Sao Tomé, l’île chocolat

Posée sur la ligne de l’équateur au large des côtes gabonaises, cette petite île produit l’un des meilleurs crus de cacao du monde. Très peu touristique, c’est une destination authentique qui ravira les amateurs de rencontres et de découvertes.  

 

 

Bien qu’il soit six heures du matin, c’est une chaleur humide qui vous cueille à la sortie de l’avion. Sur le chemin qui mène à votre hôtel, le chauffeur vous explique ce qu’il faut savoir à propos du climat : « Ici, il fait très chaud, tout le temps, et il pleut presque tous les jours ! La capitale se trouve au nord, la partie la moins arrosée de l’île. Mais au sud et dans l’intérieur, les risques de pluies augmentent. Ce sont parfois de grosses averses qui ne durent pas longtemps, mais si elles vous surprennent, vous pourrez toujours vous abriter sous une feuille de bananier ou une oreille d’éléphant, c’est le parapluie local ! » plaisante-t-il en montrant sur le bord de la route une plante aux feuilles gigantesques. Côté végétation, vous n’êtes pas au bout de vos surprises… Après avoir pris un peu de repos à votre hôtel, faites un tour en ville. Bâtie autour d’une jolie baie, Sao Tomé n’est pas bien grande et se visite à pieds. Sans aucun danger. C’est l’un des points positifs de la destination : ici, on se sent en sécurité partout, même la nuit. La population est  accueillante, surtout si l’on se fend d’un « Bom dia » avec le sourire. Le portugais est la langue officielle, l’île étant lusophone. Prendre les gens en photo ne pose généralement pas de problème, si l’on demande l’autorisation. Mais au marché, les femmes sont parfois moins conciliantes ! Sauf si on leur achète un petit tas de fruits tropicaux qu’elles présentent en pyramides, à même le sol sur un sac en plastique… Il faut dire que la population est très pauvre : le budget de l’Etat est inférieur à celui d’un club moyen de football professionnel en Europe ! Cette pauvreté se lit sur les façades décrépites des maisons, et c’est bien dommage, car l’architecture coloniale a laissé de belles demeures patriciennes à colonnades et cariatides, des bâtisses au balcon en bois, et quelques façades recouvertes d’azulejos. Efficace cache-misère, les maisons du centre-ville sont repeintes de couleurs gaies (comme le Palais présidentiel, rose bonbon), et les artistes locaux ornent les murs de fresques aux couleurs éclatantes. Suivez la Marginal (l’avenue épousant la baie) jusqu’au quartier résidentiel où se trouve les plus belles villas. Tout au bout se trouve une forteresse abritant le seul musée de l’île (intéressant si l’on comprend le portugais), devant laquelle des jeunes s’exercent parfois à la capoeira, fascinante danse acrobatique mimant un combat. Ne manquez pas le marché aux poissons : il se trouve sur la plage, au milieu de la baie, là où viennent accoster les petits bateaux de pêche. A chaque arrivée, des femmes se disputent la marée dans une joyeuse mêlée, et le poisson est vendu sur le champ, c’est-à-dire sur le sable, dans des bassines en plastique. Difficile de trouver plus frais ! Ce sont ces mérous, capitaines, espadons, thons, poissons rouges ou volants, que vous dégusterez dans les restaurants de la ville, grillés sur la braise et nappés d’une délicieuse sauce au citron vert.

L’avantage d’une petite île (Sao Tomé est 10 fois plus petite que la Corse), est qu’on peut la découvrir sous forme d’excursions, en revenant dormir chaque soir à son hôtel. Cependant, ne vous fiez pas aux distances : il faut environ trois heures pour effectuer les 80 km séparant la pointe sud de l’île à la capitale. La faute au réseau routier (les poules ont l’embarras du choix pour y faire leurs nids), à l’étroitesse des routes envahies par une végétation exubérante, et aux taxis jaunes poussifs difficiles à doubler. Les cases sur pilotis étant toutes construites le long des routes, il faut en plus se méfier des traversées intempestives d’enfants, de poules ou de cochons… Quant aux chiens faméliques, ils ne se donnent même pas la peine de bouger lorsqu’une voiture arrive ! Sachant de plus que les panneaux indicatifs de direction, comme l’éclairage des routes, brillent par leur absence, il est vivement conseillé de laisser le volant à un chauffeur-guide…

L’excursion « café et cacao » est incontournable, à Sao Tomé. Elle permet de découvrir le nord de l’île en visitant des roças, ces plantations de cacao ou de café héritées de la colonisation portugaise. Si la culture du café nous est familière, celle des fèves de cacao l’est beaucoup moins. Qui a déjà vu un cacaoyer, ce petit arbre sur lequel poussent d’étranges cabosses jaunes oblongues, qui une fois ouvertes, recèles les fèves de cacao ? En visitant certaines roças, comme Agostinho Neto, Diego Vaz, Agua Izé ou Santo Amaro, vous assisterez à la fermentation des fèves et à leur séchage sur de grandes claies en bois. Le processus s’arrête là, les sacs de fèves s’exportent en Europe, où elles sont transformées en chocolat. N’hésitez pas à sucer les fèves fraîches car elles sont enrobées d’un mucilage blanc doucereux : c’est le bonbon local ! Depuis l’indépendance de Sao Tomé-et-Principe (une île voisine plus petite) en 1975, l’état des roças n’a cessé de se dégrader. Le style colonial majestueux des bâtiments, même s’ils sont vétustes, laisse imaginer le faste de ces plantations à leur apogée, qui contraste vivement avec l’indigence des logements ouvriers. A l’extrême nord, c’est la savane arbustive qui domine. La côte rocheuse s’ourle de belles plages de sable blond, bordées de tamariniers, de baobabs ou de cocotiers, sur lesquelles viennent pondre les tortues marines. Au lagon Bleu, magnifique crique frangée de roches basaltiques, offrant une eau à la fois bleue et cristalline, vous vous baignerez avec pour seul témoin un énorme baobab. C’est un autre atout de Sao-Tomé : sa faible fréquentation touristique rend ses plages sauvages et désertes. Il ne reste plus beaucoup d’endroits au monde comme cela !

Pour la journée « botanique et randonnée », l’excursion a le goût de l’aventure. D’abord, la piste qui mène à Bom Sucesso, point de départ de la randonnée, est glissante, semée de rochers et d’embûches, quand elle n’est pas coupée par un arbre ou une coulée de boue. Il faut dire que c’est très humide, là-haut. Comme le dit le guide, « on va faire la course avec la pluie » tant il est entendu qu’à la mi-journée, le risque de pluie est important. Il n’y a pas de secret, c’est pour cela que la végétation est si verte, si envahissante, si démesurée… En témoigne ce fromager, dont la cime se perd dans la brume, et dont les contreforts de ses racines sont plus hauts qu’un homme ! Même les plantes connues vous surprendront, tels ces bégonias géants qui dépassent trois mètres ! Après une heure de marche, on arrive au lac Amélia, but de la randonnée, mais on ne le voit pas : cet ancien cratère rempli d’eau douce est recouvert d’une épaisse couche d’herbes aquatiques, qui lui donne l’apparence d’une clairière. Quelques cris de singe semblent prévenir du danger :  il faut savoir où poser les pieds, sinon on tombe dedans ! A la suite du guide, vous avancerez sur un matelas spongieux, sur quelques mètres seulement pour ne pas perturber cet étonnant écosystème. Oui, vous marchez sur l’eau ! Ceux qui ne désirent pas randonner dans la jungle, peuvent rester à Bom Sucesso et visiter le jardin botanique pour voir de près les orchidées, les fougères arborescentes et les plantes endémiques à Sao Tomé, tels ces étonnants gingembres géants dont la pomme florale rouge s’entrouvre pour laisser s’épanouir une belle fleur jaune. Ne manquez pas de passer par la cascade Sao Nicolau, autour de laquelle pullulent les framboises sauvages, et par la roça Bombaïm. Cette plantation de café perdue dans la nature est le seul endroit de l’île où poussent les mangoustaniers, arbres donnant des fruits mauves à la saveur très fine. La maison de maître en bois propose des chambres très rustiques, humides et sans eau chaude, mais ce côté très « roots » a le charme d’une expérience authentique, et cette nuit passée dans la jungle vous laissera de toutes façons un souvenir impérissable…

Mais si vous ne deviez faire qu’une seule excursion, choisissez la journée dans le Sud. La route côtière donne à voir toutes sortes de plantations, à café, à cacao, à ananas, palmeraie, cocoteraie… fréquentées par d’innombrables oiseaux. Elle traverse des rivières, sur des ponts ou sur des gués, où les femmes lavent toujours leur linge le matin. Elle longe des plages sublimes, des villages de pêcheurs et de belles roças. Celle d’Agua Ize vend de superbes bouquets de fleurs tropicales, telle que la rose de porcelaine ou le très coloré bec de perroquet. A Sao Joao dos Angolares, la roça abrite une pousada où l’on déjeune très bien, et qui sert de galerie d’exposition pour les artistes locaux. A l’extrême sud, la roça de Porto Alegre est à l’abandon, mais son allée de palmiers royaux a encore fière allure. C’est là que vous trouverez les plus belles plages de l’île, où sable, mer et cocotiers s’harmonisent pour donner l’image parfaite de la plage de rêve. Mais il y a encore mieux. Depuis Ponta Baleia, prenez le bateau-navette qui mène en vingt minutes à Rolas, l’île aux Tourterelles. Cet îlot planté d’une cocoteraie abrite un hôtel moyen de gamme qui propose des forfaits de pêche au gros et de plongée sous-marine. On peut y rester quelques heures, mais c’est mieux d’y passer au moins une nuit. Pour jouer à Robinson et profiter au coucher de soleil de ses plages paradisiaques. Dans leur écrin de basalte, la mer couleur émeraude efface vos traces de pas sur le sable à la blancheur éclatante, rendant à chaque vague leur beauté virginale à ces plages d’île du bout du monde… Avant de quitter Rolas, allez voir la borne marquant l’endroit exact où passe l’Equateur. Non, vous n’êtes pas au bout du monde : un pied dans chaque hémisphère, vous êtes dans un petit paradis, situé juste au milieu du monde !

 

 

Pratique 

Y aller : La TAP (0 820 319 320) propose vols hebdomadaires, à partir de 800 €, en passant par Lisbonne.

Forfaits : le voyagiste Mistral Voyages (04 91 54 73 71), basé à Marseille, est le seul à être présent en Europe et à Sao Tomé. Son point fort : une équipe sur place dynamique et efficace, avec des guides parlant français. Parmi ses nombreux forfaits, son circuit « Charmes et Saveurs » permet de découvrir l’essentiel de Sao Tomé, pour 2250 €, en chambre double. Ce prix inclut le transport aérien, les transferts, l’hébergement en 1/2 pension, les excursions avec chauffeur-guide, et l’assurance Europ Assistance. L’autotour en liberté, comprenant le transport aérien, l’hébergement en B&B et le véhicule, est proposé à partir de 1750 €.

Les bonnes adresses

  • Le Club Santana : une trentaine de bungalows climatisés répartis dans un superbe jardin, en surplomb d’une belle plage. Le restaurant, à la cuisine raffinée, est l’un des meilleurs de l’île ! Seul inconvénient : il se situe à 20 minutes en voiture du centre-ville. Compter environ 180 € la nuit pour 2 pers. en 1/2 pension. Tél. : 222 20 23
  • Pousada de Sao Joao : chambres simples avec salle de bains commune, tenue par des artistes. L’excellente table d’hôtes permet de déguster de savoureux produits locaux (langoustes, huîtres de mangrove, tarot, fruit à pain, jus de coco…). Compter 48 € la chambre avec petit déjeuner, et 20 € pour le repas. Tél. : 226 11 40
  • Pirata : restaurant situé Estrada de Pantufo. Avec sa terrasse au bord de la mer, on ne s’étonnera pas d’y déguster de merveilleux poissons grillés. Happy hour dansant le vendredi soir à 18 h. Prix d’un repas : environ 15 €. Tél. : 990 50 29
  • Les écolodges Mucumbli au Nord et Praia Inhame à l’extrême Sud proposent des bungalows confortables dans des sites exceptionnels.

A savoir

Formalités : visa de 20 € pouvant être obtenu au Consulat de Sao Tomé et Principe à Marseille (04 91 37 58 02), ou à Paris (01 41 10 08 54). Passeport valable plus de six mois après la date du retour. Mais, les ressortissants de l’Union Européenne (et de certains autres pays) sont dispensés de visa pour des séjours d’une durée inférieure à 15 jours.

Santé : prévoir un traitement préventif anti-paludéen, se munir de répulsif anti-moustique, et boire l’eau en bouteille.

Devise : la monnaie est le Dobra (1 euro = 24500 Dbs). Se munir d’euros pour faire le change sur place (pas de distributeurs).

Téléphone : depuis la France, composer le 00 239 + 7 chiffres

A lire : « Sao-Tomé et Principe, les îles du milieu du monde », de Dominique Gallet, Editions Karthala

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