Surprenante Lituanie

Joyau méconnu des pays baltes, la Lituanie a été désignée 2ème meilleure destination touristique au monde en 2025 par le guide de voyage Lonely Planet. Il est vrai que ce petit pays nordique possède un patrimoine historique, culturel et naturel exceptionnel, qui réserve de belles surprises !

Les merveilles baroques de Vilnius

Bien que la capitale lituanienne ait été élue Capitale Verte européenne 2025, ce n’est pas dans ses nombreux parcs et jardins qu’il faut se promener en priorité, mais dans sa vieille ville, classée au Patrimoine mondial de l’UNESCO, qui regorge d’églises extraordinaires. On peut en admirer plusieurs dans la rue qui passe sous la porte de l’Aurore, un vestige de l’ancien mur d’enceinte du XVIe s. Cette porte abrite une chapelle qui expose un tableau de la Vierge recouvert d’argent, réputé miraculeux. Il fait toujours l’objet d’un pèlerinage, ce qui explique la foule qui se presse autour de cette porte. Ceux qui ne viennent pas pour cela déambulent dans la ruelle pour admirer les anciennes maisons et les édifices religieux qui se succèdent : il y a d’abord l’église Ste-Thérèse, de style baroque rococo, puis un monastère orthodoxe dont l’église possède un bel iconostase vert, on passe ensuite devant une magnifique porte baroque du XVIIIe s. (qui est la porte d’entrée d’un monastère basilien), puis voici l’église St-Casimir, qui est la plus ancienne église baroque de Vilnius (XVIIe s.). Mais elle a été profondément remaniée et restaurée car elle a subi plusieurs avanies, qui témoignent de l’histoire mouvementée de la Lituanie : d’abord détruite par le feu au XVIIIe s., elle est saccagée par les troupes napoléoniennes en 1812, transformée par les Russes en sanctuaire orthodoxe en 1839, en temple luthérien par la Prusse en 1915, vandalisée en 1949 et réduite à un grenier à blé pendant l’occupation soviétique, les Russes y ouvrant même un musée de l’athéisme en 1963 ! Elle est rendue au culte catholique en 1988, ce qui explique que des peintures modernes ornent les autels. 

Université à Vilnius
Tour de l’horloge de la cathédrale
Rue Stikliu
Porte baroque du XVIIIe s.
rue piétonne
Musicienne de rue à Vilnius

La coupole dorée de l’église St-Casimir se voit très bien depuis la grande esplanade voisine de l’hôtel de ville, aux airs de temple grec. Au bout de cette place, prendre à gauche la rue Stickliu, très animée, qui traverse l’ancien ghetto juif, avec plein de bijouteries et de magasins vendant de l’ambre, cette résine fossilisée qui est un peu la spécialité de la ville, et dont les artisans fabriquent de très jolis bijoux ou pièces décoratives. Au 8 rue Mykolo se trouve un magasin-musée qui expose des pièces d’ambre exceptionnelles et permet de tout savoir sur l’histoire et le travail de cette matière. Au bout de cette rue se trouvent encore deux très belles églises en briques rouges, Saint-Anne et Saint-François d’Assise, qui sont deux joyaux gothiques du XVe s. Terminons ce cheminement pédestre dans la vieille ville sur le vaste square de la cathédrale, qui se situe au pied de la colline coiffée par les vestiges d’un château du XIVe s. Elle est toujours très animée, avec parfois des musiciens ou des groupes folkloriques, et elle se distingue par l’immense tour de l’horloge blanche, qui domine la cathédrale néoclassique, blanche elle aussi. Je n’ai pas pu y entrer car il y avait une messe, mais il paraît qu’elle abrite des trésors… Pour finir, notre guide Mylda nous a emmené dans les faubourgs au nord-est de la vieille ville (à 20 minutes à pieds de la place de la cathédrale) pour visiter l’église Saint-Pierre-et-Saint-Paul, qui est un chef-d’œuvre d’art baroque. Aucune autre église de Vilnius ne l’égale en grandiloquence décorative : ses murs et son plafond blanc sont entièrement ornés de milliers de sculptures et de représentations de scènes religieuses et mythologiques ! On ne sait plus où porter le regard, tellement la profusion de figurines et de fresques est grande… Non loin de là, il faut absolument faire un tour dans le cimetière Antakalnis, où les tombes moussues sont réparties dans un bois vallonné et paysagé. Parmi celles-ci, on trouve celles des héros de la résistance contre l’invasion soviétique, et aussi un mémorial qui honore les soldats français tombés pendant la campagne de Russie de Napoléon en 1812 !

Eglise gothique Ste-Anne
Ambre
Cimetière Antakalnis
Au cimetière Antakalnis
Mylda

Enfin, je ne pouvais pas omettre de parler d’Ouzupis, le long de la rivière Vilnia, un quartier « bo-bo » un peu plus bohème que bourgeois, refuge d’artistes qui laissent libre cours à leur imagination sur les murs et dans les rues, ce qui en fait un musée underground à ciel ouvert… Pour la petite histoire, les habitants de ce quartier ont acté leur indépendance en 1998 en le décrétant « république d’Ouzupis » (jumelée avec Montmartre !), et d’ailleurs, il existe un mur où sa constitution est affichée en 19 langues ! Et comme une bonne blague, le jour anniversaire de leur indépendance est fêté le 1er avril…  

République autonome Ouzupis
A Ouzupis
Moi à Ouzupis

Si vous vous aventurez en dehors de Vilnius, voici quelques recommandations de sites à voir ou de personnages à rencontrer dans le reste du pays :

Un château médiéval sur une île

Trakaï est une jolie ville cernée de lacs, dont les maisons en bois peintes témoignent de la population juive Karaïte qui s’y est installé au XVe siècle. C’était la capitale du pays au XIIIe siècle, ce qui explique la présence d’une forteresse médiévale, autrefois résidence royale. Mais ce qui surprend, c’est qu’elle soit posée sur une presqu’île ! On y accède par un long pont en bois, et cet impressionnant château abrite un musée national qui présente des expositions sur l’histoire de la Lituanie et de la région.

A Trakai
Au chateau de Trakai

Irène, une force de la nature

C’est au musée en plein air de Rumšiškės (où l’on découvre l’architecture et le mode de vie des différentes provinces de Lituanie), que vous aurez peut-être la chance de rencontrer Irène. A 90 ans, cette ancienne déportée y vient presque tous les jours pour raconter son expérience et rappeler la persécution subie par la population lituanienne lors de l’occupation soviétique pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle-même a été déportée à 7 ans avec sa famille en Sibérie, et elle raconte l’horreur du voyage dans des wagons à bestiaux, les conditions atroces de vie dans des huttes en tourbe dans un froid glacial, le travail forcé 12 h par jour (même pour les enfants) et la brutalité de leurs geôliers… Son calvaire a duré 7 ans ! Un témoignage émouvant et bouleversant, et une rencontre inoubliable avec une femme extraordinaire de vitalité et de résilience !

Au musée ethnographique en plein air de Rumsiskes
Au musée ethnographique en plein air de Rumsiskes

Irene, ancienne déportée de 90 ans
Irene, ancienne déportée de 90 ans

La remarquable architecture de Kaunas

La seconde ville du pays (prononcez ka-o-nasse !) se distingue par ses bâtiments modernistes de style Art déco ou Art Nouveau, construits pendant le boom économique de l’entre-deux-guerres. Autour de l’avenue de la Liberté, on admire le théâtre, la Poste, le musée d’art Čiurlionis, et de nombreux immeubles montrant en façade les lignes courbes et les éléments décoratifs en vogue à cette époque. Splendide et inattendu, à l’image de la basilique de la résurrection du Christ, immense vaisseau blanc avant-gardiste posé au sommet d’une colline.    

A Kaunas
A Kaunas
A Kaunas
Au musée d’art Čiurlionis
A Kaunas
A Kaunas
A Kaunas

Une ode à Staline

C’est à proximité de Druskininkaï, une station thermale aux 18 sources, que se trouve le parc Grütas, un improbable parc d’attraction où l’on se balade au milieu de statues de Lénine, Staline et autres héros soviétiques ! Vraiment insolite, mais un peu dérangeant, surtout de nos jours… A choisir, il vaut mieux passer du temps chez Antanas Cestulis, un sculpteur autodidacte qui a installé dans son jardin des œuvres en bois monumentales, le transformant en un lieu d’exposition d’art brut et populaire, inspiré par la religion, l’histoire et les mythes du Nord… Unique et fascinant !  

Au parc Grutas
Au parc Grutas
Oeuvre du sculpteur Antanas Cesnulis, vers Druskininkai
Le sculpteur Antanas Cesnulis

Le pirate de Kernavé

C’est à deux pas d’un site archéologique majeur et d’un musée ultra moderne qui témoigne des 10 000 ans de présence humaine dans la région de Kernavé, que s’est installé Patrick Lion, un Français au look de pirate qui a repris un ancien kolkhoze pour y accueillir les touristes de passage. Il le transforme peu à peu en parc récréatif, et même si l’on n’y passe qu’une soirée, son humour, sa gentillesse et sa culture font de ce repas l’un des meilleurs moments du voyage ! 

A Kernave
Dieu du tonnerre du XIIe s. au musée archéologique de Kernave
Croix du XIVe s. avec symbole solaire païen, au musée archéologique de Kernave
Chez Patrick Lion, dans un ancien kolkhoze de Kernave
Povilas Velikis, musicien
Patrick Lion

Pratique

Y aller

Paris CDG n’est qu’à 2h40 de vol de Vilnius. A partir de 170 € A/R. airbaltic.com

Forfait : Arts & Vie, spécialisé dans les voyages culturels, propose une semaine de circuit accompagné à 1720 €/p, tout compris, avec le vol. Ce circuit « La Lituanie, capitales et traditions » reprend tout ce qui mentionné dans ce reportage. artsetvie.com

Séjourner

A Vilnius

Narutis : hôtel de charme 5* installé dans un manoir du XVIe s., dans la vieille ville, en face de l’Université (qui se visite). A partir de 180 € la ch double, avec petit déjeuner. narutis.com

A Kaunas

Metropolis : hôtel 3 * idéalement situé pour se promener en ville. Chambres au design épuré, à partir de 70 €. metropolishotel.lt

A rapporter

De l’ambre (résine fossile), montée en bijoux, collier ou pépite sculptée.

Plus d’infos

lithuania.travel/en/ (en anglais)

    

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