échappe des cheminées, et n’ayez pas peur de vous perdre : tous les chemins mènent à Lampaul, ou vers son port ! Mais c’est certainement la faim qui vous ramènera au bourg. L’appétit aiguisé par l’effort et par l’air marin, vous vous régalerez de crêpes au froment ou d’un plateau de fruits de mer, à moins que vous n’ayez commandé la veille chez Jacky ou à La Duchesse Anne un buadenn, un ragoût d’agneau cuit sous les mottes, la spécialité de l’île. Si des devantures de magasins vous font des clins d’œil, n’hésitez pas à entrer pour voir la maquette de bateau ou les chaussons en laine qui vous font envie. Passez aussi à la boucherie pour faire provision de silzic, une saucisse fumée à la tourbe. En fin d’après-midi, rendez-vous à la pointe de Porz Doun pour voir le soleil peindre la mer en rouge, puis, lorsque le dernier rayon bascule, vous verrez s’allumer le phare du Créac’h, sur la pointe de Pern, en face, et plein d’autres petits feux aux quatre coins de l’horizon. Enfin, impossible de séjourner à Ouessant sans passer une soirée au pub « Ty Korn ». Certains soirs, de vieux loups de mer entonnent en chœur de poignantes chansons de marins, gaies ou tristes, qui feront chavirer le vôtre (de cœur…). Après de telles journées, saturées d’iode et d’émotions, le sommeil viendra facilement. Sinon, c’est l’endroit idéal pour compter les moutons !

(*) : L’origine du mot « iroise » n’est pas clairement établi. Certains historiens le font dériver de la dénomination bretonne vernaculaire hirwaz, pouvant signifier long chenal. Pour d’autres, il pourrait s’agir du mot breton ervoas qui signifie l’abîme, l’océan profond. Mais la référence étymologique la plus vraisemblable est tirée du dictionnaire universel français et latin de Trévoux, rédigé par les Jésuites au XVIIIème s. « Irois, oise » signifie occidental, et est employé pour qualifie les Irlandois, le peuple le plus occidental de l’Europe.