Les fjords de Norvège

Si elle a été élue meilleure destination touristique au monde par le magazine National Geographic Traveler, la région des fjords de Norvège ne le doit pas uniquement à ses paysages extraordinaires, mais aussi au charme de ses villes et villages de pêcheurs, à ses étonnantes églises en bois debout, et bien sûr au sens de l’hospitalité norvégienne, naturelle et bienveillante. 

NORVEGE Alesund Alnes, île de Godoy

 

Bergen, 15 juin, 23 heures. Le soleil n’en finit pas de faire rougeoyer les façades en bois du Bryggen, le quartier médiéval situé devant le port. On se demande même s’il va finir par disparaître derrière l’horizon, tant le crépuscule est lent à venir. Au début de l’été, grâce au soleil de minuit, même en pleine nuit, il fait jour. Du moins, lorsqu’il fait beau ! Car Bergen, enchâssé dans un écrin de montagne, au bord de la mer, est assez arrosé. Ce qui n’a pas empêché le quartier historique de la Hanse de brûler en 1702… Heureusement, les bâtiments à hauts pignons triangulaires ont été reconstruits à l’identique, et ils sont protégés car inscrits, comme les fjords, au Patrimoine Mondial de l’UNESCO. Aujourd’hui, les magasins de tricots, de pulls en laine ou de souvenirs ont remplacé les entrepôts d’autrefois, mais la balade dans l’inextricable réseau de ruelles de ce quartier tout en bois, vous étonnera. Pour en savoir plus, faites un tour au  musée de la Hanse, qui retrace la vie des riches marchands allemands de la Ligue Hanséatique. Un peu plus loin, devant le vieux port, se tient un marché aux poissons incontournable : d’abord parce qu’il est très bien achalandé de tous les poissons, coquillages et crustacés que délivre la mer du Nord ; ensuite, parce que les vendeurs, tous polyglottes, font gracieusement goûter aux différentes préparations de saumon, de haddock, de cabillaud séché, et même à de la baleine fumée ! Si vous empruntez le funiculaire pour avoir une vue plongeante sur la ville, redescendez à pieds à partir du 4ème ou au 5ème arrêt, pour visiter un quartier résidentiel plein de charme où la végétation envahit le moindre lopin de terre. Avec ses petites maisons fleuries, ses volées d’escaliers en ardoise et ses rambardes, c’est un peu le Montmartre de Bergen !

 

Qu’est-ce qu’un fjord ?

Un fjord est une ancienne vallée glaciaire envahie par la mer. Dis comme cela, cela ne fait pas rêver, mais lorsque l’on voit ces bras de mer traverser les montagnes en formant des gorges profondes, on reste muet d’admiration devant ces paysages sublimes, d’une beauté sauvage évoquant la création du monde… Toute la façade occidentale de Norvège est entaillée de dizaines de fjords rentrant parfois profondément à l’intérieur des terres, d’où le recours fréquent aux ferries pour les traverser. La route qui mène à Voss donne un bon aperçu de la beauté des fjords de Norvège, et de l’omniprésence de l’eau dans ces paysages. Voss est une station touristique posée au bord d’un lac, active aussi bien l’été que l’hiver, grâce aux montagnes qui l’entourent. Même peu élevés (environ 1500 m), les sommets sont toujours coiffés de neige éternelle, ce qui rend les paysages encore plus photogéniques. A Gudvangen, vous prendrez votre premier ferry. Installez-vous à l’avant sur une chaise, comme au cinéma de plein air. En effet, le spectacle qui défile sur cet écran naturel, géant et panoramique, est magnifique : partant du fond d’un fjord encaissé, le bateau se faufile dans un étroit défilé rocheux formé de falaises abruptes, desquelles jaillissent d’innombrables cascades… La pureté de la lumière, la majesté de ce paysage totalement sauvage, le silence uniquement troublé par le cri des oiseaux, on se croirait dans un film de Cousteau ! D’ailleurs, avec un peu de chance, vous apercevrez une baleine dans ce fjord, ou plutôt dans le Sognefjord que le ferry rejoint, beaucoup plus large, puisque c’est le plus grand de Norvège. Là, changement de décor, c’est une ambiance marine, on distingue à peine les rives, et les montagnes se fondent dans le mauve des lointains. Lorsque le ferry accoste de l’autre côté du Sognefjord, on n’a pas vu passer les 2h45 que dure le trajet. Bien avant d’arriver, vous sentirez la résine des pinèdes qui entourent Kaupanger. En passant par Sogndal, prenez la route 55 puis tournez à droite vers Solvorn. Ce mignon port de pêche, très calme, entouré de champs de framboisiers, est idéal pour une étape. Ne manquez pas de dîner au Walaker Hotel, c’est l’une des meilleures tables de la région. De l’embarcadère part un ferry (traverser sans le véhicule) qui mène à l’une des plus anciennes églises en bois debout de Norvège. En effet, l’église d’Urnes possède des poutres datant du XIe siècle ! Sa façade extérieure est sculptée de figures mystérieuses, et son intérieur, très sombre, contient une étonnante cage en bois réservée aux paroissiennes privilégiées. Surplombant le fjord, elle est très belle lorsque son bois prend de chaudes teintes dorées au soleil…

 

Marcher sur la glace

Avez-vous déjà marché sur un glacier ? Solvorn n’est qu’à une cinquantaine de kilomètres de Nigardsbreen, une impressionnante langue de glace descendant jusqu’à la route. Enfin presque, elle tombe dans un lac et un passeur vous y conduit en barque. On peut louer les services d’un guide qui vous encorde, vous équipe d’un piolet et de crampons, et vous entraîne sur l’échine de ce géant de glace. On devine l’eau couler sous ses parois translucides, formant des grottes aux formes courbes, baignant dans une irréelle lumière bleutée. C’est une aventure inoubliable, à la portée de tout bon marcheur ! Repasser par Sogndal pour rejoindre la route 5 qui monte vers le nord. Il faut s’arrêter à Fjaerland pour visiter le passionnant musée des glaciers, pourvu de panneaux didactiques et d’expériences interactives. On y apprend que le Nigardsbreen n’est qu’une infime partie du plus grand glacier d’Europe, le Jostedalsbreen, dont le volume d’eau équivaut à la consommation d’eau de la Norvège pendant 100 ans ! Comme les glaciers descendent très bas, parfois jusqu’au bord de la route, les paysages de cette région montagneuse sont sublimes. De plus, l’épais manteau de neige qui recouvre les sommets, fond doucement en été, donnant naissance à d’innombrables cascades. Ces chevelures argentées insufflent de la vie et du mouvement aux paysages. Parfois, ce sont comme des voiles de mousseline qui faseillent au vent, ou des jets qui se transforment en vapeur avant d’avoir touché le sol, ou au contraire des myriades de petites cascades qui rebondissent de rocher en rocher… Au plus chaud de l’été, ce sont de puissants torrents qui se fracassent dans un vacarme assourdissant au bord de la route, nettoyant parfois les véhicules au passage, ou faisant office de brumisateur géant. Dans ces régions montagneuses, le climat peut changer brusquement d’une vallée à l’autre. Comme les tunnels sont nombreux, souvent longs de plusieurs kilomètres, il peut pleuvoir à l’entrée du tunnel, et faire beau à la sortie ! Ou l’inverse… Il faut savoir qu’ici, il pleut souvent, mais comme le dit un proverbe norvégien : « il n’y a pas de mauvais temps, seulement de mauvais vêtements » !

Route des Aigles ou échelle des Trolls ?

Après avoir fait étape autour de Stryn, prenez la petite route de montagne qui mène à Geiranger. Vous passerez par un lac au bord duquel une route encore plus étroite (et payante) permet de grimper jusqu’au sommet du mont Dalsnibba (1476 m). De là-haut, par beau temps, vue sublime sur le Geirangerfjord, que l’on découvre dans toute sa majesté. Dans la descente, laissez la caméra tourner : la route en lacets plonge littéralement sur la petite ville de Geiranger, offrant à chaque virage des paysages extraordinaires. Geiranger jouit d’une situation privilégiée, blottie au fond d’un fjord encaissé. Mais lorsqu’on est au bord du fjord, on ne se rend pas compte de la beauté du site. Il faut s’élever pour s’en apercevoir ! Par exemple en prenant la route 63, dite route des Aigles, qui s’élève de près de 1000 m en quelques kilomètres. Un belvédère judicieusement placé au-dessus de la falaise ménage une vue quasi aérienne du Geirangerfjord, permettant de faire des photos sublimes. Le genre de paysage qui donne envie d’être peintre… Descendre dans la vallée jusqu’à Eisdal, et prendre le ferry pour Linge. Conduire est un enchantement dans cette région, et les limitations de vitesse assez basses (entre 50 et 80 km/h), permettent de bien profiter des paysages. Des lupins multicolores égaient les bas-côtés de la route, qui longe la plupart du temps des fjords ou des lacs. L’une des routes les plus spectaculaires de Norvège se trouve en direction d’Åndalsnes. Cette route de montagne serpente sur un haut plateau très sauvage, et  franchit une brusque rupture de relief. Cela occasionne une incroyable série de lacets en épingle à cheveux, avec une pente à 12 %, arrosée parfois par une cascade tumultueuse. C’est la « route de l’échelle des Trolls », du nom de ces facétieux lutins faisant partie de la mythologie nordique. L’endroit est si fameux qu’il a été aménagé comme un site touristique, avec buvettes et boutiques de souvenirs…

 

Un paysage divin à la Chaire du Prêtre

Ålesund est une ville tournée vers la mer. Bâtis sur trois îles, ses anciens entrepôts et ses bâtiments Art Nouveau, repeints de couleurs vives, sont tous accessibles par bateau. S’y promener est un vrai plaisir, et les terrasses animées du port et de la marina donnent envie d’y passer quelques jours. De quoi visiter son nouveau parc maritime, profiter des plages de sable et du Gulf Stream, et aller découvrir les îles voisines. Ces îles sont accessibles par des étonnants tunnels sous-marins (payants), mais vous ne regretterez pas le déplacement, que ce soit à Giske, pour son émouvante église du XIe siècle, et surtout à Alnes, dans l’île de Godøy, où vous visiterez un petit phare abritant un salon de thé et faisant office de galerie d’art. Plusieurs routes ramènent vers le sud, à travers l’inextricable labyrinthe formé par les fjords. La plus courte (E 39) consiste à prendre un ferry de Solavågen à Festøya, un autre de Volda à Folkestad, puis faire étape à Nordfjordeid. Le long des routes, remarquez ces étonnants chalets en bois au toit recouvert de végétation : sur ce tapis herbeux et moussu, prévu pour l’isolation, il pousse même parfois de jeunes sapins ! Continuer à suivre la E 39 jusqu’à Førde. Là, deux options s’offrent à vous pour rejoindre Balestrand : continuer la route principale jusqu’à Vadheim, puis longer le Sognefjord ; ou emprunter la route 13, étroite et sinueuse, qui traverse des paysages sauvages, rocailleux, où des forêts de bouleaux s’accrochent aux flancs des montagnes, et où courent de vives rivières alimentées par les neiges éternelles. Idéalement situé à la rencontre de plusieurs fjords, Balestrand est une charmante cité touristique embellie par les résidences bourgeoises qui y fleurirent au début du 20ème siècle, lorsqu’il était à la mode, pour les allemands fortunés, d’y venir en villégiature. Il est vrai que le climat est sain, et le cadre est si admirable qu’il a attiré de nombreux peintres et artistes. Vestige de cette « belle époque » norvégienne, l’hôtel Kviknes (construit en 1877) dresse sa remarquable architecture de dentelle de bois devant le Sognefjord, et il faut le visiter pour jeter un coup d’œil à ses salons et à son restaurant Art nouveau. A voir également la petite église en bois peint, avec son élégante superposition de toits surmontés de têtes de dragon. Si vous aimez les promenades en bateau, c’est l’endroit rêvé pour le faire, sur les eaux calmes des fjords où se reflètent les cimes des glaciers. Mais vous en profiterez aussi sur le ferry qui vous déposera à Vangsnes. Faites un petit détour pour aller admirer la stavkyrkje (église en bois debout) de Vik-Hopperstad, l’une des plus belles du pays. La route qui mène à Voss est splendide : succession de hauts plateaux battus par les vents, de vallées bucoliques dont les vertes prairies sont tachetées de moutons, et de cascades giclant de parois abruptes… Après Voss, suivre la route 13 jusqu’à Odda, en traversant, puis en longeant, l’interminable Sørfjord. Continuer sur la 13 jusqu’à Nesvik (ferry pour Hjelmeland), puis Jørpeland. Encore 5 km d’une portion de route toute neuve, et vous voilà à Preikestolen, un site naturel extraordinaire. C’est la « Chaire du Prêtre », un rocher plat se détachant de la falaise, suspendu à 604 m au-dessus du Lysefjord… Mais comme aucune route n’y accède, il faut y grimper à pieds. Le mieux est d’effectuer l’ascension à la fraîche (2 heures de montée environ), avant que le gros des troupes n’encombre le sentier. Vous aurez ainsi le privilège de découvrir en toute tranquillité, sans cohue ni raffut, ce fabuleux spectacle naturel, beau à couper le souffle. Devant un tel paysage, certains méditent, d’autres exultent, les plus courageux rampent jusqu’au bord pour avoir une vue plongeante sur le fjord, serpent miroitant qui prend naissance à l’horizon dans une montagne calottée de glace…

Du pétrole et des idées à Stavanger

Pour rallier Stavanger, le plus rapide consiste à prendre un ferry à Tau. En 40 minutes, vous arriverez au cœur de ce grand port dont les quais accueillent des tankers interminables. Il faut dire que Stavanger vit pour et par le pétrole, dont des gisements énormes ont été trouvés au large, en 1970. Malgré une intense activité industrielle, la ville est très agréable à visiter, car elle a su conserver un quartier historique qui a du cachet. De plus, la manne financière du pétrole a contribué à construire de nouveaux quartiers pimpants, avec de belles boutiques chics, des bars branchés et des restaurants de qualité… Faire un tour dans le vieux Stavanger, un quartier résidentiel très calme, aux petites maisons blanches en bois, très fleuries, et dont les terrasses sont au même niveau que les ponts supérieurs des immenses paquebots de luxe qui accostent au port de plaisance. En haut de ce village, ne manquez pas de visiter l’original musée de la Conserve, tenu par un anglais parlant un peu le français. Il retrace l’histoire et les procédés de préparation des sardines en boîte, qui ont fait la prospérité de Stavanger jusqu’en 1960. Mais le musée principal de la ville est évidemment le musée norvégien du pétrole, ouvert en 1999, qui met toutes les ressources de la muséographie moderne au service du visiteur pour qu’il comprenne tout de l’or noir, de son origine à son exploitation. Passionnant et ludique ! Enfin, ne manquez pas de faire un tour à Sola, banlieue résidentielle où les maisons cossues s’alignent le long d’une plage magnifique. La température de l’eau n’est pas garantie, mais la propreté et la tranquillité, si. Avoir vu tant d’eau au cours de ce voyage sans pouvoir se baigner, cela aurait été un comble !

Pratique

Cartes : Les meilleures cartes routières sont norvégiennes. Se procurer sur place la N° 1 (Sør-Norge sør) et la N°2 (Sør-Norge nord), chez Cappelen, au 1 : 335 000.

Budget : la monnaie est la couronne norvégienne (NOK). Il faut savoir que la vie est chère en Norvège (nourriture, restaurants, parkings…) Même l’essence est plus chère qu’en France ! Prévoir aussi le budget pour les ferries…

Ferry : Pour avoir les horaires des ferries, se procurer le guide NRI « Transport and Accomodation »

Péages : Certaines routes ou tunnels sont à péage classique, avec barrière. Attention, il existe aussi des péages automatiques situés à l’entrée des grandes villes qui photographient les plaques minéralogiques.

Routes : attention, certaines routes de montagne ne sont ouvertes qu’en été (à partir de mi-juin), et il arrive même qu’elles soient fermées en cas de mauvaises conditions météo. Se renseigner dans les stations services avant de les emprunter.

Se renseigner : Office National du Tourisme de Norvège :  www.visitnorway.fr

NORVEGEPetite île au bout de l'Erfjord
NORVEGE Petite île au bout de l’Erfjord

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