Deux-Sèvres : balade au fil de l’eau en camping-car

Voici un itinéraire placé sous le signe de l’eau, qui va des rives de la Loire à la baie de l’Aiguillon, en passant par la pittoresque vallée du Thouet et le Marais poitevin. J’ai fait ce reportage en famille et en camping-car, et je livre ici le récit et les photos de nos découvertes. 

Saint-Loup-sur-Thouet, place des Poulies

Avec un camping-car de location, j’ai emmené ma compagne et mes deux garçons en virée en Poitou-Charentes. Nous avons commencé notre périple à Saumur, dont le magnifique château des Ducs d’Anjou dresse ses tours et ses hautes murailles calcaires au-dessus de la Loire. Saumur est connu pour son école d’équitation, le fameux Cadre Noir (visites possibles), pour ses vins, et pour ses caves troglodytiques. A 10 km au sud, le château de Brézé réunit ces deux dernières caractéristiques : on y produit de bons vins, et il dispose d’une partie souterraine étonnante : en effet, c’est la plus importante forteresse souterraine d’Europe ! Un véritable château sous le château, creusé dans le tuffeau… Avec des caves, bien sûr, mais aussi des pièces à vivre, une écurie, un chemin de ronde souterrain, et même un pont-levis enfoui au plus profond des douves. Un peu plus au sud, nous avons fait halte au pied d’un autre château, celui de Montreuil-Bellay. D’une allure majestueuse, il allie la puissance défensive du Moyen Âge au raffinement de la Renaissance. La découverte des extérieurs et des jardins est libre, ce qui permet d’avoir des vues intéressantes sur les remparts, sur les 13 tours de défense, et sur des détails d’architecture militaire, qui font de ce château un des plus beaux exemples de forteresse médiévale de la région. Ce château produit aussi de bons vins, que l’on peut déguster en fin de visite.

Douves du château de Brézé
Château de Montreuil-Bellay
Le Thouet, vu de l’esplanade du château des Ducs de la Trémoïlle, à Thouars

Au fil du Thouet

La rectiligne D938 mène à Thouars, ville d’Art et d’Histoire sise au bord du Thouet. Pour aller à l’office du tourisme, situé dans la ville haute, garez-vous place Lavaud. Munis du plan de la ville, vous pourrez aller stationner sur l’aire de la vieille ville, située sous les remparts de la tour du Prince de Galles (voir ci-dessous « Nos étapes »). De là, en empruntant un petit escalier traversant, on entre directement dans les étroites ruelles de la vieille ville, qui mènent vers l’église romane St-Médard. Prendre la rue du Château, où se serrent encore quelques maisons médiévales à encorbellement et à pans de bois. Elle conduit au château des Ducs de la Trémoïlle, construit sur un éperon rocheux dans un méandre du Thouet. Les visites sont organisées par l’office du tourisme, car il est occupé par un collège ! Allez tout de même jusqu’à l’esplanade, pour la vue plongeante sur la rivière, son gué, et le vieux pont des Chouans. Un peu plus loin, voici Oiron et son château dédié à l’art contemporain. Le château d’Oiron est une belle demeure Renaissance des XVI-XVIIème s, qui accueille une collection d’art contemporain unique en France, conçue sur le thème des cabinets de curiosités. La visite a un double intérêt : au plaisir de voir les merveilles du château (plafonds à caissons peints, fresques, et surtout la galerie Renaissance, qui est un véritable chef-d’œuvre), s’ajoute la découverte d’œuvres modernes, parfois déroutantes, souvent drôles, toujours intéressantes. 

Château d’Oiron
Château d’Oiron
Château d’Oiron
DEUX-SEVRES Château d’Oiron

Toujours en remontant la vallée du Thouet, vers Taizé, nous avons admiré les dolmens signalés sur le bord de la route. Les hommes du néolithique ont dressé ici d’impressionnants monuments quasi-éternels… En terme de pérennité, les bâtisseurs de l’église Saint-Généroux, à 5 km plus au sud, n’ont pas fait mal non plus : c’est l’une des plus anciennes de France ! Edifiée au IXe s, cette église préromane est émouvante de simplicité. Saint-Généroux était un moine de l’abbaye de Saint-Jouin-de-Marnes, et il n’avait pas fait un long déplacement puisque cette abbaye est située à 7 km de là. Construite aux XIe et XIIe siècle, elle s’enorgueillit de l’une des plus belles façades poitevines de l’art roman. Sa façade offre une décoration sculptée qui est un véritable livre de pierre. Avec un peu de perspicacité, on remarque la coquille, symbole des pèlerins de Saint-Jacques, qui est reprise sur un chapiteau de la travée centrale. L’intérieur regorge aussi de fines broderies de pierre, sur les chapiteaux des colonnes, sur les retombées des absidioles ou dans les médaillons des clefs de voûte, mais l’église est si haute qu’il faudrait parfois des jumelles pour en apprécier les détails… En repassant par Saint-Généroux, nous avons contemplé le magnifique pont roman qui franchit allègrement le Thouet comme il le fait des siècles.

A Airvault, petite cité médiévale bâtie sur une colline dominant le Thouet, le patrimoine religieux est à aussi à l’honneur, halte jacquaire oblige. Il faut visiter l’église abbatiale Saint-Pierre, du pur style roman poitevin, car elle complète celle de Saint-Jouin-de-Marnes. Autant cette dernière a une riche décoration extérieure, autant celle d’Airvault recèle des trésors à l’intérieur : elle compte 180 chapiteaux historiés, représentant des motifs géométriques, des récits bibliques, des scènes de la vie quotidienne, des symboles… Vous en profiterez bien mieux en participant à une visite guidée. De plus, la guide ouvre un passage menant à une fontaine souterraine très ancienne, dont l’eau bleue-verte est source de légendes. A la sortie d’Airvault, l’esprit ainsi ensemencé de poésie, on se plaît à croire, en traversant le pont roman de Vernay, que la coléreuse fée Mélusine l’aurait retourné d’un coup de pied, comme le dit la légende. Restons dans le merveilleux, en arrivant devant le château de Saint-Loup-sur-Thouet, puisque Charles Perrault s’en est inspiré pour écrire le « Chat Botté ». Si vous êtes tintinophiles, vous trouverez plutôt qu’il a servi de modèle à Hergé pour Moulinsart… Ce château privé se visite, avec ou sans les jardins, mais ce serait dommage de se priver des extérieurs, car les jardins à la française, le potager ornemental et l’orangerie valent le coup d’œil. Ces visites peuvent orienter vos lectures du soir : conte classique ou BD, les enfants, douillettement installé sous leur couette, n’en manqueront pas une miette…

Eglise abbatiale romane de St-Jouin-de-Marnes
Eglise abbatiale romane de St-Jouin-de-Marnes
Eglise abbatiale romane d’Airvault
Les 24 Vieillards de l’Apocalypse de l’église abbatiale romane d’Airvault
Château de St-Loup-sur-Thouet

Les gués, c’est gai !

A 3 km au sud de St-Loup, le lac du Cébron est la réserve d’eau des Deux-Sèvres, et ses rives sauvages ont un grand intérêt ornithologique. Des sentiers ont été aménagés pour la promenade, et nous avons pu voir les oiseaux du lac dans de bonnes conditions, grâce à la lunette fixée dans un poste d’observation. Le Thouet est très poissonneux, mais comme nous n’avons pas amené de canne à pêche, nous avons dégusté du brochet et du sandre dans les auberges de la vallée. A Gourgé, la rivière est enjambée par un magnifique pont roman. Mais pour anciens et jolis qu’ils soient, les ponts ne constituent pas le moyen le plus pittoresque pour traverser le Thouet. Plusieurs gués sont restaurés et leur franchissement donne l’occasion de faire d’agréables promenades. Traverser un gué, c’est gai ! Surtout pour les enfants, qui jouent à sauter de caillou en caillou… La mairie distribue le plan des sentiers pédestres de Gourgé. A partir du pont roman, une boucle de 2 h permet de traverser le Thouet en empruntant le gué rénové du Moulin Neuf, et celui de Vernoux, plus authentique et plus sauvage. 

Observation ornithologique au bord du lac de Cébron
Roulotte-promenade à Gourgé
Le pont roman de Gourgé, sur le Thouet
Le gué de Vernoux
Le gué de Vernoux

Dans les prairies, paissent de jolies vaches à la robe fauve, aux cornes en forme de lyre et aux yeux en amande soulignés de noir. Ce sont des parthenaises, une race locale dont il faut goûter la viande persillée et fondante dans l’un des restaurant de la ville éponyme. Parthenay a conservé son enceinte médiévale et ses remparts. On y entre par la massive porte Saint-Jacques, qui s’ouvre sans surprise sur la rue de la Vau-Saint-Jacques. De chaque côté de cette rue se pressent des maisons à pans de bois de la fin du Moyen Âge. Il faut parcourir cette rue le nez en l’air, pour dénicher ici, une vierge noire dans une niche, là une tête humaine sculptée, ou un beau blason. Par la porte de la Citadelle, on accède au chemin des remparts qui permet d’avoir une vue d’ensemble sur la cité médiévale bâtie sur un éperon rocheux, dans un méandre du Thouet. Laissons la rivière aller chercher sa source à l’ouest, vers Secondigny. Mais avant de rejoindre la Sèvre Niortaise, nous avons fait un petit détour par Vasles. Car ce petit village a eu la bonne idée de jouer la carte « ovine » pour attirer les touristes, et ça marche ! Il est vrai que la visite du parc « Mouton Village » est très intéressante. C’est un parc de 6 ha arboré, rassemblant dans de petits enclos une vingtaine d’espèces de moutons du monde entier, que l’on découvre à sa guise en écoutant par audio-guide les échanges entre un petit garçon et son grand-père berger. Cela permet de découvrir notamment le Rouge de l’Ouest (la « Mercedes du mouton »), le Karakul (qui donne l’astrakan), ou le Jacob (mouton à 4 cornes !)… Les enfants ont adoré cette visite !

La tour de l’Horloge à Parthenay
Eglise romane St-Pierre de Parthenay-le-Vieux
Mouton Village, à Vasles

En passant par Ménigoute et Soudan, nous avons rejoint La Mothe-St-Héray. L’office de tourisme occupe le site d’un ancien moulin à eau, alimenté par la Sèvre Niortaise, dont toutes les parties mécaniques de la meulerie et de la minoterie fonctionnent. L’office abrite aussi une salle consacrée à la « rosière », dont on célèbre toujours le mariage dans cette commune, en suivant la tradition ! Etonnante collection de coiffes, de jolies broderies et de costumes traditionnels mothais, complétée par des photos N&B et des documents qui nous ramènent aux temps anciens, lorsque les festivités du mariage d’une rosière duraient 5 jours ½, avec un opéra comique en plein air ! On remonte beaucoup plus loin dans le temps au musée des tumulus, à Bougon. Environ 7000 ans avant notre ère, c’est-à-dire à l’époque où des hommes du Néolithique construisirent ces impressionnants tumulus (monuments funéraires) que l’on peut visiter. Juste à côté de ce site archéologique, le musée lui-même répond de façon très moderne à toutes les questions que l’on peut se poser : comment vivaient ces hommes, où habitaient-ils, et comment ont-ils fait pour bouger ces énormes blocs de pierre ? Passionnant !

A l’écomusée au moulin de l’Abbé, à La Motte St-Héray
Tumulus à l’extérieur du Musée, à Bougon

La Venise verte

Après Niort, voici Coulon, la porte d’entrée du Marais poitevin. C’est la 2ème plus grande zone humide de France, après la Camargue. Pour comprendre la forme actuelle du marais, il faut passer au Maraiscope, à Coulon, où un montage audiovisuel détaille l’histoire et la complexité de ses aménagements hydrauliques. Mais rien ne vaut une balade en barque pour ressentir l’ambiance particulière de la Venise verte, qui revêt parfois, dans les plus étroites de ses rigoles, des allures de bayou. On n’y aperçoit pas de crocodiles, bien sûr, mais des ragondins, des grenouilles, d’innombrables papillons et libellules, et beaucoup d’oiseaux : poules d’eau, hérons, aigrettes, cygnes, martin-pêcheurs… Il est possible de louer une barque, mais je conseille de faire la promenade avec un rameur-guide, qui connaît le marais comme sa poche, et qui sait émerveiller son auditoire avec tous les secrets et légendes du marais. Tel le Bras Rouge, un être maléfique qui emporte les imprudents au fond de l’eau, noire comme de l’encre. Si on voit l’eau ! Car parfois, l’été, la couche de lentilles d’eau forme un tapis vert si épais, que les poules d’eau marchent dessus ! Avez-vous déjà vu l’eau prendre feu ? C’est l’attraction majeure du marais, le clou de la visite : en remuant avec vigueur le fond d’une conche avec sa pagaie, le batelier fait remonter du méthane prisonnier de la vase, et il l’enflamme avec un briquet sous les yeux médusés des petits et des grands !

La Sèvre vers Coulon
Embarcadère de l’Abbaye, à Maillezais
Sur les canaux du marais poitevin en barque
En barque avec Quentin, de l’embarcadère de l’Abbaye, à Maillezais
L’expérience du feu sur l’eau lors d’une promenade en barque

Il existe de nombreux petits ports d’embarquement dans le marais poitevin, et l’on ne saurait conseiller l’un ou l’autre, chacun ayant son ambiance… Arçais a beaucoup de charme, juste en contrebas d’un château, Irleau est très intime, au contraire de Damvix, situé au bord de la Sèvre Niortaise canalisée… Celui de Maillezais est exceptionnel, car il est situé sous les vestiges d’une abbaye bénédictine fondée au 11ème s. Les ruines de l’église abbatiale, ayant des dimensions de cathédrale, sont majestueuses, et un espace muséographique complète la visite audio-guidée des bâtiments conventuels. Du haut d’une tour, vous aurez une vue panoramique sur le marais, qui complète bien celle que l’on a au fil de l’eau. 

L’embarcadère d’Arçais
L’abbaye de Maillezais (Vendée)
L’abbaye de Maillezais (Vendée)
Le marais poitevin, vu depuis une des tours de l’Abbaye de Maillezais (Vendée)
Parking devant l’Abbaye de Maillezais (Vendée)
Le marais poitevin à Velluire (Vendée)

L’itinéraire touche à sa fin, il est temps de rejoindre la mer, par exemple au niveau du petit port de Charron, pour voir partir les bateaux d’ostréiculteurs à fond plat. Au sud, La Rochelle et l’île de Ré ne sont qu’à une dizaine de kilomètres ; au nord, ce sont les plages de la Tranche/mer et de la Faute/mer, et vous n’aurez que l’embarras du choix pour poser votre serviette sur le sable et piquer une tête dans les vagues de l’Atlantique…

PRATIQUE

Cet itinéraire fait environ 300 kms, il peut être fait en 7 jours (dix jours en prenant son temps).

Cartes et guides :

Carte IGN Top 100 Tourisme et découverte « Cholet-Niort » au 1/100 000

Petit Futé « Niort, Marais poitevin et Deux-Sèvres »

Nos étapes

Voici nos bons plans d’étapes nocturnes en camping-car :

  • Montreuil-Bellay : sur l’aire de services municipale (jetons), stationnement gratuit à proximité du Thouet et du camping Nobis.
  • Thouars : pl. Ferdinand Buisson, rue Félix Gellusseau, parking très calme avec borne gratuite.
  • Oiron : derrière l’école, parking et aire de services gratuits.
  • St-Loup/Thouet : aire municipale gratuite, mais un peu proche de la route. Hors saison, préférer la place des Poulies, au bord du Thouet, ou le parking du lac de Cébron, avec WC.
  • Vasles : grand parking gratuit, avec WC, vidanges et eau.
  • Bougon : parking du musée avec WC, vidanges, eau et même 4 bornes électriques, le tout gratuit !
  • Arçais : aire payante sur prairie, avec WC et vidanges.
  • Coulon : le Camping Venise Verte est le seul 4 * du Marais poitevin, dont la propriétaire, Mme Robin, est très « développement durable » : elle vend du produit bio pour la cassette des eaux noires, et prête des vélos électriques.
  • Maillezais : aire près du parking de l’abbaye.
  • Luçon : au camping des Guifettes, aire avec électricité. Sur place : resto, piscine, mini-golf, base nautique…

Je précise que ces bons plans datent de 2010, donc cela a pu changer…

L’aire d’Arçais, dans le marais poitevin
Au parking de l’Abbaye de Maillezais

Infos touristiques :

www.tourisme-deux-sevres.com

www.vendee-tourisme.com  

Camping-car

Notre camping-car était un Dethleff Globe 4, avec couchettes arrières superposées et lit 2 pl situé au-dessus de la cabine, qui descend pour la nuit.

Valérie, ma compagne, fait une pause lecture
Salon et cuisine
Lit en position nuit
Cuisine
Lits superposés à l’arrière
Grand coffre à l’arrière (et belle cachette pour Félix)
Dethleff Globe 4 dans les Deux-Sèvres