La Suisse en camping-car

Entre le Léman et les lacs d’altitudes, entre les vaches reines de leurs vertes prairies et les chamois rois de leurs cimes enneigées, entre les grandes villes culturelles et les petits villages aux chalets en mélèze, entre visites de châteaux et balades dans les vignes, entre fromageries et caves viticoles, voici un itinéraire adapté aux camping-caristes, qui vous fera profiter de toutes les beautés et de tous les attraits de cette Suisse de carte postale.

Château d'Oex

 

 

        Commençons ce grand périple helvète en passant tranquillement une journée ou deux à Lausanne. Vous n’aurez guère le choix pour stationner : au bord du lac Léman, n’y pensez même pas, et dans le centre-ville, mission quasi impossible. Le mieux est de laisser le camping-car dans le parking du port d’Ouchy (à côté de Bellerive plage), et de prendre les transports en commun. Un pass journalier vous donnera libre accès aux bus et au nouveau métro automatique qui permet de rejoindre la vieille ville. Mais pour l’instant, restons dans le quartier Ouchy, au bord du lac. Depuis le bassin de plaisance, vous ferez une balade très agréable en longeant les quais animés, bordés de jardins, d’où partent de longs bateaux effilés, anciens bateaux à vapeur effectuant des croisières sur le Léman. Moins chic et moins cher, des pédalos ou des bateaux à moteur sans permis peuvent être loués en face du château d’Ouchy, un Relais & Châteaux en faux gothique. Puis vous passerez devant de somptueux hôtels de luxe, avant d’arriver devant le musée olympique. Ce musée s’adresse à tous ceux que passionne le sport, mais pas seulement : à travers l’aventure de l’Olympisme, de l’Antiquité à nos jours, c’est l’histoire et la culture humaines qui sont mises en évidence dans ce fabuleux musée doté d’une immense collections d’objets et de photos, et de bornes interactives. L’art est très présent, que ce soit à travers les expositions, ou dans les jardins, agrémentés de sculptures contemporaines. Comme le disait Pierre de Coubertin : « Les Olympiades n’ont point pour mission d’exalter la seule puissance musculaire ; elles sont intellectuelles et artistiques » ! Prenez le métro jusqu’à la station Lausanne-Flon pour avoir accès à la vieille ville. Vous y trouverez un patchwork architectural, allant de l’entrepôt relooké au gothique ancien, en passant par le design le plus contemporain. Place de la Palud, admirez les effrayantes gargouilles qui s’élancent de la façade de l’hôtel de ville, et montez vers la cathédrale (XIème-XIIIème s.), certainement la plus belle église de Suisse. Exceptionnelle par ses dimensions, elle l’est aussi parce qu’elle a conservé des traces de sa polychromie originelle du Moyen Age. Elle brille également par ses magnifiques vitraux, dont une rosace de 9 m de diamètre, et résonne parfois des accords envoûtants de son orgue tout neuf, joué par quelque élève organiste… Lorsque vous descendrez par les vieux escaliers en bois couverts (seul accès à la cité autrefois), vous tomberez sur le café Grutli, brasserie très sympathique, où vous pourrez vous régaler de spécialités régionales. Si vous ne connaissiez pas la Suisse, vous ferez alors deux découvertes, qui se confirmeront tout au long de ce circuit : 1) la Suisse n’est pas si chère qu’on le pense ; 2) la Suisse produit d’excellents vins !  Justement, à l’Est de Lausanne, s’étendent sur des coteaux en surplomb du lac Léman, ce qu’on appelle les terrasses de Lavaux. A priori, ce ne sont que des parcelles de vignes escarpées et soutenues par des murets de pierre sèche, mais leur intérêt est tel qu’elles sont inscrites au patrimoine Mondial par l’UNESCO ! Pour profiter de la beauté de ce site, empruntez à Cully la « route du vignoble ». Serpentant en corniche au milieu des vignes, la route passe à travers de charmants villages aux caves accueillantes, les vignerons étant toujours disposés à vous faire déguster de bons petits vins blancs frais qu’ils élaborent avec le cépage-roi du Lavaux, le chasselas. A la sortie d’Epesses, vous pourrez faire une balade pédestre en boucle d’une heure au milieu des vignes, pour profiter d’un panorama typiquement suisse, bien ordonné et esthétiquement beau : les vignes sagement alignées plongeant dans les eaux sombres du lac, elles-mêmes fendues par le sillage des vapeurs et des petits voiliers blancs, le tout encadré par les montagnes de la rive opposée…

 

Au pays du gruyère

A une quarantaine de km du lac Léman, rendez vous en Gruyère, dans le canton de Fribourg. C’est une autre image d’Epinal suisse qui vous attend, celle des verts pâturages et des bons fromages, tel que le gruyère. Enfin, le « vrai » gruyère, sans trous, car ce qu’on appelle couramment gruyère en France est en fait de l’emmental, un autre fromage d’origine suisse, d’ailleurs. Mais le vrai gruyère est vendu en France sous le nom de Fribourg ! Pas de quoi en faire un fromage, tout devient plus clair après la visite de la Maison du Gruyère, à Bulle. Son exposition interactive faisant appel aux cinq sens, vous donnera un avant-goût de cette magnifique région fleurant bon l’herbe et le foin coupé, et résonnant des meuglements et des sonnailles des troupeaux de vaches. Avant d’aller crapahuter en montagne, passez par le village de Gruyères. C’est un village-rue très pittoresque, dont l’origine médiévale se lit dans la pierre et le bois des maisons. En visitant le très beau château surplombant le village, qui fut la résidence des Comtes de Gruyères depuis le XIIe siècle, remarquez la grue figurant sur leurs armoiries : c’est elle qui est à l’origine de ce nom ! On ne sait pas si HR Giger s’est inspiré d’une grue pour imaginer ses aliens, en tout cas ses créatures futuristes sont exposées dans un musée attenant au château : un contraste saisissant dont la Suisse a le secret, si traditionaliste et moderne à la fois…

 

Faire la bénichon une fois dans sa vie

La fin de l’été, en Gruyère, est marquée par la fête de la désalpe. Dans cette région si fortement ancrée dans le pastoralisme, la descente des troupeaux des alpages est un moment fort de l’année, donnant lieu à de nombreuses fêtes traditionnelles où s’exprime le folklore local. La ryndia (désalpe) de Charmey, très joli village de la vallée de la Jogne, est l’une des plus importantes, et se tient le dernier samedi de septembre. C’est un tableau vivant de la Suisse idéale de Heidi, grands et petits portant fièrement leur costume traditionnel (bretzon pour les hommes, dzaquillon pour les femmes), et encadrant des troupeaux de vaches apprêtées comme des reines, avec leur couronne fleurie, et leur grosse cloche attachée par une large bande de cuir décorée. Vous retrouverez cette scène en réplique dans les poyas, ces tableaux naïfs accrochés au fronton de quelques chalets du village. Les animations valent aussi le déplacement : qui n’a jamais entendu un concert de cor des Alpes ou un chœur d’armaillis (bergers) entonnant le célèbre « ranz des vaches », ne connaît pas la Suisse ! Autre coutume locale, la bénichon (la bénédiction). Cette tradition fribourgeoise célèbre la fin des travaux d’été la 2ème semaine d’octobre. Il est vrai qu’après avoir ingéré la dizaine de plats qui composent ce repas pantagruélique, on est prêt à affronter les rigueurs de l’hiver ! Ce repas est un festival de produits régionaux : il s’ouvre avec la cuchaule (pain brioché) tartinée de moutarde de bénichon (marmelade aigre-douce à base de vin cuit, de graines de moutarde et d’anis étoilé), se poursuit avec un bouillon de légumes, un ragoût d’agneau aux raisins et aux poires, un jambon à l’os aux choux, un gigot d’agneau… Et tant pis pour ceux qui n’ont pas gardé de place pour le plateau de fromages, les meringues à la crème double, et les croquets, cuquettes, bricelets, beignets et autres pain d’anis, délicieux petits gâteaux secs qu’on prend au moment du café. Résultat : cinq heures à table et des calories en réserve ! Mais vous aurez l’occasion de les perdre, car la région est idéale pour la randonnée pédestre. Au départ de Vounetse (1637 m), qu’on atteint en télécabine depuis Charmey, il y a des sentiers didactiques qui permettent de découvrir la faune et la flore, tout en profitant d’un merveilleux panorama sur les cimes enneigées des Alpes. Autre possibilité, monter au village de Moléson, et prendre le téléphérique pour atteindre le Plan Francey (1520 m), ou même le sommet du Moléson (2002 m), nid d’aigle qui est un fabuleux observatoire sur la région. D’innombrables randonnées de toutes difficultés s’offrent à vous, et les plus intrépides pourront même essayer de dévaler les derniers prés du village en « trotinneherbe » ou « dévalkart », engins roulant non identifiés qui donnent bien du plaisir à leurs utilisateurs… Quoi qu’en pense votre estomac, faites la visite de la fromagerie artisanale de Moléson : dans ce très vieux chalet d’alpage, vous assisterez à la fabrication à l’ancienne, au feu de bois, du gruyère et du vacherin. Et on y mange aussi très bien.

 

Simmental m’était conté

Quand on est en Gruyère, on a envie d’y faire son trou. Mais il faut continuer, la suite vaut aussi son pesant de vacherin. Prendre la direction du Jaunpass, col situé à 1500 m d’altitude. Faites un arrêt à Jaun : sa plus ancienne église, près d’une belle cascade, abrite une association dédiée aux chants fribourgeois. Au pied de l’autre, faites un tour dans le cimetière car les tombes portent des croix sculptées originales, dont les motifs sont inspirés de la vie du défunt. Juste après le col, tenez bien le volant et mettez vos lunettes de soleil, car vous aurez soudain une vue dégagée sur des monts enneigés et des glaciers. Superbe ! Sans vous en rendre compte, vous passerez la frontière linguistique et vous retrouverez en suisse alémanique, dans le Simmental. Vous traverserez des villages aux très gros chalets en bois, percés d’une multitude de petites fenêtres fleuries, et dont la façade arbore souvent une devise gravée en belles lettres gothiques. En suivant les eaux laiteuses de la Simme, vous arriverez à Spiez, au bord du lac de Thune. Si vous ne voulez pas en dépenser une, passez votre chemin, car pour stationner au bord du lac, il faut aller dans un camping. Comme la population et même les commerçants ne font aucun effort pour parler une autre langue que l’allemand, nous n’y avons fait qu’une courte étape. Pour rejoindre le Valais, rejoignez Kandersteg. Plus on avance vers le fond de la vallée barrée de hautes montagnes, plus on se demande avec angoisse comment on va passer cet obstacle. Facile : on engage le véhicule sur un train qui vous fait traverser la montagne dans un long tunnel de 15 km. Le ferroutage, en Suisse, c’est simple comme bonjour ! Enfin, comme guten tag, car on est toujours en Suisse germanophone. Qu’importe, à la descente du train, à Goppenstein, montez dans la vallée du Lötschental. C’est une vallée sauvageonne, préservée, dont les habitants ont la coutume de décorer leurs chalets de masques hideux et grimaçants, qu’ils utilisent lors du carnaval. Ce n’est pas un signe de manque d’hospitalité, au contraire, ici les gens sont très accueillants. D’ailleurs à Blatten, joli village de chalets en mélèze, traversé par la torrentueuse Lonza, on voit plus de sympathiques nains de jardins devant les chalets que d’horribles démons ! Continuez jusqu’au bout de la route, vous trouverez un grand parking. De là, vous pourrez faire une splendide randonnée vers le fond de vallée enneigé, en compagnie des marmottes et des chamois qui gambadent dans ces alpages piquetés de gentiane, de lys martagon et d’edelweiss… Pique-nique de rêve au bord d’une petite gouille (lac de montagne), dans lequel se reflète le glacier.

 

Glaciers et bains chauds

Descendez jusqu’à Steg, suivez la vallée du Rhône en direction de Sierre, et remontez dans une autre vallée encaissée, jusqu’à Loèche-les-Bains (ou Leukerbad sur les panneaux). Il faut aimer conduire en montagne, quand on se promène en Suisse ! Loèche-les-Bains est une station de montagne qui a le privilège de voir sourdre sur son territoire de nombreuses sources chaudes. Sur les 65 sources répertoriées, 8 sources sont utilisées, dans 30 bassins, couvrant une variété de 140 traitements différents. C’est le moment de se ressourcer dans la plus grande station thermale et de bien-être des Alpes ! Vous aurez le choix entre plusieurs établissements thermaux, qui rivalisent d’imagination pour varier les plaisirs : bains romano-irlandais, bains à la pleine lune, soirée « pirates »… En prenant le très économique « passe-partout montagne et bains », vous aurez accès aux principaux bains thermaux, aux bus, et aux remontées mécaniques ! Ce serait dommage de ne pas prendre la télécabine de la Gemmi qui vous déposera à 2350 m d’altitude, où vous aurez un panorama à couper le souffle sur les « 4000 m » du Valais. En marchant (1h30) en direction du glacier Wildstrubel, vous pourrez apercevoir des chamois ou des bouquetins, et vous pourrez prendre un verre ou manger un morceau à la cabane du club alpin. Moins long et presque plat, le tour du lac vous fera jouir d’un paysage de haute montagne en toute tranquillité. Encore plus impressionnant, et aussi facile, la passerelle des sources thermales, accessible à partir du centre de la station, vous fera traverser des gorges très hautes et étroites, au-dessus du torrent grondant de la Dala. Vraiment spectaculaire et sans aucun danger ! Loèche-les-Bains est l’étape idéale pour faire une pause avant de reprendre la route vers Lausanne. « Tout de bon ! » comme on dit ici…

 

Un Valais de cœur

Reprenons cet itinéraire dans la vallée du Rhône, aux environs de Sierre, et plus précisément à Salgesch, que vous verrez aussi écrit Salquenen, car nous sommes encore dans la partie germanophone du canton du Valais. Mais c’est en français que vous serez accueillis au musée valaisan de la vigne et du vin, qui présente l’histoire et les techniques de la viticulture locale. Vous y apprendrez que le Valais, la plus importante région viticole de Suisse, a des particularités étonnantes : un ensoleillement très généreux, une pluviométrie plus faible qu’à Alger, et une variété de cépages uniques au monde ! Même si les cépages dominants sont le Chasselas, le Gamay et le Pinot Noir, il en existe une cinquantaine d’autres aux noms réjouissants (Arvine, Ermitage, Humagne, Malvoisie…) qui produisent des vins rares, fins et goûteux. La vigne elle-même, par son implantation sur des coteaux abrupts (de 400 à 1000 m d’altitude), impose une récolte manuelle, ce qui explique le prix assez élevé de ces vins. Le musée incite à vous balader dans le vignoble, pour relier la seconde partie de l’exposition, axée sur la vinification, et située dans le château de Villa, à Sierre. Pour cela, il vous suffit de suivre le sentier de 6 km qui serpente dans le vignoble jusqu’à Sierre (retour en train toutes les 20 min). Même si ce sentier balisé est truffé de panneaux explicatifs et d’indications sur les cépages rencontrés, n’hésitez pas à aller discuter avec les viticulteurs présents dans les travées, toujours fiers et ravis de faire partager leur passion et leur savoir-faire aux promeneurs curieux. Chemin faisant, vous traverserez la Raspille, rivière marquant la frontière linguistique, et vous suivrez gaiement le frais murmure du bisse (c’est une rigole !) en contemplant les alignements vert tendre qui strient les coteaux inondées de soleil jusqu’à la plaine alluviale du Rhône, occupée par le vert sombre de l’épaisse forêt de Finges. Cette forêt est d’ailleurs une autre possibilité de balade, très intéressante, car vous serez alors dans un parc naturel à l’étonnante biodiversité, aux biotopes et aux essences d’arbres variées (c’est la plus grande pinède d’Europe !), paradis des ornithologues et des passionnés de libellules… Bref, c’est un oasis de verdure, un havre de paix et un vrai bol d’oxygène dans une vallée du Rhône industrialisée et empruntée par un important trafic routier…

SUISSELötschental Blatten
SUISSE Lötschental Blatten

Des villages de car postal

En parlant d’oxygène, si vous voulez vraiment respirer de l’air pur, remontez le val d’Anniviers, à partir de Sierre, pour vous rapprocher des glaciers s’accrochant à la Dent Blanche (4357 m). A Vissoie, prenez la direction de Grimentz. C’est l’un des plus beaux villages suisses, et il mérite qu’on y fasse étape. Au cœur du village, on a l’impression de faire un bond de deux cents ans en arrière : d’imposants et vénérables chalets en mélèze se serrent le long de ruelles tortueuses, où subsistent encore de très vieux raccards (greniers) posés sur des piliers surmontés d’un disque de pierre rond, afin d’en interdire l’accès aux rongeurs. Les chalets d’habitations, eux, sont très bien entretenus, et ils semblent rivaliser  pour retenir notre attention. Même nus, ils seraient admirables, avec la magnifique patine du mélèze coloré par le temps, avec leur toit recouvert de tavaillons, et leurs poutres assemblées en mortaise. Mais en plus, leurs nombreux balcons et fenêtres sont inondés de géraniums, et leurs façades sont toutes décorées ! Résultat, on passe son temps le nez en l’air à répertorier l’incroyable éventail d’objets qu’on peut accrocher sur une façade : cloches, vieux skis, luges, cornes de chamois, fourches, fléaux, tableaux en bois sculpté, cor des Alpes, nids d’oiseaux, jolis morceaux de bois… Qu’est-ce que cela doit être à Noël ! C’est ce qu’il faut demander aux anciens prenant le soleil devant leur porte. L’un d’eux vous parlera sans doute de la tradition de la Bourgeoisie, organisation très hiérarchisée de notables qui se réunissent dans la Maison Bourgeoisiale. Dans ce très beau chalet, une cave, faisant office de « saint des saints », abrite des tonneaux remplis de bons vins, dont le mythique « vin de glacier », qu’ils ne boivent qu’avec une extrême parcimonie, et qui vieillit, paraît-il, depuis plus de 150 ans ! A propos de glacier, n’hésitez pas à emprunter la petite route qui monte au barrage de Moiry. En 15 minutes, vous arriverez au bord de ce lac aux couleurs irréelles, alimenté par un impressionnant glacier. En suivant la route jusqu’au bout, vous arriverez si près de lui que son souffle glacé vous donnera l’impression de vous trouver devant le compartiment ouvert de votre congélateur ! Magnifique randonnée à faire autour du lac en compagnie des marmottes, et des rapaces qui les surveillent…

 

La passion de Sion

Changement radical de décor et d’ambiance : après l’aveuglante clarté des glaciers, après la chaleureuse gaieté des chalets fleuris, voici le sombre, austère et froid univers du lac souterrain de St-Léonard, situé entre Sierre et Sion. C’est un peu paradoxal de vouloir s’enterrer dans la région la plus ensoleillée de Suisse ! Mais voyez les bons côtés : s’il pleut, ou au contraire s’il fait très chaud dehors, vous aurez dans cette grotte une température fixe de 12°C. Et puis c’est vraiment très impressionnant de glisser en barque sur ces eaux cristallines, bien mises en valeur par un savant éclairage en couleur, stagnant dans un silence sidérant et sidéral, juste troublé par les gouttes d’eau chutant des stalactites, et par le coulé des rames de votre guide… Une parenthèse magique qui restera gravée dans votre souvenir, au même titre que l’apparition des deux châteaux de Sion. On les voit de loin, perchés sur leur colline en pain de sucre, émergeant des vignes ou des vergers, ou des brumes matinales qui s’attardent parfois dans la vallée du Rhône. La capitale du Valais est une ville ancienne, pleine de charme, qu’il faut découvrir à pieds en parcourant la vieille ville. Il vous suffira de repérer, à partir de l’office du tourisme, la signalisation au sol permettant de localiser les 14 étapes d’une balade découverte très agréable. Vous ne raterez rien des principaux monuments, musées ou églises de cette belle ville regorgeant de vestiges médiévaux, telle que la basilique de Valère, l’un des « châteaux » dominant la ville, aux magnifiques peintures murales, et possédant l’un des plus anciens orgues encore jouables du Moyen Âge. Notez qu’il est très difficile de stationner à Sion. Le parking le plus proche du centre-ville est le parking autocars situé avenue de Tourbillon.

 

Martigny, une ville d’art qui a du chien

Pour rejoindre la prochaine étape, Saillon, empruntez la route buissonnière qui passe à travers le vignoble accroché aux coteaux (Vétroz, Ardon…) plutôt que l’autoroute : c’est plus joli, et il y a tout le long des caveaux accueillants où déguster les bons vins valaisans. Perché sur un éperon rocheux, Saillon est un village médiéval fortifié qui a beaucoup de cachet, et qui jouit en outre d’un établissement de bains thermaux. En remontant ses ruelles pentues, flanquées de vieilles maisons en pierre au toit couvert d’ardoise, vous arriverez jusqu’à une tour ronde de laquelle vous aurez une vue splendide sur les vignobles et la vallée du Rhône. Toujours plus à l’ouest, voici Martigny, ville-carrefour sans doute moins jolie que Sion, mais non dépourvue de centres d’intérêts. A commencer par la fondation Gianadda, prestigieux musée consacré à l’art contemporain. Même si ce n’est pas votre tasse de thé, vous serez tout de même confrontés à l’art moderne en circulant en ville, car les ronds-points sont agrémentés de sculptures de grands artistes de notre temps. Mais Martigny n’oublie pas son passé ni ses traditions : vous pourrez visiter le musée du Saint-Bernard (avec un chenil et l’histoire fascinante de ce chien sauveteur), et tester la gastronomie médiévale au restaurant du château de la Batiaz, forteresse du Moyen Âge fichée sur une éminence, qui abrite une impressionnante collection de machines de guerre médiévales. A quelques km au nord de Martigny, arrêtez-vous aux spectaculaires gorges du Trient. Là aussi, la sculpture est à l’honneur, mais cette fois, c’est dame Nature qui a œuvré pendant des siècles pour dessiner ces méandres aux courbes harmonieuses, en se frayant un passage entre des falaises de 100 m de haut ! Un chemin de planches couvert est collé à la paroi pour permettre de profiter sans danger de ce fantastique défilé creusé par le calme torrent glaciaire coulant en contrebas, qu’on n’aimerait pas voir sortir de son lit un jour d’orage… Un peu plus loin, vous ne pourrez pas manquer de voir la très belle et haute cascade de Pissevache, facilement accessible depuis la route, et qui constitue une très agréable halte pour pique-niquer.

 

Des trains-trains peu ordinaires 

Dans la continuité de la vallée du Rhône, poursuivez jusqu’à Bex, et suivez les panneaux indiquant « les Salines de Bex ». Lorsque l’on voit des convois miniatures posés sur des rails à l’entrée d’une grotte, on devine qu’il s’agit de wagonnets de mine servant à transporter le sel. Oui, mais le hic, c’est qu’il faut monter dedans ! Vous n’êtes pas au bout de vos surprises au cours de l’odyssée souterraine que vous allez entreprendre, dans le réseau labyrinthique de galeries où s’engage le petit train jaune. Claustrophobes s’abstenir ! Mais lorsque l’on descend du train pour entrer dans des salles aménagées, on oublie toute appréhension pour écouter les passionnantes explications du guide. On exploite ici, depuis le 18ème siècle, un filon de sel marin déposé là il y a 200 millions d’années, avec des techniques toutes plus étonnantes les unes que les autres. Tel cet énorme soufflet, utilisé autrefois pour injecter de l’air au fond des 30 km de galeries, en mettant bout à bout des troncs de mélèze évidés… Après cette extraordinaire visite de 2 h, vous ne verrez plus le sel de la même façon, et vous comprendrez pourquoi ces mineurs méritent bien leur salaire… A peine remis de vos émotions, lorsque vous vous promènerez un peu plus tard dans la ville d’Aigle, c’est aussi un train qui vous fera des frayeurs : un véritable train passe au beau milieu de la rue commerçante de la Gare ! Il a beau avancer lentement, lorsque l’on ne s’y attend pas et qu’on sent la locomotive arriver derrière en faisant vibrer le sol et les vitres, cela surprend ! Connue en tant que siège de l’UCI (Union Cycliste Internationale), Aigle vit surtout de l’économie viticole. Son majestueux château médiéval, cerné de vignes, abrite d’ailleurs un musée de la vigne, du vin, et de l’étiquette. Parmi les nombreux viticulteurs qui ouvrent leur carnotzet (cave de dégustation), allez rendre visite à Christine et Stéphanie (la Baudelière, 10 av. des Ormonts), vigneronnes mère et fille, qui élaborent de superbes vins blancs d’apéritif, et des vins rouges très fruités.

SUISSE - ChablaisAigle Domaine de la Baudelière Stéphanie Delarze
SUISSE – Chablais Aigle Domaine de la Baudelière Stéphanie Delarze

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S’envoyer en l’air au-dessus des Alpes

Le lac Léman n’est plus qu’à un vol …d’Aigle. Mais si vous disposez de quelques jours de plus, repartez vers la montagne en direction du col des Mosses (1445 m). Au niveau du col, trouvez une petite route qui monte vers le lac Lioson, et suivez-là jusqu’au bout. Depuis le parking, il vous restera une demi-heure de rude montée pour accéder à un merveilleux petit lac. Serti dans son écrin de montagnes, ce lac aux rives fleuries et aux couleurs changeantes est un joyau que l’on ne se lasse pas de contempler, assis dans l’herbe, ou à la terrasse d’une buvette attablé devant une meringue crème double… Juste en contrebas du parking, vous passerez devant une fromagerie d’alpage qui élabore au feu de bois l’Etivaz, un cousin du Gruyère ou du Beaufort. Si la fromagère est absente, allez directement à la coopérative de l’Etivaz, un village situé à 6 km du col des Mosses. Là, vous saurez tout de l’Etivaz, au goût puissant et subtil à la fois après 12 mois d’affinage, et qui après 3 ans, donne un fromage aussi dur et goûteux que le parmesan. Château d’Oex (à prononcer château « d’ai ») est un paisible village de montagne suisse, qui n’aurait rien d’extraordinaire, mis à part le fait que c’est la capitale alpine du ballon à air chaud ! Même si vous ne souhaitez pas vous envoyer en l’air au-dessus des Alpes, vous pourrez toujours monter dans la nacelle fixe de l’Espace Ballon, et vibrer en suivant l’exploit du tour du monde en ballon réalisé par le Breitling Orbiter, comme si vous y étiez ! En effet, cet espace muséographique très moderne présente l’aventure du ballon sous toutes ses coutures, de son histoire à ses aspects techniques, en passant par ses records les plus hallucinants. C’est aussi là que l’on réserve son vol. Ce n’est pas donné, mais c’est vraiment une expérience fabuleuse de survoler les Alpes en suspension dans l’air comme un nuage, et d’admirer, d’en haut pour une fois, le Mont-Blanc et le Cervin…

 

SUISSE - ChablaisLac Lioson, vers le Col des Mosses
SUISSE – Chablais Lac Lioson, vers le Col des Mosses

Retour sur les rives du lac Léman, où vous pourrez profiter des magnifiques promenades aménagées de Montreux ou de Vevey. Ne manquez pas, juste avant Montreux, de visiter le superbe château de Chillon, dont les tours fortifiées se reflètent dans le lac, et qui abrite une belle collection de coffres et de mobilier médiéval. Normalement, vous devriez avoir passé un séjour formidable en Suisse francophone, et c’est mérité. Parce que vous le Valais bien !

SUISSE Château de Chillon

Pratique

Stationnement et étapes 

En camping-car, le stationnement sauvage n’est pas très bien vu, en Suisse. Ca fait désordre ! Mais il y a tant de campings et de parkings tranquilles, qu’on ne rencontre aucune difficulté pour trouver des étapes nocturnes agréables et sûres. Voici notre sélection des meilleures étapes :

  • Grimentz : en face de l’hôtel Cristal, parking gratuit et borne de services
  • Salgesh : camping Swiss Plage : agréable et pratique, avec petit lac et accès direct à la forêt de Finges par une passerelle au-dessus du Rhône! Formule stop accueil. (41 27 455 66 08 ou swissplage.ch )
  • Sion : camping Les Îles : superbe cadre de verdure, lac avec plage privée, très bien équipé. (41 27 346 43 47 ou campingtcs.ch )
  • Saillon : camping Relais de la Sarvaz : sympathique camping avec borne de services, qui vend en saison les fruits des vergers alentours. Fait également restaurant. (41 27 744 13 89)
  • Martigny : camping les Neuvilles : très bien situé non loin des musées, aire de services, mini-golf, petite piscine… (41 27 722 45 44 ou campingtcs.ch )
  • Bex : parking gratuit des mines de Sel : tranquillité absolue !
  • Aigle : camping des Glaciers : avec accès libre à la piscine municipale. (41 24 466 26 60)
  • L’Etivaz : parking gratuit plat et calme, avec barbecue (route de l’Eau Froide)
  • Château d’Oex : camping du Berceau : accès à une grande piscine, borne Euro-Relais. (41 26 924 62 34)
  • Camping de Vidy, à Lausanne : accès direct au lac, plage à 100 m, bon resto, Wi-Fi. Formule « étape » (avec élec.) devant la borne Euro-Relais, à 15,50 €.
  • Parkings du château de Gruyère et de Moléson : gratuits, grands, plats et calmes.
  • Parking de Fafleralp (Lötschental) : payant, mais cadre sublime.
  • Camping Sport Arena, à Leukerbad : donne accès aux activités d’un centre omnisport (mini-golf, tennis, badminton, patinoire…).

Bonnes tables

  • La Brasserie du Grand Pont, 6 rue du Grand Pont, à Sion : très belle carte aux saveurs exotiques, cuisine inventive et soignée.  (41 27 322 20 96)
  • Caveau du Moulin Semblanet, 11 rue des Moulins, à Martigny : sympathique auberge avec plafond voûté, spécialités valaisannes, vins du terroir et pain frais maison. Visite du moulin possible. (41 27 722 51 98)
  • Brasserie de l’Ours, à Château-d’Oex : micro-brasserie élaborant de bonnes bières artisanales, et proposant des buffets pas chers, avec à la carte des plats valaisans et une choucroute à la bière. (41 26 924 28 28)
  • Le Deck (Hôtel Baron Tavernier), à Chexbres : restaurant panoramique offrant une vue extraordinaire sur les vignes et le lac Léman. Spécialité de filets de perche. Réserver au : 41 (0)21 926 60 00
  • La Pinte des Mossettes, à Cerniat : dans la vallée de la Valsainte, vers Charmey, une auberge de montagne où officie une cuisinière de grand talent. Sa cuisine artistiquement élaborée est raffinée et originale. Fait aussi la bénichon. Réserver au : 41 (0)26 927 20 97
  • Hôtel Fafleralp, Lötschental : succulentes spécialités valaisannes, dans un chalet centenaire à 1800 m d’altitude ! Superbe carte des vins suisses. Réserver au : 41 (0)27 939 14 51

Se renseigner :

Suisse Tourisme  00800 100 200 30 et   www.suisse.com

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