Les perles d’Inde du Nord

Qu’y a-t-il de plus follement exotique qu’un voyage en Inde du Nord ? Rares sont les destinations qui suscitent autant de sensations, d’émotions, de passions. La province du Rajasthan symbolise à elle seule la fascination qu’exercent les « Indes » mythiques, celles des livres d’images où se mêlent somptueux palais de marbre et d’or, maharadjas à dos d’éléphant, fakirs et sortilèges ! Certes, aujourd’hui la réalité est autre : la misère sévit dans les grandes villes surpeuplées, certains palais sont décrépis, et les maharadjas sont devenus des hôteliers… Mais le charme agit toujours ! Les femmes ont une élégance naturelle dans leurs saris colorés, et les hommes en turban sont dignes et beaux. Même décrépis, les forts et demeures princières ont fière allure. Les « palais d’hôtes » sont décorés avec du mobilier d’époque et dans un style indo-européen qui allie le raffinement oriental au confort occidental. Et puis il y a le Taj Mahal. A l’instar du Macchu Pichu, au Pérou, la découverte de « la Lumineuse Perle de l’Inde » justifie à elle seul ce voyage, qui peut être par ailleurs perturbant pour les âmes sensibles et pour les intestins fragiles…

Delhi

New Delhi. Quel choc ! Ce qui frappe, d’abord, c’est la foule. On n’en revient pas de voir, dès la sortie de l’aéroport, une telle concentration humaine. L’impression est la même dans les rues grouillantes de Old Delhi, où le minibus a bien du mal à se frayer un passage dans le flot anarchique et ininterrompu des piétons, des vendeurs de journaux, des mendiants, des cyclistes et des rickshaw (taxis collectifs) bondés et imprévisibles. Un capharnaüm assourdissant qui n’a pas l’air de gêner les vaches indolentes qui se reposent sur la chaussée, indifférentes à toute cette agitation infernale… Sur les trottoirs encombrés de bâches en plastique servant d’abris aux sans-logis, gisent des êtres hagards et faméliques, des enfants pouilleux, des vieillards en loques sur des grabats, et cette misère est choquante. Mais il faut se garder des jugements péremptoires, et tenter de comprendre la structuration de la société indienne, comme le conseille Célia, notre guide indienne, dans le calme du jardin de l’hôtel Oberoi Maidens. Sous un immense banian résonnant de cris d’oiseaux inconnus, elle nous parle des castes, de la démographie galopante, de l’exode rural… Au moment où arrivent les plats, servis par des maîtres d’hôtel en gants blancs, on comprend qu’il va falloir s’habituer au contraste dérangeant entre le luxe des prestations touristiques, et la misère étalée dans les rues… La visite de Delhi permet de jeter les bases d’une première approche culturelle et historique de l’Inde. Le Fort Rouge montre la puissance de l’empereur moghol qui édifia au 17ème siècle cette forteresse inexpugnable, renfermant de merveilleux palais sertis de pierres précieuses ; le très haut Qutub Minar symbolise la forte présence de l’Islam ; et les quartiers cossus de New Delhi évoquent le passé colonial et l’empreinte britannique dans ce pays.

INDE du NORD – Old Dehli Salle d’audience Diwan-I-Khas au Fort Rouge

Les merveilles du Rajasthan

C’est avec soulagement que l’on quitte la capitale indienne pour pénétrer dans le Rajasthan. L’état des routes et les habitudes locales en terme de conduite peuvent rendre nerveux, surtout lorsque votre chauffeur, aussi bon soit-il, appuie sur le champignon et martyrise le klaxon alors qu’un camion Tata surchargé fait de même juste devant pour doubler des chameaux ! Ceux qui ne ferment pas les yeux à ce moment verront qu’à la dernière seconde le chauffeur empiète sur le bas-côté, heureusement dénué d’hommes ou de bêtes… Il faut aussi s’habituer à cela, ou bien mettre le masque occultant distribué dans l’avion. Mais cela serait dommage de ne pas voir ces champs de blé ou de colza, piqués des saris rose, vert ou jaune des femmes ; ces étendues arides où émergent des huttes en paille, ces arbres du désert avec leurs moignons étranges… Même les épouvantails sont élégants, car ils sont habillés de saris flottant au vent ! Au fur et à mesure que l’on s’éloigne de Delhi, le paysage se désertifie et devient infiniment plat. Célia égraine les siècles, les chiffres et les légendes, en émaillant ses récits d’anecdotes pour mieux faire comprendre son pays. « Saviez-vous que pyjama, palanquin, jungle, bungalow, véranda, shampoing, nabab, calicot, sont des mots d’origine indienne ? », nous demande-t-elle fièrement. Elle peut s’enorgueillir avec raison de la grandeur de son pays lorsqu’elle nous fait visiter le complexe de palais de Fatehpur Sikri. C’est une ancienne capitale de l’empire moghol du 16ème s., construite en grès rouge, et tout est un régal pour l’œil et l’esprit : ses volutes de pierre sculptées comme du bois, ses dentelles de marbre blanc, ses colonnes majestueuses, ses clochetons et ses tours… Il faut visiter Fatehpur Sikri à l’ouverture, il y a moins de monde, et cela renforce son côté « ville fantôme ».

INDE du NORD – Rajasthan Vieux sikh à Mandawa

Jaïpur est une autre halte incontournable, au Rajasthan. Les couleurs des bâtiments de la « ville rose » sont un peu passées, mais elle contient des merveilles architecturales qui forcent l’admiration. Tel le Palais des Vents, immense façade pyramidale percée de près de mille fenêtres ajourées, ou encore l’Observatoire, qui regroupe à ciel ouvert, c’est le cas de le dire, des instruments astronomiques colossaux du 18ème siècle, ressemblant à des sculptures contemporaines. Le fort d’Amber impressionne par la puissance de ses murailles de grès rouge, par la magnificence et le raffinement de ses palais de marbre, par l’harmonie de ses pièces d’eau. Si vous n’êtes pas opposés au travail des animaux, vous pourrez vous y rendre à dos d’éléphant. J’aimerais bien avoir la patience de ces animaux pour résister aux sollicitations pressantes et incessantes des petits vendeurs de souvenirs. Gentils, mais collants ! Ils ne vous lâchent que lorsque vous êtes assis dans le minibus, les portes fermées, et encore…

Ville d’artisanat par excellence, Jaïpur regorge de quartiers, appelés bazars, ayant chacun sa spécialité : le bazar aux pantoufles en soie brodées, celui des bois laqués, des cuivres ou des bijoutiers… Ne manquez pas d’aller à Bapu Bazar, où l’on trouve les cotonnades imprimées au tampon. C’est une technique fort ancienne au Rajasthan, où des villages entiers se consacrent à cet artisanat. Certaines échoppes ont leur propre atelier et font des démonstrations : vous verrez des ouvriers manipuler avec dextérité des pochoirs en tek sculpté, trempés dans six couleurs de base : bleu indigo, jaune safran, rouge rubis, vert épinard, noir oxyde de fer et blanc calcaire. Les motifs sont innombrables, et vous n’aurez que l’embarras du choix quant au support (sari, nappe, rideau…), à la qualité (coton simple ou en soie mélangée), à la taille, et aux couleurs… En marchandant ferme, vous ramènerez de superbes « indiennes » pour un prix très modique. Et dans certaines échoppes, ils offrent même un dépliant pour apprendre à porter un sari !

Les splendeurs passées du Shekhawati

Le Shekhawati est une région désertique située à la croisée des grandes routes caravanières, où de riches commerçants ont bâti de vastes demeures décorées de peintures murales. Dans des petits villages ruraux, animés mais pas surpeuplés, on peut se promener tranquillement en admirant ces havelis, certaines délabrées, mais ennoblies par ces  fresques, reflétant aussi bien la mythologie indienne que des scènes de vie quotidienne. Dans cette région, rien n’a vraiment changé depuis deux siècles : on tire toujours les charrettes avec des dromadaires, les potiers façonnent l’argile avec la même technique, et les pauvres se chauffent toujours avec de la bouse de vache séchée sur le toit des maisons… Ici, l’étranger est encore considéré comme un voyageur, et pas comme un portefeuille ambulant. Si vous semblez chercher quelque chose dans la rue, un « chic sikh » très élégant avec sa barbe peignée et son beau turban coloré viendra s’enquérir si vous voulez de l’aide, dans un anglais à l’accent british-hindou très craquant. Si vous séjournez dans cette région, il faut absolument réserver au Samode Palace, un somptueux palais de maharadja reconverti en hôtel. Ses chambres, toutes différentes, allient le raffinement oriental au confort occidental. Pendant le dîner, on assiste à un spectacle folklorique où se succèdent des montreurs de marionnettes et de très jolies danseuses issues de tribus nomades.  Au fait, saviez-vous que nirvana était aussi un mot indien ?

Inoubliable Taj Mahal

La plus belle des photos ne rendra jamais l’émotion que l’on ressent en découvrant le Taj Mahal pour la première fois. Surtout au lever du soleil, lorsqu’il émerge de la nuit en imprimant sur le ciel pâlissant la silhouette majestueuse de son bulbe parfait et de ses tours. On est subjugué par cette alliance de puissance, de grâce et de pureté qui se dégage de cette merveille du monde. Ce fabuleux palais en marbre blanc, incrusté de pierres précieuses, est bien plus qu’une merveille architecturale : c’est le symbole même de l’Amour. Celui d’un maharadja qui mit 22 ans et son immense fortune pour ériger en l’honneur de sa femme le plus beau des mausolées qui aient jamais été construits. Il se dégage un tel romantisme de ce monument que des couples du monde entier éprouvent le besoin de s’embrasser devant « la Lumineuse Perle de l’Inde »…

Pour profiter de la magie et de la poésie du site au petit matin, il faut y être avant 7 heures, lorsque la foule n’est pas encore là, et que le marbre rosit aux premières lueurs de l’aube. Il vous restera alors le reste de la journée pour visiter Agra, qui ne manque pas d’intérêt. Ne serait-ce que le fort d’Akbar, entourant de ses hautes murailles de somptueux palais de marbre incrusté de pierres semi-précieuses. Et par les fenêtres ou les baies ajourées de certaines pièces, vous apercevrez le Taj Mahal, qui éclate de blancheur de l’autre côté du fleuve Yamuna…

Pratique

Quand partir ? De novembre à mars, le ciel est toujours bleu, et les températures douces. Prévoir un pull, les nuits sont fraîches !

Formalités : passeport en cours de validité, et visa à obtenir en ligne avant de partir.

Circuit : cet article ne concerne qu’une partie du Rajasthan (Agra, Jaïpur, Fatehpur Sikri, Shekhawati). Le circuit classique comporte aussi les visites d’Udaïpur, Jodhpur, Jaisalmer et Bikaner. Mais il faudra prévoir alors au moins 15 jours… TUI propose un circuit d’une semaine à partir de 900 € vols compris, et un autre plus complet de 12 nuits à partir de 1200 €.

A lire : Lonely Planet « Inde du Nord et Rajasthan »

Se renseigner : www.incredibleindia-tourism.org

Fascinante Inde du Sud

Entre le golfe du Bengale et la mer d’Oman, cet itinéraire traverse les états du Tamil Nadu et du Kerala pour une découverte d’une Inde sacrée et rurale, où les temples à l’architecture dravidienne foisonnante le disputent en beauté aux paysages de rizières, de jungles ou de canaux bordés de cocotiers.  

INDE du SUD Paysans dans une rizière vers Madras

Après 9h45 de vol, l’avion d’Air France se pose à Chennai (Madras), la capitale du Tamil Nadu. La 4ème plus grande ville d’Inde compte 8 millions d’habitants (12 millions avec la banlieue) et est le centre commercial, culturel et économique de l’Inde du Sud. On peut passer une heure au Georges Town Market, où tout ce qui se mange et s’achète est empilé à même les rues grouillantes et insalubres… Afin d’éviter les embouteillages, la pollution et le stress que l’on ressent dans les rues surpeuplées d’une grande ville indienne, il vaut mieux s’en extraire le plus vite possible afin de s’acclimater progressivement au pays dans le calme de la campagne. Il y a tant de temples ailleurs qu’on peut se passer de voir ceux de Chennai. Justement, à une trentaine de km au sud de la ville, Mahabalipuram est un site incontournable qui introduit parfaitement l’histoire et la culture indienne. C’est d’ici que la civilisation des Pallava rayonna vers Bali, Sumatra et le Cambodge entre le VIe et le VIIIe siècle. Au bord de la mer, sur la côte de Coromandel, ce gros village tranquille est rempli de monuments exceptionnels. Tel cet énorme rocher sculpté en bas-relief dans du granit rose, qui représente la « Descente du Gange sur la Terre » : un superbe tableau comptant une centaine de personnages (dieux, humains, animaux…) dont on ne comprend les interactions qu’à l’aide des explications du guide. Les sculpteurs ont astucieusement utilisé une fracture du rocher pour représenter le Gange… Il faut voir aussi le magnifique temple du Rivage, aux milliers de sculptures à la gloire de Shiva, ainsi que les 5 rathas, des temples monolithiques creusés à même le rocher. Pas étonnant de voir, à la sortie de la ville, un village de sculpteurs de pierre, fabricant à la chaîne des divinités de toutes tailles et de toutes natures de pierre. Révélateur du violent syncrétisme culturel de notre époque, la figure ayant le plus de succès est un Ganesh avachi regardant son laptop… Enfin, avant de quitter le coin, faites halte, au centre d’art et d’artisanat Dakshina Chitra, où des artisans de tous les états du Sud exposent leurs œuvres (sculpteurs, potiers, tisseurs, peintres…). Un artisanat de qualité qu’on ne retrouvera pas partout et dont il faut profiter !

Un petit coin de France

A 2 h de route de Mahabalipuram se trouve Pondichéry, charmante ville côtière chérie par les Français. Il faut admettre que cet ancien comptoir français créé par Colbert en 1654, et rétrocédé à l’Inde en 1945, a des airs de sous-préfecture de province… Les rues ont gardé leur nom français, même si le sanscrit double les appellations, et des pancartes d’avant-guerre n’ont jamais été décrochées (musée, bibliothèque, travaux publics…). Le quartier français, surtout, est charmant, avec ses ruelles calmes bordées de maisons aux couleurs pimpantes et aux jardins débordant de bougainvillées. Le long des trottoirs, d’impeccables Ambassador blanches et rutilantes renforcent le cachet colonial du quartier. La visite la plus étonnante à faire à Pondichéry est l’ashram de Sri Aurobindo. À travers des expositions permanentes de photographies, de textes et de vidéos, on y découvre les destins incroyables du gourou Sri Aurobindo et de la française Mirra Alfassa devenue celle que l’on surnomme « la Mère ». Sri Aurobindo a développé un yoga « intégral », nouvelle méthode de pratique spirituelle qui libère la conscience de l’homme, avec la possibilité d’acquérir une nouvelle conscience « supramentale », une conscience de vérité permettant d’avoir une vie harmonieuse, bonne et belle. A sa mort, la Mère perpétue son œuvre, et fonde en 1968 « Auroville » à une dizaine de kilomètres de l’ashram : une ville expérimentale qui se veut un lieu de vie communautaire universel où les hommes et les femmes de toutes nationalités peuvent vivre en paix et en harmonie, au-delà des croyances religieuses et politiques. A méditer !

Une spiritualité émouvante

Encore 4 h de route (ah, les superbes paysages de rizières vert tendre, piquetés des taches colorés des lunghis – sarong des hommes- et des saris des femmes qui replantent le riz…), et voici le temple de Gangaikondacholapuram, un magnifique exemple de l’architecture des Chola, inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco pour son exceptionnelle qualité architecturale et l’abondance de ses sculptures. Celles-ci participent d’un programme iconographique complexe, signe d’une réflexion élaborée sur la mythologie hindoue. On reste bouche bée devant la majesté de cet impressionnant temple pyramidal de 52 m de haut, dont la pierre ocre rougeoie au coucher du soleil. Le guide tente bien d’expliquer la signification de la pose de telle ou telle divinité, d’ailleurs souvent Shiva (Shiva dansant, Shiva domptant la mort, Shiva en yogi…), mais le mieux est de faire le tour du temple en se laissant subjuguer par la beauté et la spiritualité du lieu. Les moines en tunique orange et les pèlerins ordinaires qui se recueillent devant les statues du sanctuaire semblent si profondément habités par leur foi, que l’on est ému par tant de dévotion. Le soir, à l’hôtel de Tanjore, lorsque j’ai assisté au concert de musique classique indienne (tablas et veena, instrument à cordes), c’est l’image de Shiva dansant que j’avais devant les yeux…

Gopurams et mandapas

Thanjavur (Tanjore) était la capitale de la florissante dynastie Chola du IXème au XIème s. Aujourd’hui, cette grande ville veille jalousement sur sa culture et est devenue un pôle artistique (danse, musique, beaux-arts…) perpétuant les traditions anciennes. On s’en aperçoit en visitant le temple de Brihadishvara, autre « Grand Temple Vivant de Chola » inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco, car il y a toujours des musiciens et des danseurs devant le mandapa abritant l’énorme Nandi (taureau) monolithique noir de 25 tonnes, ou devant le sanctuaire de Ganapathy (Ganesh). Le Palais Royal voisin (où réside toujours la famille du maharadja local) mérite aussi la visite, ne serait-ce que pour admirer les élégants bronzes du XIème s. de la Art Gallery. Grimpez enfin au sommet de la Tour de l’Horloge, on y jouit d’un superbe panorama sur la ville, et sur le gopuram (tour sur-décorée surplombant l’entrée d’un monument) du Palais.

 

Une cuisine savoureuse

Après Tanjore, l’itinéraire passe par un troisième « Grand Temple Vivant de Chola », celui d’Airavatesvara, à Dharasuram. Ce temple d’architecture dravidienne érigé au XIIème s. repose sur plus de 100 piliers sculptés, et l’escalier à têtes d’éléphants qui mène au mandapa est une merveille. Là aussi, on y côtoie des prêtres ou des croyants en prière, ainsi que des mendiants à la barbe aussi longue qu’un jour sans naan… A propos de nourriture, faites une halte à l’hôtel-restaurant Sterling de Swamimalai, juste à 10 km du temple. Vous y dégusterez une savoureuse et épicée cuisine végétarienne, sous forme d’un thali, assortiment de plats de l’entrée au dessert servis dans de petites coupelles en métal disposées dans un grand plat rond. On y trouve en général du dal (lentilles), du riz et du pain (naan ou chapati), des légumes et des sauces plus ou moins épicées (du chutney doux à l’arrache-gueule). Mais on peut aussi préciser « not too spicy, please ! » avant de commander… Autre bonne adresse, à Karaikudi (vers Chettinad), « The Bangala », où le repas est servi, sous forme de petites portions, sur une feuille de bananier !

Le coucher de Shiva

En sortant de Tanjore, le guide fait généralement halte au « Art Village », lieu fait pour que les touristes puissent voir le travail du bronze ou de la sculpture sur bois. Les rapports sont forcément intéressés, mais c’est très intéressant de voir les fondeurs de bronze ou un fabricant de veena au travail. Demandez bien une facture, car les imitations sont si parfaites que les douaniers pourraient vous accuser d’avoir volé une antiquité ! Puis la route pas toujours goudronnée longe des rizières, des champs de cannes à sucre, de maïs, de millet, de coton ou d’anacardiers (noix de cajou). Parfois le chauffeur s’arrête pour que l’on puisse prendre des photos, mais le plus souvent il est concentré pour conduire le plus vite possible et  éviter ceux qui doublent en dépit de toute prudence, et qui prennent un malin plaisir à se rabattre à l’ultime seconde… Il faut avoir le cœur bien accroché, ou ne pas regarder la route mais le paysage… Après avoir déjeuner à Karaikudi, regorgeant de très belles demeures construites par de riches Chettiars à l’époque de leur prospérité (XIII au XIXème s.), l’itinéraire mène à Madurai, capitale culturelle du Tamil Nadu et l’une des plus vieilles villes de l’Inde.  S’il n’y a qu’une seule visite à faire à Madurai, c’est celle de l’immense temple de Menakshi, le plus exubérant exemple de l’architecture foisonnante des temples de l’Inde dravidienne. C’est une cité-temple gigantesque, on peut y passer des heures sans se lasser. Il y a tant à voir ! Déjà, aux entrées, situées aux 4 points cardinaux, on est fasciné par les gopurams qui élèvent le regard jusqu’au ciel. Les gopuram Sud et Est sont les plus beaux, avec ces hordes de personnages, de divinités et de monstres qui en garnissent les innombrables étages. Comme ils sont peints de couleurs vives, cela attire l’œil, c’est très graphique, et les appareils photos crépitent… Le temple est consacré à Shiva (Sundareshvara) et à Menakshi (celle dont les yeux ont la forme d’un poisson). Partout, ce ne sont que cours et labyrinthes, mandapas aux piliers ornés de dieux et d’animaux fantastiques… Cette cité sacrée vit au rythme des pujas, rites quotidiens que les prêtres mènent pour honorer les divinités. Les dieux sont baignés, nourris, portés, et l’on est soi-même transporté par toute la ferveur qui entoure la cérémonie. Celle du soir, surtout, est impressionnante. C’est la cérémonie du coucher des divinités, et dans la pénombre, à la lueur des torches (et des néons blafards…) on accompagne, au rythme lancinant des musiciens, Shiva qui va rejoindre Menakshi… Des foules de pèlerins des quatre coins de l’Inde viennent ici pour voir ça, et l’on se sent privilégié d’y assister aussi.

La route des épices

A 5 h de là se trouve le parc national de Periyar, surnommé le Jardin d’Eden de l’Inde. La route est longue mais jamais monotone. D’abord le paysage change, et même si y a toujours des rizières dans lesquels travaillent des buffles, on voit plus de palmiers et de cocotiers, ainsi que des plantations de datiers. Chaque village traversé a un temple, et aussi modeste soit-il, il est tout aussi émouvant. Les petits gopurams semblent plus naïfs, certains temples sont logés au pied d’un arbre vénérable, tel que le banian et son énorme tronc-racines… Le parc naturel de Periyar, appelé aussi Thekkady, est situé dans les montagnes de Cardamome, à environ 1000 m d’altitude, et l’on ne s’étonnera pas d’apprendre que c’est un peu la capitale des épices de l’Inde du Sud. En prenant de l’altitude, les cocotiers font place à une jungle composée de bosquets de bambous, de tecks et d’hévéas, et les collines sont couvertes de plantations de thé ou de café. On respire enfin un air plus frais ! L’étape incontournable est le Spice Village, un resort haut de gamme composé de cottages au toit végétal spacieux et décorés avec soin, entre lesquels poussent des pieds de poivriers, muscadiers, caféiers, plants de cannelle, de citronnelle, de cardamome, et aussi des arbustes dont les noix servent à fabriquer du savon… Le resort abrite un spa ayurvédique, un bar à l’anglaise avec photos N&B de l’époque coloniale, et une ferme bio pour alimenter le restaurant. On peut visiter la réserve à pieds sous forme de trekking, ou pour les moins courageux, sur un bateau. Une formule intéressante consiste à longer la rivière en charrette tirée par des buffles. Il s’agit d’un programme de réhabilitation mis en place par l’hôtel, qui emploie des paysans locaux pour conduire les charrettes, au lieu de s’adonner à la contrebande de défense d’éléphant ou de bois de santal. La balade est très agréable, et l’on a en plus la satisfaction de participer à un programme social…

 

Des backwaters verdoyants

Le circuit se prolonge vers l’ouest en atteignant Kumarakom, dans l’état du Kerala. Sur les rives du Vembanad Lake, le Coconut Lagoon est un resort qui constitue une étape très agréable dans un environnement idyllique. C’est l’univers des « backwaters », ce réseau de chenaux, canaux et lagunes naturelles proches du littoral, qui permet de pénétrer dans cette végétation à la fois exubérante et esthétique. Peut-être est-ce la silhouette des cocotiers dépassant des forêts, ou la forme ventrue des houseboat, ces bateaux recouverts d’une toiture végétale, qui rend tout si photogénique ? A moins que ce soit les pirogues chargées de noix de coco, les hérons qui s’envolent avec lenteur, ou les enfants qui se baignent près des rives et vous saluent en criant ? En tout cas on quitte cet univers zen et verdoyant avec regret, pour filer vers la dernière étape, Cochin. La capitale commerciale du Kerala est un grand port d’où partent pour l’étranger d’énormes cargaisons de thé, de poivre (l’or noir du Kerala), de fibres de coco, de caoutchouc, etc… Mais c’est aussi une ville charmante et multiculturelle puisqu’elle accueille depuis des siècles des juifs et des chrétiens, qui vivent en harmonie avec les hindous et les musulmans. Cela en fait des édifices religieux à visiter ! Après avoir vu tant de temples hindous, on ira à l’église St-François où fut enterré Vasco de Gama, et on déambulera devant Fort-Cochin pour voir les pêcheurs manœuvrer de grands carrelets de pêche chinois en bois, à l’aide d’un astucieux système de balancier actionné par des pierres. Le dernier visage saisi avant de filer à l’aéroport fut celui d’un vieux prêtre hindou arborant une curieuse fourche aux dents recourbées, et son attitude humble, son regard empathique et emprunt de sagesse restera longtemps gravé dans ma mémoire…

Pratique

Y aller : Paris-Madras et Cochin-Paris avec Air France.

Circuit : Cet itinéraire a été réalisé grâce au voyagiste FRAM, qui ne propose plus à ce jour de circuit accompagné en Inde du Sud. Un circuit accompagné similaire est proposé par la Maison des Indes, à partir de 1975 € pour 13 j/11 nuits.  Maison des Indes

Bonnes adresses :

– GRT Temple Bay, à Mahabalipuram

– Parisutham, à Tanjore

– GRT Regency, à Madurai

– Spice Village, à Periyar

– Casino, à Cochin

INDE du SUDMuttukadu Jeune femme
INDE du SUD Muttukadu Jeune femme